LAGOS, 8 mai (IPS) – Les drapeaux étaient en berne lundi dans tous les services de l'Etat à travers tout le Nigeria, comme la nation ouest-africaine pleure les victimes de l'accident d'avion survenu le week-end dans la ville septentrionale de Kano.
Un Olusegun Obasanjo affligé a interrompu sa tournée dans quatre nations d'Afrique australe et est rentré au Nigeria où il a ordonné des enquêtes immédiates sur les causes de l'accident. Décrétant un deuil de deux jours, le président Obasanjo a ordonné que les drapeaux nationaux soient mis en berne samedi et dimanche. Une messe de souvenir a été célébrée dimanche à la présidence, dans la capitale Abuja, à la mémoire des victimes parmi lesquelles il y avait le ministre des Sports, Ishaya Mark-Aku.
Dans un message diffusé dans tout le pays, Obasanjo a déclaré : "J'adresse mes sincères condoléances aux familles de tous ceux qui ont trouvé la mort dans la catastrophe aérienne".
"C'est un accident qui exige une enquête immédiate et détaillée pour en établir la cause ou les causes et éviter qu'il ne se reproduise".
"On doit garantir à ceux qui paient de l'argent pour voyager rapidement et en sécurité par voie aérienne, la sécurité et la sûreté à tous moments", poursuit le dirigeant nigérian.
C'est la deuxième fois en moins de quatre mois que le Nigeria pleure la mort de ses citoyens. Le 29 janvier, Obasanjo a décrété un jour de deuil national, avec les drapeaux en berne, lorsqu'un dépôt de munitions a explosé, tuant 1.000 personnes, pour la plupart des femmes et des enfants, à la caserne d'Ikeja à Lagos, le 27 janvier.
Le gouvernement de l'Etat de Kano a également déclaré lundi férié pour pleurer les morts dont le nombre est passé de 106 à 160 ce même jour.
Ibrahim Mamman, directeur général de l'Autorité de l'aéroport fédéral du Nigeria, a confirmé que la boîte noire de l'avion de malheur BAC1-11 a été retrouvée. Elle sera envoyée à l'étranger pour déterminer l'état de l'avion avant et pendant l'accident.
On espère que la deuxième boîte noire, qui doit être encore récupérée, révèlera la communication entre les pilotes, l'équipage et la tour de contrôle.
Selon Mamman, cinq personnes seulement ont survécu à l'accident. Ce sont un général d'armée, un membre de l'équipage, deux passagers et un Libanais non identifié.
Le manifeste du vol, rendu public par EAS Airlines, révèle que 47 passagers sont montés à bord à Jos, la capitale de l'Etat du Plateau, tandis que 21 sont montés à Kano d'où l'avion a plongé du ciel – trois minutes seulement après son décollage – dans une zone à forte densité humaine de la ville.
Selon Idriss Adama, porte-parole de la compagnie EAS, des dispositions sont en cours pour transporter les familles des victimes à Kano pour qu'elles contribuent à identifier les corps retrouvés.
Le Nigeria a enregistré un bon nombre de catastrophes aériennes au cours des dernières années. Les dossiers disponibles montrent que la plus grande catastrophe qui ait jamais frappé l'industrie aéronautique du Nigeria est survenue en 1992 dans le canal d'Ejigbo à Lagos où un avion militaire s'est écrasé peu après son décollage, tuant 167 officiers de l'armée à bord.
En 1996, un avion appartenant à la Aviation development company (ADC) s'est écrasé à Ejinrin-Ikorodu, une banlieue de Lagos, tuant tous les 142 passagers à bord. En 2000, un avion de la compagnie Kenyan Airways s'est écrasé à Abidjan, en Côte d'Ivoire, causant la mort de 133 Nigérians. En juin 2001, un petit avion s'est écrasé près de Lagos, tuant deux passagers.
Le président du Sénat, Anyim Pius Anyim, dans un message signé de Ken Ogaziechi, son conseiller spécial à la communication, a qualifié l'accident de samedi d'un des plus graves en Afrique au cours de ces derniers temps.
"C'est avec tant de peine au cœur que je compatis à la douleur des familles de ceux qui ont péri dans la catastrophe nationale ainsi qu'à celle de la direction de l'Executive Air Services (EAS)", déclare-t-il. "L'accident constitue un défi à tous les Nigérians, notamment aux autorités de la Nigerian Civil Aviation Authority (Direction de l'aviation civile nigériane) et à l'Agence de gestion de l'espace aérien nigérian par rapport à l'état de l'aéronautique dans le pays".
La mort d'Aku, qui a été nommé il y a moins de deux ans, a affecté les fans du sport et les officiels du Nigeria.
"Aku a apporté beaucoup de dynamisme dans le sport pendant ses 15 mois de fonction qui se sont achevés par la mort. Il nous manquera", indique Harrison Jalla, président de l'Association nationale des footballeurs nigérians.
Taiwo Ogunjobi, secrétaire général de l'Association de football du Nigeria, a décrit le feu ministre des Sports comme une personne engagée dans la renaissance du sport moribond du pays.
"Il n'y a aucun doute que les contributions et les services du feu ministre manqueront à la scène sportive nigériane et bien entendu à son football", souligne Ogunjobi dans une déclaration parvenue à IPS cette semaine.

