POLITIQUE-AFRIQUE CENTRALE: La société civile invitée à s'impliquer dans lagestion des conflits

LIBREVILLE, 6 juin (IPS) – L'Union européenne (UE) va débloquer 36 milliards de francs CFA (environ 51,428 millions de dollars US) pour la période 2002-2007 à l'issue de la réunion de Programmation régionale du 9è Fonds européen de développement (FED) pour venir à bout des conflits en Afrique centrale.

La réunion, qui s'est déroulée en mai, à Libreville, au Gabon, s'est achevée par l'adoption d'un Programme indicatif régional (PIR) et par une invitation à la société civile à s'impliquer dans la gestion des conflits en Afrique centrale. Friedrich Hamburger, directeur Afrique centrale et occidentale à la direction générale du développement de la Commission européenne, a ajouté que "l'UE s'est engagée à accompagner l'Afrique centrale dans le processus d'intégration (…) et qu'une attention particulière sera accordée à la prévention des conflits et à la gestion des crises, avec une implication de la société civile".

Selon Hamburger, "le dialogue et la prévention des conflits sont et doivent demeurer un leitmotiv pour les dirigeants et pour tous les peuples afin que l'espace économique que constitue l'Afrique centrale devienne le plus attractif possible aux yeux des investisseurs".

Pour le chef de la délégation de la Commission européenne au Gabon, Carlo de Filippi, "le montant global des ressources programmables allouées à l'Afrique centrale (fonds régionaux et nationaux) s'élève à 850 millions d'euros, soit 557,5 milliards de FCFA pour la période 2002-2007".

Selon les délégués européens, ce projet est "le plus ambitieux et le plus vaste" jamais conclu entre l'UE et les pays en développement.

Le plan de mise en œuvre du programme d'aide de l'UE au règlement des conflits avait déjà retenu le principe d'impliquer la société civile dans les négociations de paix en Afrique centrale.

Le programme de l'UE a été adopté par le Conseil européen de Göteborg, en Suède, depuis juin 2001, avec la volonté politique européenne de continuer à faire de la prévention des conflits l'un des principaux objectifs de sa coopération. Un Africain sur cinq est touché par les conflits alors que près de la moitié des 673 millions d'habitants de l'Afrique subsaharienne subsistent avec moins d'un dollar US par jour. Dans le programme de l'UE, figurent notamment la "bonne gouvernance, la recherche de la paix et de la sécurité, et l'éducation.

"Il s'agit aussi de promouvoir les comportements de paix, de démocratie et de bonne gestion des affaires, mais également de sanctionner les déviations ou les manquements à des principes qui fondent l'engagement des Etats africains à préserver et à renforcer les valeurs et les principes dont l'Afrique a besoin", estime le ministre centrafricain du Plan et de la Coopération, Mathias Dzon.

Le ministre gabonais de la Planification et de la Programmation du développement, Casimir Oyé-Mba, a déclaré que "la stratégie que nous venons d'adopter n'est qu'un cadre théorique de travail. Il nous reste à faire le plus important, c'est-à-dire mettre en œuvre des projets cohérents, prenant en compte des composantes politiques, économiques, sociales, culturelles (…), en un mot des projets intégrateurs".

A la suite de l'appel lancé, pour la première fois, à la société civile à contribuer à la gestion des crises, certaines associations, qui militent en faveur des droits de l'Homme, se sont senties reconnues et se sont regroupées pour conjuguer leurs efforts au lendemain de la rencontre de Libreville.

Seront particulièrement impliquées les organisations non gouvernementales (ONG) qui défendent les droits de l'Homme, les associations civiles et religieuses spécialisées dans la défense des droits de la femme, des enfants, notamment les enfants orphelins ou abandonnés. Les associations ont convenu de coordonner leurs efforts en travaillant en réseau ou en groupe pour permettre un vaste échange d'idées constructives.

Pour les médiations qui seront initiées par elles, les associations feront appel aux psychologues et aux psychiatres qui travailleront au sein des équipes en mission sur le terrain.

Depuis un moment, la société civile se bat et fait pression sur tous les acteurs pour que la guerre en République démocratique du Congo (RDC) prenne fin pour arrêter les souffrances des populations. "Malgré les revers de la guerre, un rayon de lumière ressurgit à la suite des négociations menées grâce à l'arbitrage de la société civile et de la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC) car les groupes rebelles ont commencé à comprendre que ce sont les pays étrangers qui profitent de la guerre civile au Congo", avait déclaré Kabila en mai, au lendemain de sa rencontre, à Kinshasa, avec une mission du Conseil de sécurité des Nations Unies. Le conflit en RDC a fait, depuis août 1998, plus de 3 millions de morts. Les négociations de paix, qui avaient débuté le 25 février à Sun City, en Afrique du Sud, étaient menacées par un échec total. Mais la pression de la société civile a permis d'aboutir à un premier accord partiel entre le gouvernement de Kinshasa et l'un des plus importants groupes rebelles armés, le Mouvement de libération du Congo (MLC) de Jean-Pierre Bemba, soutenu par l'Ouganda. L'autre mouvement rebelle, le Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD/Goma), soutenu par le Rwanda, a rejeté l'accord.

Au Burundi également, une guerre civile oppose, depuis 1993, le pouvoir et l'armée dominée par la minorité tutsi à des mouvements rebelles hutu. Là aussi, des ONG et des personnalités éminentes continuent, à travers des médiations entre les parties en conflit, à réfléchir aux solutions susceptibles de mettre fin à une guerre qui a fait au moins 250.000 morts et qui handicape l'avenir du pays.

Le partenariat, qui se fondait sur le respect de la souveraineté des pays, a enregistré aujourd'hui quelques changements qualitatifs en passant des relations entre les gouvernements à un processus plus global qui prend en compte les éléments de la société civile.