DROITS-ZIMBABWE: Un ''Etat de sinistre'' déclaré pour atténuer les pénuries

HARARE, 6 mai (IPS) – Le président zimbabwéen Robert Mugabe a déclaré "un Etat de sinistre", comme la moitié de la population de 13 millions d'habitants de son pays a besoin d'une aide alimentaire d'urgence.

Jusqu'à 7,8 millions de personnes ont besoin d'une aide urgente, comme les pénuries alimentaires, provoquées par les pluies irrégulières et la saisie des fermes par des milices pro-gouvernementales, empirent, selon des organisations d'aide humanitaire.

"Par suite de la sécheresse répandue, un état de sinistre est décrété sur toutes les terres et les établissements communautaires ainsi que dans les zones urbaines au Zimbabwe pour compter du 3 avril 2002", indique le président Mugabe dans une déclaration la semaine dernière.

"Des mesures extraordinaires", précise-t-il, seront prises pour aider ceux qui meurent de faim.

Au début de cette année, le gouvernement a interdit aux groupes d'aide humanitaire de distribuer des vivres, sous prétexte qu'ils s'en serviraient pour mener une campagne en faveur du parti de l'opposition, le Mouvement pour le changement démocratique (MDC).

Enragées, les organisations humanitaires ont accusé le gouvernement de politiser l'assistance alimentaire pour tenter d'obtenir un soutien pendant les élections présidentielles des 9 et 10 mars.

Aux termes de la déclaration signée par Mugabe, les organisations d'aide humanitaires peuvent maintenant distribuer des vivres aux nécessiteux. Mais elles ont seulement le droit de canaliser l'aide par l'intermédiaire d'un "groupe spécial" mis sur pied par le gouvernement.

Le gouvernement réintroduira aussi un programme alimentaire supplémentaire pour l'enfance, afin d'aider environ 5,4 millions d'enfants âgés de moins de 14 ans.

Par ailleurs, des programmes alimentation-pour-le travail seront introduits pour les personnes bien portantes.

La déclaration de sinistre sera maintenue pendant trois mois, mais elle peut être prolongée si la situation alimentaire demeure lugubre.

Comme la famine s'aggrave, le gouvernement a commencé à importer du maïs jaune – servant d'ordinaire à nourrir le bétail – d'Asie et d'Amérique latine.

La diminution des stocks de maïs blanc en Afrique du Sud, d'où le Zimbabwe avait l'habitude d'importer des céréales, a obligé le pays à importer du maïs jaune, selon l'Office d'Etat de commercialisation des grains.

Au Zimbabwe, les prévisions de récolte de cette année sont en moyenne d'environ 53 pour cent inférieures à la maigre production de 1,48 million de tonnes de l'année dernière.

L'ONU, par l'intermédiaire du Programme alimentaire mondial (PAM), tente de mobiliser 83 millions de dollars US requis pour l'assistance humanitaire au Zimbabwe.

Moins d'un tiers de l'aide a été assuré par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne qui, à eux deux, ont fourni une aide d'une valeur d'environ 20 millions de dollars US.