DEVELOPPEMENT-ZAMBIE: Les ONG exclues d'une réunion décisive de la Banquemondiale

LUSAKA, 5 juin (IPS) – Un réseau d'organisations de développement et de groupes à base communautaire – en Zambie – a averti que son exclusion d'une réunion de trois jours, qui a commencé cette semaine, risquait de faire capoter les discussions concernant le grand besoin de diversification de l'économie du pays dépendante du cuivre.

L'Organisation de la société civile de la région du cuivre (CSO) soutient que leurs connaissances locales et leurs années d'expérience de travail avec des gens frappés par le déclin de l'industrie minière de la Zambie, auraient contribué de façon significative aux efforts géniaux des économistes à la réunion prévue du 3 au 5 juin à Kitwe, ville productrice de cuivre.

L'Organisation de la société civile de la région du cuivre est une coalition d'associations caritatives comprenant Oxfam, la Commission catholique pour la justice et la paix et le Groupe de protection des anciens mineurs.

Selon le porte-parole de l'organisation, "la diversification de l'économie zambienne est une question trop importante pour être laissée aux mains de soi-disant experts en économie sans permettre à la société civile de la Zambie de prendre sa place à la table des discussions".

La Banque mondiale, qui a financé "l'Atelier de diversification de la région du cuivre", n'a pas permis aux ONG de participer, prétendant que l'objectif de la réunion est de faire appel à l'expertise des économistes du monde entier, plutôt qu'à des groupes locaux à base communautaire et des groupes de développement.

La Banque fait savoir que les associations caritatives concernées peuvent soumettre des documents exposant les grandes lignes de leurs suggestions sur ce qu'il faut faire pour élargir l'économie zambienne, et qu'on fera circuler à la réunion.

Des experts très en vue, dont le vice-président de la Banque mondiale, Callisto Madavo, et de célèbres économistes d'autres pays miniers tels que le Pérou, donneront des conseils au gouvernement zambien du président Levy Mwanawasa sur la manière de libérer ce pays d'Afrique australe de sa dépendance du cuivre.

La Zambie compte sur le cuivre et le sous-produit, le cobalt, pour environ 65 pour cent des bénéfices à l'exportation. Mais l'industrie jadis lucrative ne s'est jamais remise de l'effondrement des cours mondiaux du cuivre pendant les années 1970 et les années de mauvaise gestion et de manque de financement par les gouvernements successifs.

Par ailleurs, la mauvaise privatisation du secteur public n'a pas entraîné le renouvellement espéré de la fortune du secteur.

Au cours des deux dernières semaines, des mineurs de la mine de Luanshya sont descendus dans les rues pour exiger le paiement de cinq mois d'arriérés de salaire. Le Groupe Binani basé au Royaume-Uni a acheté la mine en 1997 au milieu des allégations de corruption et la mine s'est vite heurtée à des difficultés à cause d'un financement insuffisant. La filiale zambienne de Binani, RAMCOZ, a été mise en liquidation en novembre 2001.

Toute l'économie a été bouleversée par la nouvelle de choc annoncée en janvier cette année et selon laquelle le plus grand producteur de cuivre de la Zambie, le géant mondial des mines Anglo American, doit retirer son investissement moins de deux ans après avoir racheté les mines de cuivre clé de Nchanga et de Konkola.

L'Anglo et le gouvernement zambien sont sur le point de conclure un accord sur le montant que la société minière doit payer pour son retrait.

Selon Emmanuel Kasonde, ministre zambien des Finances de la Zambie, l'accord permettrait aux mines de fonctionner encore pendant deux ans, sauvegardant ainsi environ 10.000 emplois, et accordant aux mines le temps de trouver de nouveaux investissements et une nouvelle direction.

Mais selon des sources industrielles, l'accord n'apportera qu'une solution à court terme. Ceci, parce que les chances de trouver un nouvel investisseur sont minces étant donné l'importance des sommes nécessaires pour réhabiliter les mines existantes et développer l'énorme Projet Konkola Deep Mining, une masse de minerai potentiellement lucratif avec une durée de vie de 30 ans qui tient la clé de l'avenir de l'industrie du cuivre de la Zambie.

Parmi les recommandations de la réunion sur "la diversification de la région du cuivre", figurent probablement l'ouverture de secteurs potentiellement générateurs d'argent comme le tourisme et l'agriculture ainsi que la revivification du secteur industriel actuellement moribond, notamment en ce qui concerne la région du cuivre très durement frappée par le déclin de l'exploitation minière.

La société civile de la région du cuivre craint toutefois que la réunion ne s'achève encore comme une autre rencontre de paroles vaines à cause de ce qu'elle qualifie "d'effroyable" exclusion.

"Nous aurions dû être présents à l'atelier pour nous assurer que ses résolutions ont un sens non seulement économique mais aussi social pour la population de la région du cuivre", déclare un porte-parole de la société civile.