OUAGADOUGOU, 17 juin (IPS) – Une exposition itinérante dénommée "Femmes Bâtisseurs d'Afrique", qui est partie du Canada en janvier, vise à faire découvrir la contribution réelle des femmes au développement du continent africain.
Elle se trouve actuellement au Burkina Faso.
"L'objectif des ?uvres de l'exposition est de montrer l'image de la femme et de répondre aux multiples interrogations sur la place de la place dans la société et les obstacles qui parsèment son chemin vers l'égalité de droit", explique Lizette Ferrera, chargée de projet au musée de la civilisation du Québec et responsable du projet "Femmes Bâtisseurs d'Afrique".
"Il s'agit de faire un plaidoyer, de sensibiliser le plus large public à la condition de la femme, pas de celle (condition) dont on parle souvent comme la marginalisation, mais sur le rôle de la femme dans le développement économique et dans le développement en général d'un pays", poursuit Ferrera.
L'exposition est née d'un partenariat entre les ministères de la Culture du Canada, du Bénin, de la Côte d'Ivoire, du Mali et du Sénégal, le musée de la civilisation du Québec, le musée historique de Gorée (Sénégal) ainsi que le musée de la femme Henriette Bathily, au Sénégal.
L'exposition, qui a débuté au Canada en janvier, a sillonné plusieurs provinces canadiennes avant d'arriver sur le continent africain, notamment en Afrique de l'ouest, par le Mali et le Sénégal depuis le début de l'année.
Depuis le 28 mai, l'exposition séjourne au Burkina où elle va rester pendant quatre mois avant de partir pour le Bénin, sa destination finale.
La plupart des ?uvres réalisées par des femmes sont réparties en trois thèmes : "Femmes aux mille visages" montre la façon dont les femmes sont perçues à travers leur corps et leur savoir. "Nourricières et novatrices" met en évidence l'importance du rôle économique des femmes. Le troisième thème, "Construire l'avenir", met l'accent sur la volonté des femmes de prendre en main leur destin par un nouvel engagement politique et social.
Les objets exposés varient de la sculpture d'art africain de chez les Ashanti du Ghana, des Yoruba du Nigeria ou des Mossi du Burkina Faso aux ?uvres d'art contemporaines provenant d'Afrique du Sud, de Côte d'Ivoire, du Sénégal, de Tanzanie, du Zimbabwe et d'Ethiopie.
"L'exposition nous montre que se profile, à côté des représentations traditionnelles, un nouveau visage de la femme africaine. Malgré les contraintes qui pèsent sur elle et souvent malgré son dénuement, la femme vit sa situation avec combativité, courage, force et dignité. En lui donnant la parole, l'exposition permet aux visiteurs de pénétrer dans son univers et de prendre conscience de sa condition", espèrent les organisateurs.
En Afrique, les femmes représentent plus de 50 pour cent de la population, mais elles restent marginalisées malgré leur rôle grandissant dans tous les secteurs de la vie économique comme dans le cadre familial dans la plupart des pays africains, en raison des pesanteurs sociales et culturelles.
"C'est une exposition positive car il ne s'agit pas de pleurnicher sur le sort réservé à la femme, mais il s'agit plutôt de valoriser ce que la femme sait faire et d'apprécier son apport dans le développement et le progrès social", déclare Mafarma Sanogo, présidente de la section locale de l'Association des professionnelles africaines de la communication (APAC), une des associations féminines participant à l'organisation de l'exposition au Burkina.
Pour Sanogo, "C'est la seule façon de promouvoir les droits de la femme, car on présente sa contribution au bien-être et à la construction de la société".
Selon Alimata Salambéré, marraine de l'exposition au Burkina, l'initiative est une invite aux femmes afin qu'elles produisent mieux pour atteindre l'indépendance économique. Femme de culture, Salambéré est l'un des membres fondateurs du Festival panafricain du cinéma de Ouagadougou (FESPACO) en 1969. Elle a été ministre de la Culture dans les années 1980.
Dans les différents pays visités, les associations et organisations de femmes sont associées à l'exposition pour, selon les organisateurs, "intéresser" les femmes à l'importance du musée, mais également montrer à toutes "les femmes de couches diverses ce qu'elles font en réalité chaque jour et qui contribue au bien-être de la société".
"Des guides en langues nationales" sont recrutées pour accompagner les femmes non alphabétisées dans la visite de l'exposition. "Le monde reconnaît maintenant que la femme contribue au développement, mais il y a quelque chose à faire pour disséminer l'information, et avec cette exposition, les gens verront ce que les femmes savent faire dans chaque pays. Ensuite, nous devons pérenniser cela avec le musée", affirme Salambéré.
Au Burkina Faso, les femmes comptent enrichir l'exposition itinérante avec une toile créée par des femmes et qui dépeint la vie quotidienne, mais témoigne également du "génie" des femmes. Cette toile ira ensuite au Bénin.
"Nous ne voulons surtout pas qu'on nous dise que la femme contribue au développement sans qu'on puisse toucher du doigt ce qu'elle fait; avec la toile, c'est du concret", explique Kadidiatou Dacouré, représentante des associations féminines du Burkina à l'exposition.
"Des ménagères, des femmes ordinaires, des femmes entrepreneurs ou des intellectuelles vont apporter chacune quelque chose sur leur vie professionnelle ou quotidienne, que nous allons faire admirer", ajoute Dacouré.
Les organisateurs espèrent par ailleurs susciter, à travers l'exposition itinérante, un engouement et la réhabilitation des musées africains souvent délaissés par manque de moyens ou pour peu d'intérêt.

