DAKAR, 16 mai (IPS) – Quatorze mois après le vol inaugural de Air Sénégal international (ASI), le directeur général, Zouhair Mohamed El Aoufir, déclare que la compagnie aérienne a surpassé de loin ses propres espérances.
"Nous sommes en avance sur le programme d'activités", affirme El Aoufir.
Au cours de la première année, nous avons transporté 125.000 passagers, c'est-à-dire 26 pour cent en avance sur les estimations de notre plan d'activités. Nous avions un bénéfice de 11,4 milliards de FCFA (17 millions de dollars US), également très au-delà de nos estimations. Et nous effectuons déjà des vols sur Paris, ce qui, pensions-nous, pouvait prendre trois à quatre ans".
ASI a été créé en novembre 2000 en partenariat avec la compagnie nationale aérienne du Maroc, Royal Air Maroc, qui a pris 51 pour cent des actions dans la nouvelle compagnie.
Son prédécesseur, Air Sénégal, a connu une série de problèmes dans les années 90, laissant accumuler d'énormes dettes, passant par un programme de restructuration difficile et opérant sur seulement une poignée d'itinéraires pour lesquels il avait reçu des autorisations.
Air Sénégal a également souffert d'une mauvaise relation avec le transporteur continental, Air Afrique, qui était un actionnaire minoritaire.
Au moment où elle était mise en adjudication à la fin des années 1998, Air Sénégal avait deux avions à sa disposition, dont un Twin Otter vieux de 24 ans.
ASI a pris la relève sur les vieux itinéraires aériens sous-régionaux vers Banjul (Gambie) et Bissau (Guinée-Bissau), mais s'est rapidement déployé en Afrique de l'ouest et au-delà. Il y a huit vols par semaine sur Abidjan (Côte d'Ivoire), sept sur Bamako (Mali), quatre sur Conakry (Guinée).
ASI dessert également Cotonou (Bénin), Lomé (Togo) et Ouagadougou (Burkina Faso). Il y a des vols hebdomadaires sur Casablanca au Maroc et également sur Las Palmas dans les Iles Canari. El Aoufir affirme qu'il y a un mémorandum d'accord avec la compagnie aérienne sud-africaine pour organiser des vols à destination de Johannesburg deux fois par semaine.
La compagnie regarde également vers New York comme une destination possible.
"Dakar est le point le plus proche du continent américain en Afrique", affirme El Aoufir. "Beaucoup d'Afro-Américains veulent venir au Sénégal pour des raisons historiques et culturelles. Beaucoup de Sénégalais vont aux Etats-Unis".
A la fin du mois de mars, ASI a envoyé son premier avion sur l'aéroport Charles de Gaulle, avec à bord plusieurs footballeurs internationaux sénégalais. ASI a des vols pour Paris trois fois par semaine, offrant un aller-retour à 340.000 FCFA (environ 520 dollars US), nettement inférieur à celui de Air France, qui a traditionnellement dominé l'itinéraire Paris-Dakar.
El Aoufir attribue le succès de ASI à la qualité supérieure du service et à sa capacité à combler les déficits sur le marché.
"Nous avons essayé d'adopter des normes internationales. Jusqu'ici, 80 pour cent de nos vols sont à l'heure. Nous avons un produit de qualité supérieure et nos clients nous disent que cela est rare dans cette région".
El Aoufir dit qu'il est personnellement attristé par la faillite de Air Afrique, qui a été officiellement liquidée par un tribunal à Abidjan le 25 avril, mais souligne que les compagnies aériennes doivent obéir à des règles clé.
"Pensons maintenant à comment gérer une compagnie. Vous devez penser à un ratio, le nombre de personnes avec le nombre d'avions. Vous devez analyser votre marché et votre capacité".
Le patron de ASI insinue que Air Afrique et d'autres petites compagnies aériennes dans la région ont manqué de fournir le service qu'on attendait d'elles.
"Même lorsque Air Afrique fonctionnait et que ses avions volaient, il y avait de sérieuses insuffisances sur le marché. Il y avait des pays qui étaient coupés du monde, ou bien où le service était médiocre et irrégulier.
Aucune étude n'est réalisée sur la manière dont les tarifs devraient être réajustés".
Pour El Aoufir, le fait que ASI mette l'accent sur la bonne formation, les conditions de travail et la sensibilité aux besoins des employés, devrait prévenir le genre de problèmes syndicaux qui ont miné d'autres compagnies.
"Nous sommes tous sur le même bateau et nous devrions être en train de ramer dans la même direction. Ainsi, nous pourrons devancer tout le monde".
ASI a fait la promotion de son image par des campagnes publicitaires au Sénégal, en mettant l'accent sur les nouvelles destinations et les tarifs moins élevés. Mais des compagnies plus petites essaient de prendre une part du marché.
Aéroservices (ASF), une compagnie aérienne charter créée en 1996, fait maintenant la publicité pour des vols aller-retour Dakar-Bruxelles à 320.000 FCFA (500 dollars US). ASF a jusqu'ici effectué neuf vols aller-retour vers la Belgique en coopération avec le tour opérateur belge Atex Discovery.
Le secrétaire général de la compagnie, El Hadj Omar Ba, dit qu'il envisage des continuations de leurs vols de Bruxelles à Paris comme partie intégrante du traité, tandis que New York fait partie des visées de Aéroservice.
Selon Omar Ba, tout comme la disparition de Air Afrique a laissé un vide évident pour les opérateurs, la mort de la Compagnie belge Sabena en a fait autant, avant de revenir maintenant en Afrique comme Sn Brussels Airlines.
Omar Ba, qui a travaillé comme comptable à Air Afrique entre 1980 et 1985, se fait l'écho des critiques de El Aoufir sur la compagnie. "Air Afrique est morte à cause de ses actionnaires. Ses actionnaires étaient des clients qui ne payaient pas leurs billets et lorsque la compagnie avait besoin d'argent, ils n'avaient rien à donner. Ils n'étaient pas des gens ayant la compétence de gérer une compagnie aérienne".
Aéroservices est l'une des compagnies faisant des offres à prix réduits pour voyager en Europe. La compagnie charter rivale Sénégal-air fait des publicités pour des vols aller-retour sur Paris à 380.000 (580 dollars US) à partir du 21 mai.
Omar Ba estime qu'il est bon de voir le ciel s'ouvrir davantage, mais avertit que le marché pourrait être trop petit pour toute la compétition.
"Nous devrons faire des alliances. On ne peut pas avoir 10 compagnies; il peut en avoir trois ou quatre. D'un point de vue économique, les entreprises en joint-ventures sont beaucoup plus logiques que la compétition sauvage".
Omar Ba note le retour de la compagnie aérienne belge et la possibilité d'une Air Afrique revivifiée reprenant les opérations un jour, mais dit que les plus petites compagnies peuvent survivre "si nous sommes sérieux, si nous sommes crédibles".
Il signale que les plus grandes compagnies, y compris Air France, examinent déjà la possibilité de tarifs plus réduits, préoccupées qu'elles sont par la compétition.
Ironie du sort, selon Omar Ba, l'un des points forts des compagnies comme Air Afrique est le conservatisme du marché africain et la réticence des clients africains à expérimenter les nouveaux opérateurs.
"Les gens ne semblent pas réaliser que nous avons un plan AMCI. Cela signifie que nous louons l'avion, l'équipage, la maintenance et l'assurance.
L'avion est un Boeing 767, un DC10 ou un airbus. Les Sénégalais pensent probablement qu'il n'y a aucune comparaison avec Air France, mais ils verront que l'avion est le même, l'équipage le même et le billet est beaucoup moins cher", affirme-t-il.

