KINSHASA, 24 avr (IPS) – Le nouveau gouvernement de l'après Sun-City est attendu pour la mi-mai en République démocratique du Congo (RDC), mais le danger de partition du pays n'est toujours pas écarté, selon des observateurs à Kinshasa, la capitale de la RDC.
Les participants au dialogue inter-congolais de Sun City (Afrique du Sud) ont regagné Kinshasa samedi dernier, sans susciter d'allégresse dans la capitale. Quarante-cinq jours de discussions et 10 jours de prolongation n'ont en effet pas suffi à restaurer la paix et réunifier le pays. Face à l'impasse totale, deux des trois principaux belligérants ont tout de même réussi à s'entendre sur un projet commun de structure politique qu'ils ont opposé au "Plan Mbeki" proposé par le président sud-africain, mais jugé "trop lourd et difficilement applicable sur le terrain". La délégation gouvernementale et celle du Mouvement de libération du Congo (MLC) – qui contrôle le nord de la RDC (provinces de l'Equateur et de l'Orientale) – ont signé un accord qui maintient Joseph Kabila à la tête de l'Etat et désigne Jean-Pierre Bemba, le leader du MLC, comme Premier ministre d'un prochain gouvernement qui se veut d'union nationale. Le MLC est soutenu par l'Ouganda.
L'accord a été signé par la majorité des participants (groupes armés, partis politiques et société civile), mais rejeté par le Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD/Goma), soutenu par le Rwanda. Ont également rejeté l'accord, certains partis politiques de l'opposition non armée comme l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) d'Etienne Tshisekedi, les Forces novatrices pour l'union et la solidarité (FONUS) de Joseph Olengankoy ainsi que le Parti lumumbiste unifié (PALU) d'Antoine Gizenga. Ces partis estiment que l'accord a été conclu en dehors du cadre normal des négociations.
Quoi qu'il en soit, les Congolais semblent, en grande partie, s'en contenter, à défaut d'un accord global, consensuel et plus sécurisant.
"L'accord partiel est certes partiel, nous en convenons, mais c'était la seule façon d'en terminer avec des débats qui n'en finissaient pas de durer", a déclaré Vital Kamerhe, porte-parole de la délégation gouvernementale à son retour à Kinshasa. "De toute façon, l'accord reste ouvert aux autres compatriotes qui réfléchissent encore avant de se décider de le signer", a-t-il ajouté.
Les résistants Maï-Maï, qui déclarent combattre l'invasion de la RDC par les troupes rwandaises, disent avoir signé l'accord pour "isoler le RCD/Goma qui n'est autre chose qu'une tête de pont du gouvernement de Kigali". Selon Elias Mulungula, membre de la délégation Maï-Maï, "L'esprit de l'accord conclu entre le gouvernement et le MLC nous confronte dans notre lutte contre l'occupation de nos territoires par le Rwanda du fait que l'accord a court-circuité les ambitions du Rwanda et de ses alliés de prendre le pouvoir à Kinshasa". "Bien plus, cet accord permet la réunification de 70 pour cent du territoire congolais et met en évidence les vrais empêcheurs de conclure la paix", affirme-t-il.
En refusant d'adhérer à l'accord entre le gouvernement et le MLC, le RCD/Goma prête le flanc au procès d'intention que les autres parties lui font, à savoir "une servilité certaine vis-à-vis de Kigali". A cet égard, il risque de se voir marginalisé, estiment certains leaders politiques ayant signé l'accord. "La question est simple. Le RCD/Goma doit pouvoir se déterminer s'il roule pour le Rwanda, auquel cas il se disqualifie, ou il rejoint le camp de la patrie et signe l'accord", indique Arthur Z'Ahidi Ngoma, président des Forces du futur, un parti de l'opposition non armée, signataire de l'accord.
L'optimisme des signataires de l'accord de Sun City est cependant nuancé par la crainte de nombreux observateurs de la scène politique à Kinshasa de voir la cohabitation impossible entre les deux hommes pressentis à la tête de l'Etat.
"Les deux personnes ont des caractères diamétralement opposés. Autant Joseph Kabila est calme et peu bavard, autant Jean-Pierre Bemba est violent, aussi bien dans le discours que physiquement", affirme Julien Lubunga by'a Ombe, journaliste. "Nous risquons d'assister à des scènes de ménage du genre Mobutu et Tshisekedi où le Premier ministre conteste la légalité du président de la République. Or l'un et l'autre disposeront de groupes armés", fait-il remarquer. Quant à Me Henri Mulindwa, avocat au barreau de Kinshasa, il dit "vouloir bien croire en la viabilité de l'accord au nom d'un sentiment patriotique qui devrait habiter l'un et l'autre", mais il estime que, "pour être efficace, l'accord aurait dû connaître l'adhésion de tout le monde à Sun City". "L'un des acquis majeurs de l'accord est d'avoir pu écarter les Rwandais de la gestion du devenir politique en République démocratique du Congo", selon Mulindwa. A moins que ne se confirment des informations sur une éventuelle poursuite des négociations politiques à Gaborone, au Botswana, le 12 mai prochain, un nouveau gouvernement sera mis en place à Kinshasa d'ici à la mi-mai. Bemba n'a pas encore commencé les consultations. De Kampala (Ouganda) où il se trouvait le week-end dernier, il aurait souhaité avoir plus de garantie pour sa sécurité avant de rejoindre Kinshasa. Une délégation gouvernementale de la RDC s'est rendue en Ouganda pour en discuter avec les autorités de ce pays, mais aussi pour demander le retrait des troupes ougandaises du Congo.

