BRUXELLES, 31 mai (IPS) – L'aide de l'Union européenne (UE) aux pays à faibles revenus a été presque réduite de moitié au cours des dix dernières années, indique un rapport indépendant.
Le rapport du BOND, un réseau de plus de 240 organisations non gouvernementales (ONG) britanniques estime que l'aide de l'UE aux pays à faibles revenus est passée de 70 pour cent de son aide totale au développement en 1990 à juste 39 pour cent en 2000.
Les conclusions dans le rapport 'Endiguer la pauvreté : une proposition pour la réforme de l'aide de l'Union européenne' ont été immédiatement contestées par Poul Neilson, le Commissaire européen pour le développement et l'aide humanitaire. L'aide aux plus pauvres n'a pas diminué, a-t-il déclaré.
"Notre politique de développement est globale et plusieurs des Etats auxquels nous donnons de l'aide sont parmi les plus pauvres du monde", a-t-il indiqué.
Neilson a indiqué à IPS qu'il n'avait pas lu le rapport de BOND, mais que "nous aurons sans aucun doute à le corriger, comme nous le faisons toujours".
Le rapport du BOND estime que l'objectif avoué de la politique de développement de l'UE est de "réduire et, finalement, d'éradiquer la pauvreté", mais que cet objectif est de plus en plus éclipsé par d'autres programmes, comme le commerce, l'agriculture, les politiques étrangère et sécuritaire".
Selon le rapport, le financement de l'investissement dans "les pays proches de l'Europe à l'étranger" – les pays à revenus intermédiaires en Méditerranée et en Europe de l'est – pourrait arranger les intérêts des Etats membres de l'UE, "mais il ne constitue pas une aide au développement centrée sur la pauvreté".
Le rapport a été signé par les ONG d'Australie, de France, d'Allemagne, d'Irlande, du Portugal, d'Espagne et de Finlande. Le rapport sera au centre d'une nouvelle campagne pour "sauvegarder" la politique de l'UE en matière de développement. Les ONG feront campagne pour que 70 pour cent de l'aide octroyée par la Commission européenne, le bras exécutif de l'UE, soit redirigée vers les pays à faibles revenus.
Le rapport indique que "l'utilisation inefficace de l'argent des contribuables de l'UE et des fonds, dont on a grand besoin pour le développement, devrait être une question d'intérêt public partout en Europe et dans les pays en développement". Les fonds destinés au développement – sans cesse en diminution – ne ciblent pas les pauvres qui en ont le plus besoin.
Le rapport indique qu'en 2000, l'UE a alloué seulement 4 pour cent de son aide à l'éducation de base et juste 2 pour cent aux soins de santé primaire.
La nouvelle campagne proposera que 35 pour cent de l'aide européenne aille aux services sociaux tels que la santé et l'éducation.
Le rapport a été publié jeudi, en prélude à une réunion des 15 ministres de l'UE, en charge du développement. Les ministres étaient d'avis que la "santé est un facteur déterminant de croissance économique et de développement durable, et qu'une santé fragile est à la fois une cause et un effet de la pauvreté".
Les ministres ont dit dans une résolution que "les donateurs doivent accroître considérablement le volume de leur soutien financier au secteur de la santé, notamment dans les pays les plus pauvres".
Poul Neilson, qui a en charge l'administration de l'aide de la Communauté européenne, a indiqué aux ministres que la réforme de l'aide progressait bien. Chacun des 15 pays de l'UE à également son propre programme d'aide.
Selon Mirjam van Reisen, auteur du rapport du BOND, le processus de réforme a été mal inspiré par la question de savoir qui contrôle l'argent – au lieu de : où et comment l'argent est le plus efficacement dépensé.
"Nous lançons un appel aux ministres européens en charge du développement, afin que, lorsqu'ils mangent leur Saumon en Couronne, ils se rappellent qu'ils ont été élus pour promouvoir les perspectives d'une vie meilleure pour toutes les personnes vivant dans la pauvreté aux quatre coins du monde", a indiqué Reisen. "C'est une lourde responsabilité, et une responsabilité partagée" Le rapport du BOND estime que les fonds européens de développement ont été détournés pour restaurer la stabilité dans les Balkans et aider les anciens pays soviétiques à intégrer l'UE.
Pour Neilson, "les pays en voie d'adhésion et la région des Balkans devraient être exclus de cette discussion".
Selon Gary Collins, un responsable de l'UE travaillant sur l'aide aux Balkans, "il n'est pas réaliste d'espérer que l'UE ignore ses proches à l'étranger. Après l'élargissement de l'UE, ces pays deviendront nos voisins.
Il y a eu trois guerres dans les Balkans et il y a un grand besoin de stabilité dans cette partie. Il y a également beaucoup de personnes très pauvres dans ces régions".
Selon Constanza da Toma, conseiller politique du BOND, l'UE devrait donner la préférence à des instruments hors de l'aide comme le commerce ou des prêts à ces pays. "Et lorsque les pays ont besoin d'aide, elle devrait être focalisée sur les secteurs qui concernent la pauvreté", ajoute-t-il.

