POLITIQUE-LIBERIA: Le gouvernement appelle au calme devant les menaces desrebelles de prendre la capitale

DAKAR, 20 mai (IPS) – Le président libérien Charles Taylor et ses ministres ont lancé un appel au calme, qualifiant les déclarations des rebelles – selon lesquelles ils se rapprochent de la capitale Monrovia – d'excessives.

Mais avec des milliers de Libériens en déplacement, fuyant les combats, les tirs d'artillerie lourde audibles à Monrovia, Taylor semble être confronté à sa plus grande crise depuis son élection en juillet 1997.

Le mouvement rebelle, l'Union des Libériens pour la réconciliation et la démocratie (LURD), affirme qu'il occupe déjà Gbarnga, l'ancienne base de Taylor "ainsi qu'un certain nombre de villes stratégiques dans le centre du Libéria" et qu'il peut prendre Monrovia à tout moment s'il le veut.

Alors qu'il accuse le LURD de mener une propagande exagérée, le gouvernement a prolongé de six mois l'état d'urgence qu'il a décrété en février. En avril, Taylor a effectivement interdit toute activité politique. Le président libérien envisage encore une conférence pour la réconciliation nationale en juillet, mais selon les leaders de l'opposition, ce projet paraît très peu réaliste.

La dernière pression des rebelles coïncide avec la prorogation, par les Nations Unies, des sanctions internationales contre le Libéria. La résolution 1408 du Conseil de sécurité de l'ONU, votée à l'unanimité à New York le 6 mai, a imposé de nouveau un embargo sur les armes, une interdiction de voyage aux officiels du gouvernement et une prohibition de l'exportation du diamant brut.

L'ONU a bien précisé que le gouvernement libérien n'avait pas accédé aux demandes précédentes de cesser de supporter le rebelle Front révolutionnaire uni (RUF) en Sierra Leone voisine. Le Libéria estime qu'il n'y avait aucune justification pour proroger les sanctions, arguant qu'il a arrêté tout soutien au RUF et élargi une véritable coopération avec le gouvernement sierra léonais d'Ahmed Tejan Kabbah.

Le ministre libérien des Affaires étrangères, Monie Captan, affirme que "le Libéria fait l'objet d'un vaste complot international par rapport à notre image".

Captan a indiqué à IPS en mars qu'au Libéria, les rebelles dépendaient entièrement des "influences extérieures" et que "en l'absence d'un embargo sur les armes, nous aurions résolu le problème de menace de manière décisive". Réagissant à l'offensive récente du LURD, le ministre de la Défense Daniel Chea s'est plaint : "Nos mains sont liées au fur et à mesure que nous combattons nos ennemis".

Il n'est pas facile de définir ces ennemis. Bien qu'il se fasse de plus en plus visible, et malgré une performance plus remarquable de ses relations publiques, la composition globale et le programme du LURD demeurent confus. Un rapport récent du Groupe international de crise (ICG) intitulé : La clé de la fin de l'instabilité régionale, a qualifié le LURD "d'organisation en mutation continuelle sans un programme politique défini ni un leadership unifié". Le LURD a défini Taylor comme "le problème numéro un du Libéria", écartant tout dialogue avec le dirigeant libérien et le rejetant comme un "laquais soutenu par la Libye".

L'ICG a mis en lumière le rôle joué par le président guinéen Lansana Conté en parrainant le LURD, notamment dans la fourniture de soutien aérien et de l'artillerie, mais il fait remarquer qu'il y a eu de sérieux accrochages entre les troupes guinéennes et celles du LURD par le passé.

Les incursions dans le comté de Lofa au milieu de l'année 2000 sont généralement considérées comme le point de départ de la campagne militaire du LURD. Des porte-parole du LURD, comme le général de brigade Joe Wylie, ont reconnu le rôle joué par les anciens membres de groupes anti-Taylor comme le Mouvement uni de libération pour la démocratie au Libéria, dirigé par Alhadji Kromah (ULIMO-K). Mais selon Wylie, le LURD a également drainé un grand nombre de combattants qui étaient précédemment avec le Front national patriotique du Libéria (NPFL) de Taylor.

Les communiqués du LURD ont mis l'accent sur les efforts du mouvement pour éviter des morts et des blessés parmi les civils. Les organisations de défense des droits de l'Homme ont accusé le LURD de procéder à des exécutions sommaires et de recruter des enfants soldats, mais elles ont aussi mis en lumière la brutalité des opérations militaires de Taylor contre les rebelles.

Un récent rapport de Human Rights Watch, basée à New York, a particulièrement critiqué l'Unité anti-terrorisme de Taylor, l'accusant d'atrocités massives contre les civils.

Le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, a indiqué mercredi, dans une déclaration publiée à New York, qu'il était profondément troublé par la souffrance humaine dans la guerre du Libéria. "Le secrétaire général est profondément troublé. Il est également préoccupé par les implications que cela pourrait avoir dans la sous-région de l'Union des Etats du fleuve Mano. De récents combats dans le comté de Bong et des nouvelles d'activités des rebelles dans le voisinage de la capitale Monrovia, ont suscité de graves inquiétudes à propos du bien-être d'un grand nombre de civils dont beaucoup ont été forcés de fuir leurs foyers", selon la déclaration.

Annan préconise un dialogue entre les parties belligérantes et encourage la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'ouest (CEDEAO) à faciliter ce dialogue. Il exhorte les Etats de la région à ne pas laisser leurs territoires servir de base pour commettre des actes d'agression contre les pays voisins, souligne la déclaration.

"Le secrétaire général condamne toutes les tentatives du LURD et de toutes les factions armées visant à prendre le pouvoir par la force", ajoute la déclaration.