DROITS: Le Nigeria cherche de l'aide pour mettre fin au trafic humain

LAGOS, 27 avr (IPS) – Le Nigeria a entamé des pourparlers avec des pays voisins qui servent d'intermédiaires de transit, pour mettre fin au trafic humain vers l'Europe.

Mohammed Shata, ministre d'Etat nigérian de l'Intérieur et Abdulkadir Mesdoua, ambassadeur d'Algérie, se sont rencontrés ce mois à Abuja, la capitale du Nigeria, afin de chercher des voies et moyens d'arrêter les trafiquants qui utilisent l'Algérie comme itinéraire de transit vers l'Europe.

Mesdoua a fait appel à une coopération plus étroite entre les deux pays pour s'attaquer au trafic des Nigérians vers l'Europe.

"Les autorités algériennes chargées de l'immigration dépensent actuellement d'énormes ressources pour le rapatriement des Nigérians interceptés dans le commerce illicite et souhaitent lancer un appel au gouvernement du Nigeria afin qu'il nous assiste dans ce sens", indique Mesdoua.

La semaine dernière, 12 adolescentes ont été arrêtées à l'aéroport Murtala Muhammed de Lagos, alors qu'elles se rendaient en Europe. La police a exhibé les filles dont l'âge se situe entre 15 et 18 ans, en même temps que leurs sponsors présumés.

Hezekiah Dimka, de la police de l'aéroport Murtala Muhammed, a fait savoir que les adolescentes faisaient des préparatifs de voyage en Europe, via le Maroc, lorsqu'elles ont été arrêtées.

Selon lui, deux des adolescentes ont été arrêtées à l'aéroport et la piste a conduit à un hôtel proche de l'aéroport où les 10 autres filles étaient gardées en attendant l'heure de leur départ. Leur sponsor, une femme, a été arrêtée plus tard à Benin, capitale de l'Etat du centre-est d'Edo, au Nigeria.

L'Etat d'Edo a le nombre le plus élevé de femmes nigérianes victimes d'un trafic vers l'Europe, selon des reportages de médias publiés dans ce pays d'Afrique de l'ouest.

"La sponsor a avoué qu'elle était à la tête d'une association et qu'elle avait une dame basée au Maroc à qui elle fait parvenir habituellement les filles. Elle a également avoué avoir été expulsée d'Allemagne en 2001 et d'Italie, après sa rude épreuve en Allemagne. Cela montre qu'elle est dans ce trafic depuis très longtemps", affirme Dimka.

Il a déclaré : "Nous veillerons à mettre fin à cet embarras qu'on cause au Nigeria" Le mois dernier, des millions de téléspectateurs étaient abasourdis lorsque Sunday Afolabi, ministre de l'Intérieur, a exhibé trois hommes spécialisés dans le trafic de jeunes Nigérianes et de jeunes Nigérians vers l'Europe en traversant le désert du Sahara. Douze de leurs victimes, rescapées grâce aux efforts renouvelés du gouvernement pour stopper la menace, ont été également exhibées avec eux.

Emeka Okiri, l'un des trafiquants, a avoué aux téléspectateurs ahuris : "Nous prenons 1.000 dollars pour chaque fille et 700 dollars pour chaque garçon dont nous faisons le trafic à travers le désert en passant par l'Algérie pour arriver en Italie".

Selon Afolabi, on promettait aux adolescentes des emplois de serveuse, de coiffeuse et de styliste, entre autres, en Libye, en Italie et en Israël.

Le Service d'immigration du Nigeria (NIS) a arrêté les trafiquants et les travailleuses du sexe présumées dans le nord du Nigeria alors qu'ils tentaient de voyager vers la Libye, Israël et l'Italie. Le ministre a rendu hommage aux responsables de l'immigration pour le contrôle de la croissance du trafic humain, notamment chez les femmes et les enfants, grâce à leurs patrouilles intensifiées aux frontières.

Les objets récupérés auprès des trafiquants de personnes arrêtés comprenaient huit passeports nigérians, de faux documents de voyage de la CEDEAO, des passeports jamaïcains et des permis de conduire, huit cachets nigérians de contrôle à l'immigration, de faux cachets plastiques de certaines ambassades et des photos d'étrangers.

Qualifiant le trafic humain d'esclavage des temps modernes et de grave fléau social, Afolabi a exhorté la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'ouest (CEDEAO) composée de 15 nations – en particulier le Niger, le Bénin et le Tchad – à ne pas autoriser les Nigérians à traverser leurs pays sans des documents de voyage en règle.

Plus de 50.000 jeunes Nigérianes sont engagées dans l'industrie du sexe en Europe et en Asie. Et plus de 3.000 femmes emmenées à l'étranger dans le cadre de ce trafic ont été rapatriées au Nigeria au cours des trois dernières années, selon des statistiques officielles.

"Nous mettons également en œuvre des programmes de sensibilisation pour éduquer les parents sur les dangers du commerce illicite des êtres humains", indique un responsable gouvernemental.

Sunday Adeniji, directeur du Service d'immigration du Nigeria a déclaré : "Nous avons élaboré une stratégie très active pour arrêter des trafiquants de personnes ainsi que pour sauvés ceux qui ont été emmenés dans le cadre du commerce illicite d'êtres humains".

Pour réduire leurs difficultés, un certain nombre de groupes de défense des droits de l'Homme ont ouvert des centres visant à réinsérer les femmes nigérianes expulsées d'Europe.

"Non seulement nous réinsérons les victimes, mais nous renforçons aussi leurs capacités financières parce que la pauvreté est la cause fondamentale de cet acte inhumain", souligne Eki Igbinedion, fondateur du Projet Idia Renaissance Benin, une organisation non gouvernementale basée à Benin (Nigeria).