KINSHASA, 18 mai (IPS) – Au moins 20 morts dont sept militaires du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD/Goma) et une centaine de blessés, tel est le bilan de la mutinerie qui a éclaté, le 14 mai, à Kisangani, capitale de la province orientale de la République démocratique du Congo (RDC).
Kisangani est encore sous le contrôle des rebelles du RCD/Goma, soutenus par le Rwanda.
Selon Radio Okapi, la radio de la Mission d'observation des Nations Unies au Congo (MONUC), la mutinerie est un coup de force des militaires dissidents du RCD/Goma se réclamant d'un RCD/Originel, un groupe inconnu jusqu'ici. Les mutins ont pris d'assaut la station de la Radio télévision nationale congolaise (RTNC, radio officielle), pour faire passer leur message et appeler la population à manifester contre les autorités locales. "Rwandais et Tutsi, dehors. Nous ne voulons plus de l'occupation rwandaise ici à Kisangani", auraient notamment déclaré les mutins à la radio. "Les Congolais sont capables d'arranger seuls leurs problèmes". La MONUC a officiellement confirmé ces informations et se déclare "très préoccupée" par la situation qui ne cesse de se dégrader à Kisangani.
Selon Hamadoun Touré, porte-parole de la MONUC, une grande opération de ratissage avait eu lieu jeudi à travers la ville de Kisangani. "La situation est extrêmement grave", a-t-il déclaré. "Vingt personnes ont été tuées et plusieurs membres de la société civile font l'objet d'arrestations massives".
Le Conseil de sécurité des Nations Unies "suit attentivement les événements et le secrétaire général est informé constamment de toute évolution sur le terrain", a-t-il ajouté. "Nous appelons les parties à faire preuve de retenue et à respecter les droits de l'Homme. Nous restons en contact avec le RCD/Goma pour que le calme revienne dans la ville", a encore dit le porte-parole de la MONUC.
Les événements malheureux, qui secouent Kisangani, sont suivis avec beaucoup d'attention à Kinshasa, la capitale de la RDC. Cette région du pays constitue aussi un centre d'intérêt particulier pour la communauté internationale. En dépit des résolutions des Nations Unies recommandant la démilitarisation de la ville, le RCD/Goma fait de la résistance. Bien plus, la population de Kisangani espérait beaucoup, comme tout le pays, que les récentes négociations politiques de Sun City, en Afrique du Sud, sonneraient la fin de la guerre et ramèneraient la paix. Malheureusement, tous les autres groupes rebelles ont signé un accord de fin des hostilités, qui leur permet de se retrouver aujourd'hui à Kinshasa, sauf ceux du RCD/Goma qui ont catégoriquement rejeté l'accord de Sun City.
Conséquence : la ville de Kisangani est restée comme une plaie béante au milieu du reste de la province, actuellement réconciliée avec Kinshasa.
Toutes ces frustrations longtemps contenues, aggravées par le fait que le RCD/Goma ne se cache plus de rouler officiellement pour le Rwanda – un pays étranger -, ont pu susciter un sentiment de colère à Kisangani. Le passage, le 1er mai à Kisangani, d'une mission du Conseil de sécurité, conduite par l'ambassadeur de France à l'ONU, Jean David Lévitte, a pu aussi raviver l'espoir de la population qui croyait enfin pouvoir se débarrasser de l'occupation rwandaise. La mission onusienne avait longuement reçu les membres de la société civile de la place. Ce qui, visiblement, n'avait pas plu aux autorités du RCD/Goma qui, dès le départ de la délégation, n'ont pas caché leur mécontentement à la population. Plus grave, le gouverneur de la province – qui ne contrôle en fait que la ville de Kisangani et les environs immédiats – a interdit toutes activités et toutes réunions pour la société civile de la province jusqu'à nouvel ordre. D'où probablement l'exaspération de la population et la colère généralisée. Selon les contacts de IPS sur place, deux communes de la périphérie de Kisangani, notamment celles de Mangobo et de Kabondo, réputées particulièrement anti-Tutsi et contre l'occupation rebelle, "ont été totalement vidées de leurs populations. Une bonne partie s'est enfuie dans la brousse et une autre a préféré se réfugier dans le centre de la ville". "Nous nous trouvons actuellement dans l'enceinte du campus universitaire de Kisangani", a confié un journaliste que le correspondant de IPS avait rencontré à Kisangani, au début du mois, lors de la tournée de la mission du Conseil de sécurité de l'ONU dans la région. "Nous ne savons pas dans quel état nous retrouverons nos habitations. Les soldats rwandais ne respectent rien. Ils ont pillé la paroisse Christ-Roi et violenté les curés, notamment le père jésuite Xavier Zabalo d'origine espagnole". Un autre prêtre, le père Verhaegen, de nationalité belge, a été passé à tabac pour avoir transporté à l'hôpital un jeune garçon grièvement blessé au cours des affrontements. Lui-même s'est retrouvé à l'hôpital, ajoute le journaliste.

