POLITIQUE-MALI: Amadou Toumani Touré élu président au second tour avec 64,35 pour cent des voix

BAMAKO, 17 mai (IPS) – Amadou Toumani Touré (ATT) remporte le second tour de l'élection présidentielle du 12 mai au Mali avec 64,35 pour cent des suffrages contre 35,65 pour cent pour son challenger, Soumaila Cissé, selon les résultats provisoires définitifs publiés jeudi à Bamako, la capitale malienne.

Ces résultats provisoires, rendus publics par le ministère de l'Administration territoriale, seront proclamés définitivement par la Cour constitutionnelle après la vérification de la régularité du scrutin. Le général à la retraite Toumani Touré, 53 ans, marié et père de deux enfants, succédera le 8 juin au président Alpha Oumar Konaré qui est en fin de mandat.

Contrairement au premier tour du 28 avril, il n'y a eu presque pas de contestation. Cependant, le taux de participation est toujours resté faible : il est de 30,17 pour cent sur les 5.746.202 inscrits, contre 38 pour cent au premier tour.

Selon les analystes, ce faible taux de participation s'explique par le fait que les électeurs maliens, dans leur majorité, ont boudé les urnes pour plusieurs raisons. Pour certains, le déplacement n'en valait pas la peine, le résultat du second tour étant connu compte tenu de la grande popularité de Toumani Touré et des reports de voix demandés en sa faveur par plusieurs partis politiques.

D'autres au contraire, notamment les partisans de certains candidats malheureux du premier tour, ont préféré s'abstenir.

Dès l'annonce des résultats jeudi soir, le général retraité s'est dit conscient, devant les journalistes, de "l'immensité" de la tâche qui l'attend car, selon lui, "le terrain politique est plus rude que le terrain militaire".

Le président sortant, Konaré, s'est réjouit de l'issue du scrutin : "C'est une victoire pour notre démocratie que le passage du témoin s'opère à travers les urnes…". Conformément à la constitution, Konaré, arrivé au terme de ses deux mandats de cinq ans, ne peut plus briguer un troisième.

Le candidat malheureux, Soumaila Cissé, – candidat de L'Alliance pour la démocratie (ADEMA – parti au pouvoir) – a, dans un esprit de fair-play, reconnu sa défaite et félicité le vainqueur : "je lui souhaite plein de succès et formule le vœu que le Mali retrouve la stabilité et la prospérité pendant son mandat".

Au cours d'un point de presse, Cissé a aussi évoqué les raisons de son échec. Selon lui, la victoire de Toumani Touré "a été planifiée et facilitée au plus haut sommet".

Il n'a pas été tendre avec ses camarades du parti au pouvoir qui, tout en affirmant leur appartenance à l'ADEMA, "ont donné des consignes de vote pour Toumani Touré". Aussi a-t-il affirmé de façon pathétique qu'il y a eu "une coalition contre moi".

Pour beaucoup d'observateurs de la politique malienne, Toumani Touré a eu la "victoire facile". Il a pris sa retraite anticipée en septembre 2001, juste le temps nécessaire pour se présenter à l'élection car, selon la loi électorale, un militaire candidat doit démissionner de l'armée six mois avant le début officiel de la campagne électorale.

Toumani Touré avait été, en mars 1991, un des artisans de la chute du général dictateur Moussa Traoré. Chef de l'Etat pendant la transition (1991-1992), il avait, à la fin, cédé le pouvoir aux civils et permis l'avènement et l'instauration du multipartisme.

Il déclare, dans son projet de programme, vouloir s'attaquer en priorité aux problèmes de l'emploi, de l'éducation, de la formation et de la pauvreté.

Il entend aussi s'attaquer à la corruption et à la délinquance financière car, dit-il, "quand on nettoie des escaliers, on commence par le sommet".

Les observateurs estiment toutefois qu'il n'aura pas la tâche facile.

Président sans parti politique, il lui sera difficile d'entreprendre des réformes audacieuses sans une majorité parlementaire, selon Amadou Keita, professeur de sciences politiques à l'Université du Mali.

Le général en retraite a exprimé sa vision : "Je ne créerai pas de parti politique, je prendrai en compte le parti majoritaire à l'Assemblée nationale".

D'autre part, il a ajouté qu'il n'est pas exclu de faire reporter les prochaines élections législatives prévues le 12 juillet.

L'élection de Toumani Touré a été diversement appréciée par les Maliens.

Pour l'homme de la rue, il constitue la "meilleure chance pour le Mali, il a des atouts pour redonner espoir à tout un peuple".

Dans les milieux intellectuels, sa victoire est considérée par contre comme un "échec des hommes politiques et un recul".

Dans l'ensemble, le déroulement de ce scrutin est jugé satisfaisant par l'ensemble des opérateurs, acteurs et observateurs.

Pour le président du réseau d'Appui au processus électoral (APEM), une organisation non gouvernementale (ONG) locale qui a déployé 570 observateurs, Ibrahim Sangho, "le second tour a presque été parfait".

Dans une déclaration, le Centre Africa Obota, une ONG sous-régionale, qui a observé aussi les élections maliennes, s'est également réjouit de "l'atmosphère sereine dans laquelle le scrutin s'est déroulé".