REFUGIES-RD CONGO: Les populations du Congo-Brazzaville affluent vers Kinshasa

KINSHASA, 26 avr (IPS) – La province du Bas-Congo en République démocratique du Congo (RDC) a accueilli quelque 600 réfugiés venus du Congo-Brazzaville voisin et enregistrés par la Direction générale des migrations (DGM) à Luozi et Tshela, respectivement à 200 et 400 kilomètres au sud-ouest de Kinshasa.

Comme pendant la guerre civile de 1998 au Congo-Brazzaville, des populations fuyant l'insécurité dans leur pays, affluent vers la RDC. Depuis deux semaines, le beach Ngobila de Kinshasa, sur le fleuve Congo, n'arrête pas d'enregistrer un flux inhabituel de réfugiés dans le sens Brazzaville-Kinshasa. Depuis cette date, la DGM et la police des frontières se trouvent en alerte maximum à cause des affrontements armés dans la région du Pool et au sud de Brazzaville, la capitale du Congo.

"Il est question de surveiller les entrées de façon à éviter une arrivée non contrôlée de personnes présumées impliquées dans les affrontements armés qui secouent la ville de Brazzaville", explique Jean Lisungi, agent de la DGM, affecté au beach. Des informations non encore confirmées font, en effet, état d'infiltrations, dans la ville de Kinshasa, des éléments des milices "Ninja" que les autorités du Congo-Brazzaville accusent de semer les troubles dans la région du Pool. Début avril, un train passagers du Chemin de fer du Congo-Océan (CFCO), reliant Pointe-Noire et Brazzaville, avait été attaqué par un groupe armé que les autorités militaires ont identifié comme étant les "ninja" qui avaient combattu les troupes du président Denis Sassou Nguesso pendant les guerres civiles qui ont ravagé la capitale entre 1997 et 1999. A leur tête, se trouverait le révérend Frédéric Bitsangou, plus connu sous le nom de "pasteur Ntoumi".

En représailles, l'armée a envoyé la troupe, non seulement sur les lieux des incidents, mais également dans toute la région du Pool, avec armement lourd et hélicoptères de combat. Dans la foulée, les deux arrondissements du sud de Brazzaville, Bacongo et Makélékélé, ont été vidés de leurs populations. Et, comme en 1998-1999, c'est la ville de Kinshasa et la province du Bas-Congo (sud-ouest de la RDC) qui accueillent la population qui fuit la guerre. "On n'a pas vu les Ninja à Bacongo, mais plutôt des militaires de la Force publique qui nous ont obligés à quitter nos maisons", a déclaré Francine Matondi, en débarquant le 20 avril, au beach de Kinshasa, visiblement traumatisée. Comme beaucoup de Brazzavillois, Matondi a des parents à Kinshasa auprès desquels elle compte passer quelque temps. "Le temps, dit-elle, de voir évoluer la situation à Brazzaville". Les personnes qui entrent par Kinshasa ne cherchent pas la protection du Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). Elles préfèrent se faire héberger chez des parents dans la capitale de la RDC. Les malheurs des quartiers sud de Brazzaville sont partagés par la grande majorité des Kinois du fait des affinités ethniques entre des populations "Kongo" qui se retrouvent sur les deux rives du fleuve Congo. Près de 60 pour cent des habitants de Kinshasa sont d'origine Kongo. C'est ce qui explique cet élan de sympathie dont bénéficient les arrivants du Congo-Brazzaville aussi bien à Kinshasa que dans la province du Bas-Congo qui partage une assez longue frontière avec la partie sud du Congo-Brazzaville.

La délégation du HCR à Kinshasa, qui gère depuis quatre ans à Kimaza (Bas-Congo), un camp de réfugiés de la vague de la dernière guerre civile de Brazzaville, déclare n'avoir été avertie que de façon informelle des arrivées successives de personnes craignant une reprise généralisée des affrontements armés au Congo-Brazzaville. La délégation du HCR dit ne pas pouvoir prendre en charge ces personnes qui, à ses yeux, n'ont pas encore le statut de réfugiés. "Nous suivons cependant de près la situation afin de ne pas être pris de court", indique Pierre Omana, qui gère un camp de réfugiés non loin de Luozi.

A la date du 19 avril, la ville de Luozi a enregistré 300 personnes en provenance du Congo-Brazzaville et 300 également à Tshela plus à l'ouest.

Avant leur prise en charge par le HCR, ces nouveaux arrivants devront d'abord passer par les formalités d'identification auprès de l'antenne locale de la Direction générale des migrations. "A Luozi, Tshela, Kasangulu et dans les autres localités frontalières, nous procédons d'abord à un regroupement et à l'identification des nouveaux arrivés", explique Raymond Abeli de la DGM.

"Ceux qui seront admis comme réfugiés seront dirigés vers le camp de Kimaza, où sont déjà internés bon nombre de leurs compatriotes depuis 1998.

Ceux qui seront identifiés comme militaires ou para-militaires seront gérés par le ministère de l'Intérieur tandis que les nationaux congolais (de la RDC) rejoindront leurs familles respectives", ajoute Abeli.