GENEVE, 3 juin (IPS) – L'agence des Nations Unies pour les réfugiés a publié une déclaration vendredi pour exprimer sa préoccupation par rapport au débat actuel "surchauffé" en Europe sur les demandeurs d'asile, indiquant qu'il pourrait avoir des conséquences graves pour les étrangers qui cherchent de l'aide dans la région.
Le Bureau du Haut commissariat des Nations Unies aux réfugiés (HCR) a publié des chiffres sur les réfugiés arrivant dans l'Union européenne (UE) au cours des dix dernières années, qui montrent une forte baisse au total l'année dernière par rapport au nombre enregistré en 1992.
Le rapport montre que les totaux sont vraiment bas dans certains pays, en particulier ceux qui sont plus francs dans leur soutien aux restrictions drastiques par rapport au nombre de réfugiés devant être acceptés, comme l'Espagne et la Grande-Bretagne.
Au contraire, les pays en développement sont les premiers à recevoir le plus de réfugiés, qui se comptent par centaines de milliers ou, dans les cas de l'Iran et du Pakistan, des millions, a affirmé Rupert Colville, porte-parole du HCR.
Le nombre de personnes protégées conformément au mandat du HCR dans le monde entier avoisine 22 millions, réparti entre l'Asie, où il y a 8,5 millions de demandeurs d'asile, l'Afrique (6,1 millions), l'Europe (5,6 millions) l'Amérique du nord (un million), l'Amérique latine et les Caraïbes (600.000), et en Océanie (76.000).
Les données des Nations Unies incluent le nombre de demandes d'asile reçues dans 30 pays industrialisés, y compris tous les pays d'Europe centrale et occidentale.
"Les chiffres ont atteint leur apogée au début des années 90, au moment où deux guerres importantes se déroulaient en Croatie et en Bosnie. Les nombres étaient plus que réduits de moitié au milieu des années 90, avant d'augmenter encore à la fin de la décennie, surtout à cause de la crise du Kosovo", indique le rapport.
Mais les totaux sont demeurés à peu près stables depuis, de 350.000 à 400.000 demandes d'asile par an.
"Si vous observez ces statistiques, vous verrez très peu de preuves à l'idée répandue dans plusieurs pays européens : qu'ils sont en train d'être envahis par de faux demandeurs d'asile", a déclaré Colville.
On entend couramment l'accusation selon laquelle la grande majorité des demandes d'asile sont "fausses", mais le porte-parole du HCR a fait remarquer : "Ces déclarations sont elles-mêmes très inexactes et trompeuses".
Il reconnaît que les difficultés surgissent dans la gestion de l'immigration et l'intégration des étrangers, mais affirme : "C'est faux de dépeindre les demandeurs d'asile – et parmi eux de larges proportions de réfugiés très méritants – comme le principal élément du problème".
L'agence onusienne serait, dit-on, très préoccupée par la tournure hostile qu'a prise récemment le débat sur les réfugiés en Europe.
Selon Colville, les négociations, que les pays de l'UE ont commencées la semaine dernière pour mettre en place des contrôles frontaliers stricts, visent à empêcher les immigrants d'entrer dans le bloc et à réduire le flot des réfugiés.
Dans ce contexte, le gouvernement britannique a annoncé qu'il étudiait une initiative pour autoriser l'expulsion immédiate des demandeurs d'asile dont les demandes ont été déclarées comme étant absolument dénuées de tout fondement.
Pour le Premier ministre d'Espagne José María Aznar, l'un des champions de l'approche intransigeante en matière de contrôles frontaliers, de telles mesures permettraient aux autorités de "faire la distinction entre l'immigration légale et l'immigration illégale".
La décision finale sur la politique commune de l'UE sera prise à la réunion du Conseil de l'Europe, prévu du 21 au 22 juin à Séville, en Espagne.
Le rebondissement dans les débats sur la politique d'immigration dans plusieurs pays européens, selon les analystes politiques, est lié aux résultats des récentes élections en Italie, au Danemark et au Portugal, où les partis politiques opposés à l'immigration ont gagné en popularité.
Mais les résultats les plus alarmants – en termes de droits des réfugiés et d'immigrants – ont été ceux de la France et des Pays-Bas. En France, le candidat de l'extrême droite, Jean-Marie Le Pen, connu pour son discours xénophobe, a pu se positionner au second tour des élections présidentielles, même s'il a perdu au profit du candidat conservateur Jacques Chirac.
Aux Pays-Bas, les partisans de Pim Fortyun, un leader politique anti-immigration et anti-Islam, qui a été assassiné le mois dernier, a pu élever le standing de son parti au point qu'il est maintenant le second, après le puissant parti des Démocrates chrétiens.
"Si ces résultats engendraient une politique et une législation précipitées, il pourrait y avoir de répercussions très graves pour les futurs réfugiés, soit parce qu'ils ne pourront plus du tout entrer en Europe, soit parce qu'ils ne bénéficieront pas d'une écoute favorable et un traitement décent une fois qu'ils y seront", ajoute Colville.

