JOHANNESBURG, 29 mai (IPS) – En dehors des retards observés dans certains bureaux de vote, l'élection générale du Lesotho s'est déroulée dans le calme — et le Congrès du Lesotho pour la démocratie (LCD) qui gouverne actuellement reviendra probablement au pouvoir avec une majorité confortable.
Lundi déjà, le LCD s'était assuré 29 circonscriptions électorales sur les 30 qui avaient communiqué des résultats. Le principal parti d'opposition, le Parti national basotho (BNP) a gagné l'autre siège.
Il y a au total 80 circonscriptions électorales à disputer dans l'élection et 40 autres sièges de la législature sont à attribuer aux partis sur la base d'un pourcentage de voix qu'ils obtiennent – selon un système de représentation proportionnelle.
Les résultats définitifs des élections sont attendus ce mercredi au plus tard.
"Si cette tendance persiste, le LCD dominera la Chambre avec environ 62 pour cent du vote en moyenne au parlement", commente un représentant de la Commission électorale indépendante du Lesotho.
Une victoire écrasante du LCD et des allégations de corruption au scrutin, au cours de la dernière élection générale du pays en 1998, ont suscité des troubles de la part des partis de l'opposition et des menaces de coup d'Etat par certains éléments de l'armée. Ils ont accusé le LCD d'avoir truqué l'élection. Une commission indépendante ultérieure, dirigée par le juge sud-africain Pius Langa, a trouvé que même s'il y avait des truquages administratifs, il n'y a pas eu de fraude généralisée pendant l'élection.
Toutefois, à cette période, les troubles civils et la crainte d'un coup d'Etat ont incité la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC) à envoyer des troupes de l'Afrique du Sud et du Botswana pour rétablir l'ordre.
La force de la SADC s'est heurtée à une résistance de l'opposition et de certains éléments de l'armée du Lesotho, ce qui a entraîné 75 morts ainsi que des pillages et des destructions dans la capitale Maseru. Par la suite, une Autorité politique intérimaire (IAP), composée des représentants de la plupart des partis politiques du Lesotho, a été mise sur pied pour réviser la constitution et le système électoral du pays.
Après quatre années et beaucoup de batailles politiques, l'IAP a accepté le nouveau système électoral. L'idée principale qu'il y a derrière le nouveau système est de rendre la nouvelle législature plus globale en donnant aux plus petits partis politiques une meilleure chance d'obtenir un siège aux élections à travers le système de représentation proportionnelle.
Dix-neuf partis politiques ont disputé l'élection de samedi qui a été déclarée "libre et équitable" par des missions d'observateurs locaux et internationaux qui l'ont surveillée.
Dans une déclaration rendue publique à Maseru lundi, la troïka de la mission élargie des observateurs des élections de la SADC dans le Royaume montagneux, a indiqué que les résultats du scrutin reflètent la volonté du peuple basotho. La mission appelle le peuple du Lesotho à accepter et respecter les résultats des élections et à œuvrer ensemble pour la construction d'un pays prospère, sûr et stable.
Selon le porte-parole de l'équipe des observateurs du Commonwealth, Sir James Mitchell, "Nous avons eu de bons rapports, il n'y a pas eu de chaos".
On estime que 70 pour cent des électeurs potentiels sont sortis pour voter.
Le déroulement pacifique de l'élection était essentiel pour renforcer la confiance internationale en la capacité des pays d'Afrique australe à bâtir la démocratie et la bonne gouvernance dans la région.
Les récentes élections au Zimbabwe, en Zambie et à Madagascar ont été qualifiées de "truquées" par la communauté internationale, en particulier les Etats-Unis et l'Union européenne (UE).
Le soutien international est crucial au Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD) – un programme visant à renforcer la stabilité politique et à donner un coup de fouet à la croissance économique sur le continent.
Sur le plan du partenariat, les pays africains s'engageront dans la bonne gouvernance et la démocratie en échange d'un commerce meilleur et d'accords d'assistance de la part des économies industrialisées.
Cependant, en dépit du bon déroulement de l'élection, le danger d'une instabilité politique plane toujours dans ce royaume enclavé d'Afrique australe.
Certains experts sud-africains soutiennent que bon nombre de partis de l'opposition ont adhéré au système parce qu'il était si global et qu'il leur offrait une bonne chance d'obtenir des sièges au parlement. Si le nombre réel de voix qu'ils obtiennent ne leur assure pas de sièges, les remous et l'instabilité politiques pourraient recommencer.
Par ailleurs, le leader du BNP de l'opposition, le général de division Justin Metsing Lekhanya, a averti qu'il y aurait des troubles dans le pays si le nouveau gouvernement ne prenait aucune mesure contre les responsables de la violence à la suite de l'élection de 1998.
Le Premier ministre du Lesotho, Pakalitha Mosisili, qui est également le leader du LCD, a déclaré que les responsables de ces émeutes seraient punis.
Mais pour le moment, tous les partis ont pris l'engagement d'accepter les résultats définitifs de l'élection. Confronté à une famine qui menace 80 pour cent de la population et à un chômage répandu, le Lesotho ne peut pas se permettre encore une autre période d'instabilité politique.

