HARARE, 19 juin (IPS) – Le gouvernement du Zimbabwe a annoncé des frais d'enregistrement dissuasifs conformément à la nouvelle législation sur les médias, qui cherche à limiter l'exercice de la presse étrangère dans le pays.
Selon la nouvelle réglementation publiée au journal officiel pendant le week-end, les organes de presse et les journalistes doivent être enregistrés et accrédités avant de pouvoir exercer au Zimbabwe.
Selon la législation, aucune entreprise ne sera autorisée à diriger un journal, une station de radio ou de télévision ni une agence de publicité sauf s'ils sont enregistrés par une Commission des médias et de l'information triée sur le volet par le ministre de l'Information et de la Propagande, Jonathan Moyo.
Personne ne sera autorisé à exercer comme journaliste sauf si la commission, présidée par Tafataona Mahoso, qui dirige le département de journalisme à l'Institut universitaire de technologie de Hararé, l'accrédite ici.
La commission peut refuser d'accréditer un journaliste ou un organe de presse. "C'est fou et incroyable", s'indigne un journaliste local travaillant pour un organe de presse étranger à Hararé. Une porte-parole de l'Institut des médias d'Afrique du Sud (MISA), une organisation non gouvernementale (ONG), a qualifié la législation de "scandaleuse". Elle a indiqué qu'ils consulteraient un juriste avant de faire des commentaires.
Les éditeurs, les journalistes et les publicitaires, qui violeraient la nouvelle législation sur les médias, sont passibles de lourdes amendes et risquent jusqu'à deux ans d'emprisonnement.
Abel Mutsakani de l'Association des journalistes indépendants du Zimbabwe (IJAZ) a convoqué lundi une réunion extraordinaire pour réagir aux exigences d'enregistrement.
"Nous aimerions évaluer notre adhésion au principe d'une action en justice que l'IJAZ se propose d'intenter", déclare Mutsakani.
Selon la nouvelle législation, les journalistes locaux demandant une autorisation pour exercer dans un organe de presse étranger, devront payer des frais pour leur demande s'élevant à 2.000 dollars US et 1.000 autres dollars US pour l'autorisation de travailler.
Les 2.000 dollars US ne seront pas remboursés si la demande est rejetée.
En dehors des lourdes taxes pour les organes de presse étrangers, les journalistes locaux travaillant pour les agences de presse étrangères paieront des droits de candidature de 50 dollars US plus des frais d'accréditation de 1.000 dollars US.
Les journalistes étrangers demandant une accréditation temporaire paieront 100 dollars US et 500 autres dollars pour une accréditation complète.
Les frais pour les médias locaux sont également lourds. Les frais pour la demande de candidature d'un organe de presse sont fixés à 364 dollars US, alors que les frais d'enregistrement s'élèvent à 9.000 dollars US.
Les journalistes locaux paieront des frais de 20 dollars US pour la demande et des frais d'accréditation de 90 dollars US avant de pouvoir exercer dans ce pays d'Afrique australe.
Il sera exigé de chaque organe de presse enregistré qu'il paie au Fonds des médias et de l'information, un impôt de 0,5 pour cent de son chiffre d'affaires annuel brut vérifié.
Les organes de presse privés ont déclaré qu'ils allaient se conformer aux dispositions de la nouvelle loi sur la presse.
"Nous allons nous faire enregistrer comme cela est exigé, mais nous contesterons la loi devant les tribunaux dans un procès que nous intenterons conjointement avec les Indépendants du Zimbabwe et le MISA", affirme Elias Rusike, directeur général de la "Financial Gazette", cité par l'hebdomadaire.
Morgan Tsvangirai, président du parti d'opposition, le Mouvement pour le changement démocratique (MDC), a qualifié les exigences d'enregistrement de "loi la plus restrictive que nous ayons jamais connue".

