ECONOMIE: L'Afrique de l'ouest s'achemine de plus en plus vers une monnaiecommune

LAGOS, 30 mai (IPS) – La Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'ouest (CEDEAO) a mis en branle des programmes destinés à assurer l'entrée en vigueur de sa monnaie commune pour la sous-région, l'Eco – sur laquelle on est longtemps resté muet.

Actuellement, seuls les pays francophones de l'Afrique de l'ouest ont une monnaie commune, le Franc CFA. Ce sont le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d'Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo.

Les pays anglophones et certains autres pays d'Afrique de l'ouest utilisent des monnaies nationales individuelles : le Cédi au Ghana, le Dalasi en Gambie, le Dollar au Libéria, le Leone en Sierra Leone, le Franc guinéen en Guinée-Conakry, l'Escudo au Cap Vert et le Naira au Nigeria.

Les chefs d'Etat et de gouvernement de la CEDEAO, qui s'étaient réunis au 22ème sommet de l'organisation à Lomé, au Togo en décembre 1999, ont décidé de créer une seconde zone monétaire et une seconde monnaie pour les Etats non-membres de la zone CFA d'ici à 2003. Elle sera fusionnée avec la zone et la monnaie CFA d'ici à l'an 2004, comme condition préalable à la réalisation d'une union monétaire pour les 15 membres de la CEDEAO.

Bimbola Ogunkelu, ministre nigérian de la Coopération et de l'Intégration en Afrique, croit que la monnaie commune pour la sous-région devrait entrer en vigueur d'ici à 2004.

Selon lui, l'Institut monétaire ouest-africain, qui servira d'organisation intérimaire pour préparer le terrain à la Banque centrale ouest-africaine (BCOA), a été installé à Accra, au Ghana, avec la nomination de Michael Oji, un Nigérian, comme directeur général.

La semaine dernière, le Comité national de sensibilisation (NSC), formé par le Nigeria, s'est réuni pour harmoniser le budget national et les modalités de création et de soutien au programme national de sensibilisation sur la nouvelle monnaie – l'Eco.

"Le comité national de sensibilisation devrait entreprendre une campagne d'éclaircissement pour toutes les couches de la société nigériane, dans tous les 36 Etats de la fédération, sur les implications de la cession, par le gouvernement, de l'autonomie de sa Banque centrale à une Banque centrale commune de la Zone monétaire ouest-africaine (ZMOA).

"La campagne éclairera également la population sur l'abandon, par le gouvernement, de la souveraineté de la monnaie commune, le Naira, pour une monnaie commune, l'Eco.

"Elle éclairera, en outre, la population sur la viabilité de l'adoption d'une seule zone monétaire, qui implique que la politique monétaire du Nigeria serait élaborée par un organisme différent hors du pays, et sur les conséquences de ces développements sur l'économie nigériane", indique une déclaration émanant du comité.

Les économistes nigérians sont d'avis qu'une monnaie unique relancera le commerce intra-régional, améliorera les règlements et réduira la fuite des capitaux.

Ils sont toutefois pessimistes par rapport la faisabilité du projet de mise en circulation de la monnaie, prévue dans deux ans, faute d'infrastructure.

Ils soutiennent que des indices — comme la stabilité politique et une économie forte — qui rendront opérationnelle la monnaie unique font également défaut.

"La raison du succès de l'euro était une bonne économie et une stabilité politique en Europe, indices qui font défaut en Afrique. Si nous voulons être pris au sérieux par le monde sur la question de la monnaie unique, nous devons d'abord chercher les voies et moyens de consolider l'économie, non pas uniquement par l'émission des billets de banque. La monnaie doit continuer par être imprimée seulement si elle est soutenue par des réserves", affirme Peter Olorunda, un économiste à Lagos.

Selon lui, "beaucoup de questions doivent être abordées avant qu'une monnaie commune ne puisse être considérée comme étant une possibilité.

L'inégale force des économies nationales, une structure tarifaire divergente au sein des pays membres et les problèmes de mouvement des personnes et des biens doivent être réglés".

Les membres de la CEDEAO disent que la monnaie proposée facilitera la libre circulation des capitaux dans la sous-région et relancera une plus grande entrée de capitaux étrangers; cette monnaie aidera également à l'intégration de la région en un marché régional unique pour les quelque 210 millions d'habitants de la communauté.

La Banque centrale ouest-africaine proposée démarrera avec un capital initial de 100 millions de dollars US. Le Nigeria, le Ghana, la Sierra Leone, le Libéria et la Guinée-Conakry verseront chacun une contribution de 25 millions de dollars US en deux tranches d'ici à septembre.

"Tous les Etats membres doivent prendre les mesures nécessaires pour assurer la ratification d'ici à octobre 2002, par leurs parlements nationaux, de l'accord de base adopté l'année dernière sur la création de la ZMOA et des statuts de la BCOA", indiquait une récente déclaration des chefs d'Etat.