DEVELOPPEMENT-AFRIQUE: La lassitude des donateurs menace des millions depersonnes

ROME, 18 juin (IPS) – Les promesses d'aide alimentaire pour éviter une crise en Afrique australe ne sont qu'une fraction des fonds estimés nécessaires pour nourrir 13 millions de personnes affamées l'année prochaine.

La sécheresse, le climat peu favorable, la gestion politique irréfléchie et les prix élevés du riz se sont combinés pour créer un cocktail dangereux qui cause une malnutrition croissante et qui a déjà entraîné des décès liés à la famine dans au moins un des six pays dont les horizons sont couverts d'un nuage de grande famine à court-terme. Les prix du maïs ont doublé au Lesotho depuis juin 2001 et dans certains pays, le désespoir s'installe alors que les populations ont recours au vol des cultures ou à la consommation d'aliments verts.

Le programme de réforme agraire au Zimbabwe a vu la production agricole de céréales et de maïs chuter de 50 à 60 pour cent, plaçant maintenant ce pays dans la plus grande menace, même si des décès sont survenus au Malawi.

Le Programme alimentaire mondial (PAM) estime qu'il a besoin de 400 à 500 millions de dollars US dans de rations d'urgence pour faire face aux déficits alimentaires qui s'aggraveront puisque les récoltes sont infructueuses et que la sécheresse ne montre aucun signe de répit.

L'organisation a lancé un cri d'alarme au Sommet mondial de l'alimentation à Rome la semaine dernière avec un appel pour stopper le déclin de l'aide alimentaire.

Les promesses de la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC) – forte de 14 nations – n'atteignaient, à la fin de mai, qu'un peu plus de 60 millions de dollars avec la majeure partie venant des Etats-Unis, la Commission européenne, le Royaume-Uni, l'Australie, le Canada, et d'autres nations européennes agissant individuellement. L'Afrique du Sud est le seul pays en développement à intervenir avec une donation de 43.000 dollars US.

"Avec en toile de fond l'aggravation presque des crises humanitaires – notamment en Afrique australe – l'aide alimentaire mondiale a diminué actuellement et est passée d'un niveau record de 15 millions de tonnes en 1999 à 11 millions l'année dernière, une baisse de plus de 25 pour cent", a indiqué l'organisation dans une déclaration la semaine dernière.

La région est présentement l'endroit où se déroule la plus grave crise alimentaire au monde – la dernière famine était survenue une décennie auparavant – bien que le PAM prenne soin de ne pas décrire ainsi la crise actuelle. "C'est sérieux, mais pas une famine", affirme un porte-parole, même si le PAM a averti que le Zimbabwe, autrefois le grenier de la région, risquait d'atteindre des proportions de famine.

Depuis février, des rapports sur des récoltes perdues, des cycles de production perturbés et de désespoir ont commencé par arriver de toutes parts de six pays d'Afrique australe. Les pays affectés sont le Zimbabwe, le Malawi, la Zambie, le Mozambique, le Lesotho et le Swaziland. "Nous voyons cela comme une crise de grande ampleur. La situation empire chaque jour", déclare Jean-Jacques Graisse, directeur général adjoint du PAM.

Une déclaration de son équipe, qui a visité tous les six pays au cours des deux dernières semaines, a vu l'organisation réviser ses statistiques sur les nécessiteux; ces chiffres ont triplé, passant de 4,3 millions de personnes actuellement ciblées à 13 millions de personnes qui vont rejoindre les queues alimentaires.

Un centre d'urgence est en train d'être installé à Johannesburg, en Afrique du Sud, pour coordonner l'opération humanitaire. A son cœur, figurent la collecte de fonds, l'acheminement de ravitaillements dans cinq ports et la recherche de moyens rapides autour de l'infrastructure défaillante du continent. "Ce sera une opération difficile, mais pas impossible", affirme le coordinateur régional, chargé des logistiques, Pedro Figueuredo.

Le PAM estime qu'à partir de juin, cinq millions de Zimbabwéens auront besoin d'aide alimentaire. En plus de ses problèmes politiques et économiques qui y sont liés, ce pays est également en proie à l'une des pires sécheresses en 20 ans.

Les réserves en devises étrangères ne couvriront que deux semaines d'importations, alors, l'aide est requise d'urgence. "Plusieurs ménages ont réduit le nombre de repas consommés par jour", affirme le PAM, ajoutant que le travail des enfants augmente puisque les familles déploient les moins jeunes dans la main-d'œuvre.

Partout dans la région, le VIH/SIDA s'entrecroise avec la rareté alimentaire pour aggraver la crise en réduisant radicalement la main-d'œuvre et en diminuant, de façon drastique, la sous-production de la terre. Le SIDA détourne les ressources de la sécurité alimentaire vers la santé et les frais de funérailles.

"Les pays africains les plus touchés pourraient perdre jusqu'à 26 pour cent de leur main-d'œuvre agricole dans l'intervalle de deux décennies", affirme la recherche de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture.

Le SIDA fait beaucoup de ravages en Afrique australe, avec des taux d'infection atteignant en moyenne 20 pour cent.

"Au Malawi, on s'attend à ce que la récolte actuelle soit un peu moins à cause de la consommation massive et précoce du maïs frais pour éviter la faim", indique un rapport du PAM qui révèle également que les gens sont de plus en plus poussés à consommer même leurs semences et des racines sauvages même inconnues, peut-être toxiques".