BRAZZAVILLE, 1 juin (IPS) – Les élections législatives du 26 mai au Congo-Brazzaville ont été caractérisées par une fraude généralisée, avec des bourrages d'urnes, des bulletins de vote et cartes d'identité trafiqués, le saccage de bureaux de vote et des voies de fait.
Ces actes déplorables ont été enregistrés notamment à Brazzaville, la capitale du pays, provoquant la colère de Charles Emile Apes, président de la Commission nationale d'observation des élections (CONEL), qui a immédiatement sévi contre les auteurs de ce qu'il considère comme un "sabotage des opérations électorales". Ainsi, dans certains arrondissements de Brazzaville, notamment ceux de Talangai, Ouenzé, Poto-Poto et Bacongo, certains candidats – très proches du pouvoir – se sont retrouvés disqualifiés à cause de leurs comportements qualifiés d'inciviques. Par exemple, dans la première circonscription de l'arrondissement de Talangai, la CONEL a disqualifié Maurice Nguesso et Hyacinte Kingani pour s'être rendus coupables de "faux et usage de faux, faux en écriture publique, menaces de mort, violence et voies de fait". Maurice Nguesso est le grand frère du chef de l'Etat, Denis Sassou Nguesso. Dans une autre circonscription du même arrondissement, la mesure de disqualification a aussi frappé Jean-Claude Ibovi, jeune frère de François Ibovi, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement. Il lui est reproché des voies de fait sur la personne du président de la Commission locale d'observation des élections. Il est également accusé de "rétention et de destruction des urnes pendant le vote, de poursuite de la campagne électorale au-delà des délais légaux". Une vingtaine de candidats ont ainsi subi les rigueurs de la loi électorale.
La plupart ne pourront plus se présenter aux élections, d'autres s'en sont tirés avec de sévères mises en garde avec risque de disqualification. C'est le cas de Mathias Dzon, ministre des Finances et de Solange Camara, opératrice économique très proche de l'épouse du chef de l'Etat.
D'une manière générale, les candidats sanctionnés sont membres du Parti congolais du travail (PCT), le parti du président de la République.
Les élections législatives se sont déroulées sous une toile de fond de guerre dans la région du Pool (sud du pays) en proie à des affrontements entre l'armée et les milices "Ninja" du pasteur Ntoumi. En raison de ces affrontements armés, sept circonscriptions électorales sur quatorze ont été exclues du vote. Un scrutin partiel y est prévu plus tard quand les circonstances le permettront. Alors qu'il venait lui-même de voter, le président Sassou Nguesso a profité d'une question de la presse pour s'adresser au leader de la rébellion du Pool, le pasteur Ntoumi, de son vrai nom, Frédéric Bitsangou : "Je regrette que certains de nos compatriotes n'aient pas encore compris que la logique de guerre n'arrange rien", a déclaré le chef de l'Etat. "Un certain pasteur Ntoumi abuse de la naïveté de la jeunesse pour l'entraîner sur le sentier de la guerre. Je souhaite qu'il revienne à la raison et nous retrouve pour un dialogue plus constructif", a ajouté Sassou Nguesso. Le chef de l'Etat congolais s'en est violemment pris à la presse privée qu'il accuse "d'exacerber le conflit dans la région du Pool à travers des écrits mensongers et généralement loin de la réalité". "Les journalistes trouvent du plaisir à attiser un feu qui est, somme toute, maîtrisable.
Malheureusement, ce ne sont pas eux qui en souffrent, mais le peuple congolais".
Sassou Nguesso a affirmé qu'il n'y avait pas, à proprement parler, de guerre dans la région du Pool, mais plutôt des opérations de police pour le maintien de la sécurité. Il s'est réjoui de la participation au scrutin de la plupart des circonscriptions électorales du Pool. Evoquant les irrégularités signalées dans les circonscriptions électorales, Sassou Nguesso les a plutôt minimisées. "Elles ne sont pas plus dramatiques qu'ailleurs", a-t-il déclaré.
Mais bon nombre de Congolais ont été déçus et choqués par le comportement de certains candidats, non seulement pendant la campagne électorale, mais aussi le jour même du vote. "Ils se sont comportés en véritables bandits", explique Inès Mankou, une électrice de l'arrondissement de Poto-Poto, déçue de n'avoir pas pu voter, le bureau de vote de sa circonscription ayant été fermé à 9 heures à cause du saccage des urnes et de l'isoloir, oeuvre d'un candidat. "Ils sont frères ou amis du président de la République, épouses ou cousins de ministres et croient que cela suffit pour leur assurer une élection sans problèmes. L'un des candidats députés est venu saccager notre bureau de vote. Conséquence, le bureau a fermé et nous, nous n'avons pas pu voter", déplore-t-elle.
Les législatives congolaises du 26 mai ont connu un engouement particulier des femmes, aussi bien chez les électrices que chez les candidates. On compte 300 candidatures féminines sur un total de 1.400 candidats à la députation. Les femmes des ministres se sont particulièrement illustrées dans la bataille électorale. "Sur les 137 sièges à pourvoir, nous, femmes du Congo-Brazzaville, comptons nous adjuger au moins un tiers", déclare la candidate Solange Camara.
Contrairement à l'élection présidentielle du 10 mars et en dépit des appels au boycott des principaux leaders de l'opposition en exil en Europe, les partis d'opposition ont tenu à participer activement au scrutin. André Milongo, ancien président du parlement, s'est présenté dans le Pool. Les résultats des élections restent perturbés par les irrégularités constatées pendant le vote et les reports de scrutin dans beaucoup de circonscriptions électorales. Cependant, les premières tendances sont en faveur de la majorité présidentielle. Le deuxième tour des législatives est fixé au 26 juin.

