POLITIQUE: Le pétrole ne contribue pas à la promotion des droits de l'Hommeen Guinée Equatoriale, selon l'opposition

BATA, Guinée Equatoriale, 14 mai (IPS) – L'opposition estime que "Le pétrole ne contribue pas à la promotion des droits de l'Homme en Guinée Equatoriale à cause du régime dictatorial et de l'interdiction d'avoir un regard dans la gestion des revenus pétroliers".

Selon Mathias Bibang, de Convergence pour la démocratie sociale (CPDS), l'un des deux partis de l'opposition radicale équato-guinéenne, "Nous avons rejeté en bloc les accusations dont nous sommes l'objet de la part du Parti démocratique de Guinée Equatoriale (PDGE – au pouvoir) car il s'agit d'une opération d'intimidation qui a abouti à des arrestations arbitraires".

"Les partis politiques sont menacés de dissolution et c'est très grave. Que deviendra alors le paysage politique en Guinée Equatoriale sans une opposition forte?", s'est interrogé Bibang dont le secrétaire général, Placido Mico Abogo, vient d'être assigné en résidence surveillée sur ordre du chef de l'Etat, Teodoro Obiang Nguema.

Trois responsables de partis de l'opposition radicale avaient été accusés par le pouvoir de préparer un complot avec des formations politiques non-légalisées. Felipe Ondo Obiang, Guillermo Nguema Ela, membres fondateurs du Front démocrate républicain (FDR, opposition non-légalisée), et Emilio Ndong, de l'Union populaire (UP, opposition radicale légalisée), ont été arrêtés depuis le 15 mars et écroués à la prison de Bata.

"La société civile équato-guinéenne a du mal à se faire entendre à cause du contexte politique défavorable (…)", a déclaré à IPS Firmin Nkoulou, ancien fonctionnaire de la mairie de Malabo, capitale de la Guinée Equatoriale.

Selon Nkoulou, "l'Union pour la démocratie et le développement social (UDDS – opposition) avait dénoncé l'existence d'une crise socio-économique en Guinée Equatoriale de même que la mauvaise gestion du pays qui perdure alors que le peuple attend toujours une amélioration de ses conditions de vie".

La Guinée Equatoriale, qui est dirigée par la famille présidentielle, aux commandes de nombreux rouages de l'Etat, traîne une réputation de dictature tropicale. Même avec le miracle pétrolier, les droits de l'Homme, la liberté de la presse, le droit à la parole n'entrent pas encore dans l'actif équato-guinéen.

"La ligue internationale des droits de l'Homme est en effet préoccupée par la détérioration des libertés et par le climat de peur et d'intimidation qui empêche toute liberté de parole en Guinée Equatoriale. Ce climat ne permet pas l'accès facile aux moyens d'information pour les partis d'opposition", selon Gaston Nzogho, président de l'organisation non gouvernementale (ONG) "Travail pour tous" qui défend les droits des travailleurs.

Un climat d'insécurité prévaut encore à Bata, deuxième ville du pays, où le gouvernement a déployé un dispositif policier pour contrôler les faits et gestes des responsables des partis de l'opposition.

L'église catholique s'était jointe à la CPDS pour dénoncer les dizaines d'arrestations effectuées dans la région de Bata ainsi que les tortures sur certains détenus, tout en qualifiant de "terrorisme d'Etat" le régime du président Obiang Nguema.

Le système politique bâillonne la presse qui est presque inexistante à travers le pays. Après la fermeture à Malabo de Radio Assonga appartenant au fils aîné du président, Teodoro Nguema Obiang, ministre d'Etat, de l'Eau, des Forêts et de l'Environnement et député du parti au pouvoir, c'est sa deuxième radio et sa station de télévision privées à Bata qui pourraient être menacées.

Depuis plus d'un an, une dispute oppose Nguema Obiang à ses oncles paternels dont le général Antonio Mba Nguema, directeur général de la Sûreté nationale qui avait ordonné, en juin 2001, la fermeture de la radio Assonga à Malabo.

"C'est vrai que la Ligue internationale des droits de l'Homme est préoccupée par la détérioration des libertés dans ce pays et par le climat de peur qui empêche toute liberté de parole et de rassemblement en Guinée Equatoriale. Mais nous devons lutter (…)", estime le père Mvela Albert de l'église pentecôte de Malabo.

En avril, le rapporteur spécial la Commission des droits de l'Homme, Gustavo Gallon, s'était appesanti sur l'incapacité du pouvoir judiciaire par rapport aux détentions arbitraires et aux mesures d'intimidation et de harcèlement dont sont victimes les opposants.

Sa conclusion souligne que "l'emploi gratuit de la force par les autorités, et surtout le fait que les autorités politiques ignorent souvent l'existence de l'autorité judiciaire ainsi que les limites à leurs prérogatives fixées par la loi, ont favorisé la grande impunité dont bénéficient les fonctionnaires de l'Etat".

Le rapport du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) précise que les recettes extraordinaires, engendrées par l'exportation de pétrole en Guinée Equatoriale, ne bénéficient pas à l'ensemble de la population et qu'aucune amélioration sensible ne s'est produite dans le domaine de la santé, de l'éducation, du logement, etc.

Le noyau de l'opposition radicale équato-guinéenne est localisé dans la partie continentale du pays, à Mongomo, mais c'est aussi la ville natale du président Obiang Nguema.

"Le pays est sous l'emprise des généraux et rien ne changera après le départ du président Teodoro Obiang Nguema", affirme un ancien officier limogé qui a requis l'anonymat.

Considéré comme le probable successeur de son père à la tête du pays, Nguema Obiang avait multiplié des déclarations contre le régime. Celles-ci ont suscité de vives réactions à la tête du pays et révélé la dispute familiale qui oppose le fils du président à ses oncles paternels, tous généraux dans les forces de sécurité.

"La vrai bataille pour la succession du président au cas où le chef de l'Etat se retirerait après l'élection présidentielle de 2003, se jouera entre les oncles généraux et leur neveu", commente Fabien Nsue Nguema, secrétaire général de l'UP (opposition).

"Le pays pourrait d'abord être dirigé par le chef d'état-major des armées, Jesus Ngomo, et le chef militaire de la région de Bata, Augustin Ondo Ona, qui devront remettre ensuite le pouvoir au fils aîné de l'actuel président, Teodoro Nguema Obiang", explique-t-il.

Un tel scénario, en plein boom pétrolier, n'arrange pas les ténors de l'opposition qui ambitionnent, eux aussi, de diriger un pays où la démocratie tarde à émerger et où les arrestations politiques se poursuivent encore depuis la tentative supposée de coup d'Etat, dénoncée par le président Obiang Nguema. Une centaine d'opposants auraient été arrêtés depuis mars, selon des sources concordantes.