NATIONS UNIES, 18 mai (IPS) – Les débats des Nations Unies sur l'amélioration de la condition des enfants dans le monde se sont achevés le 10 mai avec un large accord malgré des négociations tendues entre les Etats-Unis et d'autres nations sur des questions comprenant l'avortement et la peine de mort.
Plus de 180 nations, participant à la session spéciale de l'Assemblée générale sur les enfants, ont adopté par consensus un document final intitulé "Un monde adapté aux enfants". Ce faisant, ils se sont engagés à réaliser 21 objectifs liés à la santé des enfants, leur éducation, et leur protection au cours de la prochaine décennie.
Le document "met l'accent sur quatre domaines principaux : la promotion de vies saines, l'accès à et l'achèvement d'une éducation de qualité, la protection des enfants contre les abus, la violence et l'exploitation, et la lutte contre le VIH/SIDA", a indiqué Carol Bellamy, directrice exécutive du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF).
Comme à d'autres sommets de l'ONU, les questions relatives à la santé sexuelle et reproductive se sont révélées particulièrement controversées.
"Le sommet a débuté avec la crainte que les Nations Unies utilisent un langage très dépassé, a indiqué Adrienne Germain, présidente de la Coalition internationale pour la santé des femmes, basée aux Etats-Unis. Cependant, en fin de compte, "ils n'ont pas réussi à refuser aux adolescents l'accès à l'avortement légal ainsi qu'à des informations complètes et précises sur la contraception et l'abus sexuel".
Les responsables américains avaient eu recours à un langage dans le document final pour dire clairement que "les services de santé reproductive" — disposition qui a été confirmée dans cinq précédentes déclarations de sommets de l'ONU — excluraient l'avortement. Le Vatican et les pays islamiques, dont l'Irak, le Soudan et la Syrie, ont supporté la position américaine.
Un compromis a été obtenu lorsque le mot "services" a été plutôt supprimé.
Cela semblait satisfaire les délégués officiels, mais pas les organisations non gouvernementales (ONG). Le Caucus sur les droits des enfants, une organisation, qui regroupe plus de 100 autres groupes dans le monde entier, a qualifié l'accord de faible et a dit qu'il ne faisait pas valoir clairement "les droits des adolescents à une large éducation sur la santé sexuelle et reproductive, l'information et les services".
Les délégués américains se sont opposés à d'autres nations sur la façon de faire référence à la Convention de l'ONU de 1989 sur les droits de l'Enfant.
Lorsque les discussions ont débuté le 8 mai, 191 pays avaient ratifié la convention – tous, excepté la Somalie et les Etats-Unis.
L'administration américaine s'est opposée au langage, estimant que la performance des pays en matière de droits des enfants serait mesurée par rapport aux dispositions de la convention de 1989. Le texte a été affaibli, au grand dam des défenseurs des droits de l'Homme.
La Somalie a signé la convention la semaine dernière et les responsables ont déclaré qu'ils espéraient que le pays ratifierait le document.
L'administration du président George W. Bush a également réussi à exclure les Etats-Unis d'une requête interdisant la peine de mort ou l'emprisonnement à vie pour les jeunes âgés de moins de 18 ans.
Les nations arabes n'ont, toutefois, pas réussi à obtenir assez de soutien pour inclure une référence dans le document final concernant le sort des enfants palestiniens.
Plusieurs des objectifs acceptés le 10 mai sont des répétitions d'engagements ultérieurs. Ceux-ci incluent les objectifs de réduction de la mortalité infantile et maternelle; la réduction de l'incidence d'un faible poids à la naissance et de la malnutrition infantile; l'accroissement de l'accès aux installations sanitaires hygiéniques et à l'eau potable saine et à coût abordable, l'extension du taux d'inscription scolaire et la suppression de la discrimination de genre dans l'éducation; et l'amélioration des taux d'alphabétisation des adultes.
Le document contient également des objectifs pour protéger les enfants de toutes formes d'abus, de négligence, d'exploitation et de violence; de conflit armé, d'exploitation sexuelle y compris la pédophilie; du travail des enfants; et du VIH/SIDA.
Un résumé préliminaire du document n'incluait aucune référence à la question relative à la manière dont les pays réuniraient les fonds pour l'instruction et les services de santé. Les ONG avaient opté pour un rejet clair des redevances d'utilisateur, imposées par les gouvernements sous la direction de la Banque mondiale et d'autres institutions financières internationales, comme un moyen de recouvrement de certaines de ces charges.
"Ces frais ne constituent pas seulement une barrière pour les ménages les plus pauvres, ils aggravent également d'autres problèmes", a indiqué la Coalition pour les droits à la santé et à l'éducation – qui regroupe plusieurs ONG – dans un rapport préparé pour les discussions. "Les charges peuvent établir et élargir les inégalités de genre là où les frais de scolarité élevés des lycées privés forcent les ménages à choisir entre une fille et un garçon pour l'éducation ou les soins de santé, et ont un effet fortement déstabilisateur sur la société dans son ensemble", soulignait le rapport. "L'incapacité à dispenser l'éducation de base et les soins de santé gratuits dans plusieurs pays à revenus faibles, signifie que les opportunités économiques associées à une bonne santé et à l'alphabétisation sont limitées à quelques privilégiés".
Le groupe a cependant ajouté : "Un abandon officiel des frais, sans une forte augmentation des fonds publics, peut avoir un effet désastreux sur la qualité, et n'est pas viable" La coalition demande instamment : – Aux gouvernements des pays en développement de s'engager à favoriser une éducation de base et des soins de santé gratuits et pour tous, et d'accroître leurs allocations budgétaires pour ces services d'au moins trois pour cent du produit national brut.
– Aux nations donatrices d'accroître le niveau et les prévisions des dépenses pour l'aide, et d'arrêter d'insister sur le fait que la grande partie de l'argent doit être utilisée dans les biens et services en provenance des pays donateurs.
– Aux créanciers internationaux d'accélérer l'allègement de la dette pour les pays pauvres.
– A la Banque mondiale de mettre en œuvre sa position révisée, mais jusqu'ici rhétorique, sur les redevances d'utilisateur, qu'elle rejette maintenant.

