WASHINGTON, 26 avr (IPS) – Le président de la Banque mondiale a refusé d'admettre, le 19 avril, que son institution manquait de consulter convenablement les groupes de la société civile.
Et James Wolfensohn a rendu les gouvernements responsables de toute insuffisance dans les efforts de la Banque à satisfaire la demande des sociétés à la base, consistant à participer aux prises de décision..
"Nous avons bavé pendant longtemps pour savoir que les programmes de stratégie de réduction de la pauvreté incluent la société civile plus qu'elle-même n'y a jamais songé", a indiqué Wolfensohn en réponse aux accusations des organisations non gouvernementales (ONG), selon lesquelles la Banque restait indifférente à leurs préoccupations relatives à une montagne de questions allant de l'impact de la Banque sur la pauvreté mondiale jusqu'au respect de l'agence pour la souveraineté nationale, la transparence et la responsabilité publique.
"La transparence s'est énormément accrue. La responsabilité s'est énormément accrue. La participation des pays s'est énormément accrue", a dit Wolfensohn.
Ses commentaires sont intervenus au lendemain du jour où les activistes du Réseau international de la revue participative de l'ajustement structurel (SAPRIN), mis sur pied pour travailler avec la Banque dans l'évaluation des impacts des Programmes d'ajustement structurel (PAS), a déclaré que la Banque marquait du recul par rapport à son enthousiasme initial visant à s'engager auprès des groupes de la société civile.
"A la fin, je vous dirai précisément ce que les politiciens nous disent et que les chefs de gouvernement disent", a indiqué Wolfensohn aux journalistes. "Ils disent 'nous avons été élus pour faire ceci. Nous sommes les gens avec qui vous devez traiter. Vous ne devez pas prendre en compte les gens qui ne sont pas élus et qui n'ont pas de comptes à rendre (groupes de la société civile)'." Il a ajouté : "De plus en plus de leaders dans les pays démocratiques nous disent actuellement 'Ecoutez, nous aimons cette idée de consultation. Mais sur les questions de macro-politiques et de budgets, qui sont-ils (les activistes)? Qu'ils le fassent dans le contexte du système politique national".
Des responsables de la Banque ont dit pendant longtemps que les activistes attaquent l'institution injustement, que leurs plaintes devraient être dirigées contre les gouvernements qui contrôlent la Banque.
"J'ai été exposé à la critique à l'autre bout", a déclaré Wolfensohn le 19 avril. "Il y a une très forte réaction de la part des responsables de gouvernements élus".
Se tournant vers les activistes, il a ajouté : "J'aimerais qu'ils ou certains d'entre eux changent de discours et nous disent que nous n'avons pas fait assez pour l'étape suivante par rapport aux choses que nous faisons plutôt que de retourner aux idées abordées il y a cinq ans et auxquelles nous avons été particulièrement réceptifs".
Doug Hellinger, directeur exécutif de "Développement GAP" basé à Washington et coordinateur du secrétariat de SAPRIN, répond : "L'accès sans incidence est insignifiant".
"Si les gouvernements du Nord sont ceux qui le contrôlent, alors cela pourrait ne pas être vrai. Plusieurs gouvernements du Nord, notamment en Europe, ont apporté leur appui à l'idée d'engagement", a déclaré Hellinger.
"Si c'étaient les gouvernements du Sud, alors asseyons-nous et trouvons un moyen de résoudre ce problème".
Le Fonds monétaire international (FMI) a été également attaqué pour son manque présumé de transparence et de responsabilité.
Le 17 avril, le directeur général du FMI, Horst Koehler a déclaré : "Nous reconnaissons au FMI que nous avons commis des erreurs. Nous sommes dans un processus d'apprentissage. Nous sommes absolument préparés et je pense qu'il est absolument dans notre intérêt d'écouter les manifestants et les ONG, d'être impliqués dans ce dialogue. Mais préparez-vous, pour avoir un dialogue avec nous, vous devez être plus pacifiques. Cela aura plus d'impact".
Les plaintes des ONG semblent avoir provoqué plus que de simples protestations de Wolfensohn et de Koeler.
Le 18 avril, le SAPRIN a publié un rapport cataloguant les frustrations nées de leurs tentatives d'engager la Banque.
"Les appels continus de la Banque aux manifestants de la rue pour chercher un changement du côté de la Banque à travers le dialogue ont été dénoncés et qualifiés de peu sincères, et une pression publique accrue a été encouragée pour rendre l'institution plus ouverte, démocratique et réceptive aux populations de tout le Sud", souligne le rapport.
Wolfensohn voulait en savoir sur la relation entre l'ajustement structurel, la pauvreté et l'inégalité afin que la Banque puisse faire des affaires différemment, raconte Hellinger.
"Toutefois, lui et son équipe de management ne se sont même pas montrés pour discuter des conclusions, comme convenu, et se sont alors retirés du processus. Pendant plus de huit mois, nous n'avions plus rien entendu d'eux, si ce n'est cette semaine", a-t-il indiqué.
Suite à une couverture médiatique européenne du rapport du SAPRIN la semaine dernière, Hellinger a déclaré : "Ce sont eux (les responsables de la Banque) qui courent maintenant après nous pour voir si nous pouvons nous rencontrer".
Les responsables de la Banque n'étaient pas disponibles pour répondre immédiatement aux commentaires de Hellinger. Au cours d'une conférence de presse, Wolfensohn a confirmé son intention de rencontrer les représentants du SAPRIN, mais a dit qu'il n'était au courant d'aucun calendrier spécifique pour les discussions.

