WASHINGTON, 4 mai (IPS) – Des groupes internationaux de plaidoyer ont envoyé des observateurs au Ghana pour examiner les plaintes des groupes de la société civile selon lesquelles les politiques de privatisation encouragées par le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale entravent l'accès à l'eau dans ce pays africain.
Une délégation de 12 membres a été financée par des organisations non gouvernementales (ONG) y compris Public Citizen basée aux Etats-Unis, Britain Charity (Charité britannique) et Oxfam/Pays-Bas.
"Il y a une tendance croissante à privatiser les services publics comme l'eau, et les Ghanéens ont déjà connu des taux d'accroissement énormes", a indiqué Wenonah Hauter, directeur du Programme critique environnement et énergie de masse de Public Citizen. "Nous sommes préoccupés par la tendance croissante vers la privatisation aux Etats-Unis et nous voulons voir son impact ailleurs".
La visite de la délégation, composée d'observateurs venant des Etats-Unis, des groupes de droits de l'Homme et du parlement britannique, coïncide avec un voyage du directeur général du FMI, Horst Koehler, qui est censé faire pression sur le président John Kufuor du Ghana à propos de l'importance des politiques de recouvrement des frais, conformément auxquelles les utilisateurs des services et biens sociaux sont astreints au paiement de redevances.
La Coalition nationale ghanéenne contre la privatisation de l'eau (CAP) a exprimé son inquiétude selon laquelle le conseil du FMI pourrait mettre les priorités lucratives des sociétés au-dessus du besoin urgent en eau potable et peu coûteuse pour les 20 millions d'habitants du Ghana.
La Coalition, qui fait campagne sous le slogan "garder notre eau publique", comprend une série d'individus et d'organisations, y compris des travailleurs, des chercheurs, des responsables communautaires et d'églises, qui disent tous qu'ils veulent un accès meilleur et moins coûteux à l'eau.
La délégation internationale a indiqué, dans une déclaration, que les redevances pour l'eau ont augmenté d'au moins 95 pour cent et pourraient monter de près de 300 pour cent puisque le FMI et la Banque mondiale exigent qu'on les amène aux prix du marché.
Selon les agences, les politiques sont destinées à assurer que les gouvernements à court d'argent arrivent à soutenir leurs services sociaux et qu'ils empêchent le gaspillage en plaçant une valeur financière sur l'eau et d'autres ressources jusqu'ici gratuites.
Selon la Banque, les plans exigent une gestion privée, et non une gestion publique de la société d'eau Accra-Tema. En sa qualité de plus grande société du pays, elle fournit quelque 60 millions de gallons par jour sur la consommation journalière totale du Ghana qui est de 115 millions de gallons.
L'organisme de crédit affirme que 56 pour cent de la production actuelle de la société disparaît et la grande partie est gaspillée, selon toute vraisemblance.
Le Forum africain et le réseau sur la dette et le développement (AFRODAD), basé au Zimbabwe, estime que 44 pour cent de la population du Ghana n'a pas accès aux services d'eau.
"Les taux tarifaires actuels de l'eau sont déjà au-delà des moyens de la plupart des populations au Ghana", a affirmé Amenga-Etego du CAP. "Comment les populations pourront-elles absorber un soi-disant prix du marché dans le contexte de la privatisation?" Les activistes disent qu'ils craignent que ces considérations ne semblent éloignées pour le gouvernement à Accra, puisqu'il demeure fortement dépendant de l'aide étrangère et des crédits en vue de consolider une économie faible malgré ce que la Banque et le FMI ont décrit comme modèle de restructuration économique depuis 1983.
Un recouvrement total des frais d'électricité et d'eau fait partie des exigences que doit satisfaire le Ghana pour continuer à recevoir des fonds des institutions financières internationales et un allègement conformément à l'initiative des Pays pauvres très endettés (PPTE).
Le Ghana a un revenu annuel par tête d'habitant de 390 dollars, moins que celui de plusieurs pays d'Afrique sub-saharienne, selon le FMI. Il a un indice de développement humain qui le classe 129ème sur 174 pays.

