POLITIQUE-MALI: La Cour constitutionnelle confirme Toumani Touré etSoumaïla Cissé pour le second tour

BAMAKO, 10 mai (IPS) – La Cour constitutionnelle du Mali a proclamé jeudi les résultats définitifs du premier tour de l'élection présidentielle du 28 avril, confirmant Amadou Toumani Touré et Soumaïla Cissé pour le second tour prévu le 12 mai.

Sur les 24 candidats en lice au premier tour, l'ancien président de la transition (1991-1992), Toumani Touré et l'ex-Premier ministre du président Alpha Oumar Konaré, Soumaïla Cissé, candidat de l'ADEMA (le parti au pouvoir), sont arrivés en tête, avec respectivement 449.176 voix (28,71 pour cent) et 333.525 suffrages (21,31 pour cent). Le troisième est Ibrahim Boubacar Keita avec 329.143 voix, soit 21,03 pour cent.

Entre les trois premiers et les autres candidats, il existe un grand écart..

Par exemple, le quatrième n'a obtenu que 62.493 voix, soit 3,99 pour cent.

Mais suite à la vingtaine de requêtes déposées par les différents candidats, la Cour constitutionnelle, présidée à Bamako, la capitale, par Abdramane Baba Touré, a annulé 541.019 bulletins de vote. Elle n'a tenu compte que de 1.564.776 voix sur les 2.201.154 votants, à cause de nombreuses irrégularités.

Le taux de participation est de 38,31 pour cent.

Si les opérations de vote, en dépit de quelques incidents, se sont déroulées normalement, le traitement et la centralisation des résultats ont fait l'objet de suspicion et de polémique au sein de la classe politique malienne. La méthode de traitement utilisée a été décriée par toutes les parties.

D'abord les mandataires des candidats de l'Alliance "Espoir 2002" – un groupement de 15 partis politiques de l'opposition – avaient protesté auprès de la Commission de centralisation des votes, avant de suspendre leur participation aux travaux de dépouillement, arguant de l'absence des procès verbaux lors du décompte des voix.

Dans la même lancée, le président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), Moustapha Cissé, a dénoncé la violation de la loi électorale, en déclarant : "La totalisation des résultats, par la commission, s'effectue en l'absence des procès verbaux récapitulatifs des commissions de centralisation (…), le traitement inéquitable réservé par le ministre de l'Administration aux résultats provisoires du district de Bamakoà" Réagissant à cette déclaration, le ministre de l'Administration territoriale, Ousmane Sy, a tenu un point de presse pour dénoncer, à son tour, "la mauvaise interprétation de la loi par la CENI".

Selon l'article 141 de la loi électorale, "la totalisation des résultats s'effectue en présence des procès verbaux récapitulatifs des commissions de centralisation devant provenir des cercles, ambassades, consulats". Les résultats officiels provisoires, rendus publics le 3 mai par le ministère de l'Administration territoriale, avaient dégagé déjà les tendances en confirmant la position des trois grands favoris à savoir, Touré, Cissé et l'ancien Premier ministre Ibrahim Boubacar Kéita.

D'après ces résultats, Touré avait été crédité de 602.998 voix, soit 27,98 pour cent des suffrages exprimés, Cissé avait obtenu 489.957 voix (22,74 pour cent) tandis que Kéita réunissait 445.030 voix (20,65 pour cent).

Dès l'annonce des résultats provisoires, Keita avait réagi en les qualifiant de "fraude grossière et grotesque". "C'est clair qu'il y a eu manipulation. Dans certaines zones, le nombre de votant est supérieur au nombre d'inscrits", avait-il déclaré à la presse.

Le lendemain de la proclamation de ces résultats, les responsables de l'Alliance Espoir 2002, dont Kéita, avaient organisé un grand meeting à Bamako pour demander l'annulation pure et simple des résultats et la reprise du scrutin.

Par contre, dans une déclaration rendue publique le 2 mai, le Réseau d'appui au processus électoral au Mali (APEM), une organisation non gouvernementale (ONG) locale, qui avait déployé 570 observateurs nationaux lors du scrutin, avait estimé que les élections "se sont déroulées normalement" malgré quelques imperfections. De son coté, le Centre Carter, une ONG basée aux Etats-Unis, qui avait envoyé sept observateurs, avait également affirmé, dans une déclaration, que "de manière générale, (…) le scrutin s'est déroulé dans la paix et a été correctement conduit dans un esprit de transparence". Cette ONG a toutefois souligné de nombreuses irrégularités, estimant que "le déroulement de certains aspects du processus électoral est susceptible de provoquer des inquiétudes quant à l'exactitude et à la fiabilité des résultats"..

Pour le second tour prévu le 12 mai, Toumani Touré part favori devant Soumaïla Cissé, avec déjà le soutien annoncé de plus de 30 partis politiques, dont notamment celui de Ibrahim Boubacar Kéita et de toute l'Alliance Espoir 2002.