ALIMENTATION: Les Etats-Unis isolés au Sommet mondial à cause dessubventions agricoles

ROME, 15 juin (IPS) – Les subventions agricoles américaines ont été vivement critiquées au Sommet mondial des Nations Unies pour l'alimentation, tenu à Rome.

Les membres du Groupe d'exportateurs agricoles Cairns, composé de 18 nations, ont battu en brèche, comme l'a fait l'Union européenne (UE) composée de 15 membres, la Loi sur la sécurité des fermes et l'investissement agricole, promulguée récemment aux Etats-Unis.

La législation accorde aux fermiers américains 15 à 20 milliards de dollars par an en subventions agricoles, soit une augmentation de 70 pour cent sur les niveaux actuels, dans le cadre d'un budget agricole de 10 ans s'élevant à 180 milliards de dollars. Le président George W. Bush a promulgué la loi le 13 mai.

Cette promulgation a suscité une tempête de protestations chez les partenaires commerciaux et les institutions internationales comme la Banque mondiale. Ils ont attaqué la législation qu'ils qualifient de barrières aux exportations agricoles des autres nations et d'hypocrite, étant donné l'hostilité personnelle affichée par Washington aux subventions agricoles d'autres pays.

Au cours de ce sommet, le délégué américain Andrew Natsios a considéré les critiques faites à la législation par bon nombre des 182 gouvernements présents comme faisant partie d'une bataille médiatique qui ne tient pas compte de la réalité. Les critiques sont unanimes à propos de cette loi.

Elle est assez complexe. Selon Natsios qui dirige l'Agence américaine pour le développement international, Washington demeure engagé dans la suppression des subventions à la longue et le projet de loi n'entrave pas les engagements commerciaux des Etats-Unis en conformité avec l'Organisation mondiale du commerce (OMC).

Les membres du Groupe Cairns ont cependant juré de bloquer plus tard les discussions à l'OMC aussi longtemps que la législation restera en vigueur.

"Si nous pouvions supprimer toutes ces subventions pendant seulement 24 jours, nous éliminerions la faim dans le monde", déclare le ministre brésilien de l'Agriculture, Marcus de Moraes. "S'il n'y a pas de changements significatifs concernant les subventions, nous ne mènerons plus de négociations avec les pays industrialisés sur les services, l'investissement et la propriété intellectuelle. Le coût (de la législation américaine) pour le monde sera plus de récession et plus de protectionnisme".

Walter Nunez Rodriguez, ministre bolivien de l'Agriculture, a qualifié les subventions "d'immorales", par rapport à son pays qu'il décrit comme pauvre et dépendant de l'agriculture pour presque un tiers de son produit national.

"Nous avons besoin des opportunités pour démarrer notre développement à travers l'agriculture", ajoute Gonzalo Gonzalez Fernandez, ministre de l'Agriculture de l'Uruguay. "Le signal qu'ils (les Etats-Unis) ont donné n'est pas de bon augure pour les pays en développement ni pour la réduction de la faim dans le monde", souligne Thoko Didiza, ministre sud-africain de l'Agriculture. "Nous demandons aux Etats-Unis de reconsidérer leur décision".

"Le projet de loi sur les fermes est un exemple du genre d'action que nous voulons tous combattre", déclare le président de la Commission de l'UE, Romano Prodi. "Pour notre part, la politique agricole de l'UE a pris un chemin clair : la réduction des subventions qui paralysent le marché, plus d'attention à la qualité et à la sécurité alimentaires, le développement rural et des services environnementaux pour toute la société".

Selon les officiels de l'UE, la législation a manqué d'interrompre l'usage des surplus alimentaires américains comme aide alimentaire, une pratique qui perturbe l'agriculture locale et les marchés alimentaires, en faisant chuter, par exemple, les prix des produits agricoles dans les pays bénéficiaires.

Les responsables européens ont également indiqué que le projet de loi a manqué d'amender le Programme international de repas scolaire, très critiqué par l'UE comme obligeant les pays en développement à acheter les denrées américaines.

Les décideurs politiques américains, ajoute Warren Truss, ministre australien de l'Agriculture, de la Pêche et des Forêts, "demandent aux autres d'opérer des changements et de consentir des sacrifices qu'ils ne sont pas prêts à faire eux-mêmes".

Le message des organisations non gouvernementales (ONG) a été pratiquement le même. "Les pays riches ne peuvent pas parler de marché libre s'ils ne l'appliquent pas à leurs propres économies", confie à IPS Sergio Marelli, président du Forum des ONG.

Les ONG ne s'entendent pas sur la question de maintenir ou de supprimer l'OMC, affirme Marelli, mais elles sont unanimes dans la vision de l'accès à l'alimentation comme un droit humain.

Les membres du Groupe Cairns sont : Argentine, Australie, Bolivie, Brésil, Canada, Chili, Colombie, Costa Rica, Iles Fidji, Guatemala, Indonésie, Malaisie, Nouvelle Zélande, Paraguay, Philippines, Afrique du Sud, Thaïlande et Uruguay.