DEVELOPPEMENT: Les connaissances agricoles des femmes, une solution à lalutte contre la faim

ROME, 17 juin (IPS) – Le sommet mondial de l'alimentation s'achève à Rome et déjà, un autre se prépare pour combattre la faim dans le monde.

Selon la militante indienne Vandana Shiva, il n'y aurait plus de bavardages si les décideurs politiques prenaient sérieusement en compte les connaissances des femmes pour nous mettre au moins à l'abri du besoin.

Ceci épargnerait le besoin d'organismes génétiquement modifiés (OGM) souvent présentés comme la solution clé à la faim dans le monde. Le bruit autour du soi-disant "riz doré", de la société de biotechnologie Mosanto, est un exemple classique de la manière dont les connaissances agricoles des femmes sont ignorées, souligne Shiva de l'organisation Navdanya, en Inde.

Le riz doré est en train d'être vanté comme produit emblématique des avantages des cultures génétiquement modifiées. Le riz est commercialisé avec le qualificatif "doré" parce qu'il est enrichi à la vitamine A (retinol). Les carences en cette vitamine entraînent la malnutrition et sont incriminées pour la cécité dans les pays pauvres – on estime à 750 millions le nombre de personnes souffrant de carence en vitamine A à travers le monde.

Le riz de Monsanto contient 30 milligrammes de vitamine A pour 100 grammes, mais selon Shiva, les femmes indiennes ont su, à travers le temps, que le riz rouge en contenait davantage. Son équipe a trouvé que la culture locale en contenait 14.000 milligrammes pour 100 grammes.

"Un adulte devrait consommer neuf kilogrammes de riz doré cuit pour satisfaire la ration requise et une femme enceinte aurait besoin de deux fois cette quantité", affirme Shiva dans une publication intitulée "Green solutions versus golden rice" (Des solutions vertes contre le riz doré).

"Il y a un refus de voir les solutions des femmes à travers la biodiversité", souligne la militante combative, ajoutant que "le jour où nous viendrons à bout de cela, l'arrogance du pouvoir disparaîtra".

Mais les femmes paysannes et ouvrières, responsables de plus de 70 pour cent de la production alimentaire mondiale, n'ont pas le temps d'exploiter leurs connaissances. Au Sommet mondial de l'alimentation, un emploi du temps décrit la journée d'une paysanne typique en Indonésie.

Il révèle une vie de corvée qui démarre à deux heures du matin lorsqu'elle commence à extraire le latex des arbres (hévéas), qu'elle fait une petite pause avant de recueillir et de modeler le latex.

Vers six heures, juste au moment où le soleil se lève, elle rentre à la maison pour une deuxième étape de travail dans son foyer. Quatre heures plus tard, elle est aux champs pour la journée, prenant une pause seulement pour le déjeuner. Tard dans l'après-midi, elle se dirige à la maison pour entamer une troisième étape de travail, la cuisine et le ménage. Cette femme s'endort épuisée à 2O heures pour se réveiller six heures plus tard.

L'exemple est pris en Indonésie, mais le sien est un genre de vie qu'on retrouve à travers le monde en développement.

La production alimentaire mondiale est largement dans les mains des femmes comme celle-ci. Dans les régions les plus pauvres, les plus touchées par la faim, sept producteurs agricoles sur dix sont des femmes. Alors que les statistiques se sont seulement fractionnées récemment en composantes genre, des recherches antérieures semblent indiquer que les femmes dirigent un foyer agricole sur cinq.

Les cultures secondaires telles que les légumineuses et les légumes cultivés dans des potagers domestiques, sont des sources vitales d'alimentation. Les femmes contrôlent 90 pour cent de cette production.

Les décisions quotidiennes relatives à la plantation, à l'élevage et à la récolte sont prises par les femmes – d'où la nécessité de les amener plus près du centre du pouvoir de prise de décisions en agriculture. "Mais il y a un refus de voir les solutions des femmes", leurs connaissances, leurs méthodes et leurs contributions, soutient Shiva.

"Le rôle des femmes dans l'agriculture est capital", déclare la ministre suédoise de l'Agriculture, Margareta Winburg, qui aimerait voir les femmes rurales jouer un rôle prépondérant dans les débats sur un développement durable, qui s'engagent à mesure que le sommet mondial de Johannesburg approche.

"Les femmes rurales continuent globalement d'être sous-représentées dans les processus de prise de décisions et sont souvent des 'cibles manquées' dans la conception, la mise en œuvre, le suivi des politiques et des programmes de développement agricole et rural", indiquent les militantes féministes dans une déclaration rendue publique au Sommet mondial de l'alimentation.

Le sommet de Rome est un exemple typique. La plénière – symboliquement l'épicentre de la conférence – était une mer de costumes d'hommes. Les femmes dirigeaient moins de dix délégations nationales. Il est essentiel, soutiennent des militants et des politiciens lors des travaux en commission, que les femmes aient un accès égal aux ressources comme l'eau et la terre.

Il est également capital qu'elles soient à des postes de prise de décisions.

Mais le pouvoir de définition de leur destin est bafoué à travers des pratiques surtout traditionnelles. En Asie du sud et du sud-est, par exemple, moins de dix pour cent de femmes paysannes possèdent la terre qu'elles travaillent.

"Sans la terre comme gage, les femmes sont également privées de l'accès au crédit. Et sans crédit, elles ne sont pas souvent en mesure d'acheter les intrants essentiels – tels que les semences, les outils et l'engrais – ou d'investir dans l'irrigation et les travaux d'aménagement de la terre", indique l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO).

L'accès aux ressources, à la technologie et aux crédits "réduirait la corvée des femmes et leur accorderait du temps pour une plus grande représentation", affirment les activistes.