HARARE, 23 avr (IPS) – Pour l'amour de l'argent, le président sénégalais, Abdoulaye Wade, a vendu le Zimbabwe à l'Occident, selon des collaborateurs haut placés du président Robert Mugabe à Hararé, la capitale du Zimbabwe. Le gouvernement s'en est pris à Wade pour avoir critiqué la réélection controversée de Mugabe le mois dernier.
Personne n'attaque Mugabe sans y laisser des plumes ces jours-ci.
Et le fait que le gouvernement zimbabwéen ait réagi à l'attaque 10 jours après le rejet par Wade de la victoire âprement disputée de Mugabe, n'était pas trop poli, mais il fallait s'y attendre.
Dans des commentaires publiés par le New York Times le 10 avril, le président sénégalais était cité pour avoir dit que Mugabe n'avait pas respecté les règles électorales et que l'opposition n'avait pas fait campagne librement.
"Il y a eu beaucoup de morts. Les lois électorales ont été changées quelques jours avant les élections. Nous ne pouvons pas appeler cela des élections. Mugabe ou pas Mugabe n'est pas ma préoccupation. Ma préoccupation était ce que les populations du Zimbabwe voulaient", aurait affirmé Wade.
Mais dans une déclaration diffusée le week-end par le "Sunday Mail", un quotidien d'Etat, le ministre zimbabwéen des Affaires étrangères, Stan Mudenge, insinuait que Wade avait vendu Mugabe pour l'aide occidentale.
En gros caractères d'imprimerie, la 'Une' du Sunday Mail indiquait : "Wade vend le Zimbabwe pour l'aide occidentale".
Wade affirmait avoir refusé de se joindre au syndicat de présidents africains qui ont soutenu la réélection de Mugabe.
Le gouvernement zimbabwéen, souligne Mudenge, était déçu que Wade se soit joint aux autres pour chanter en chœur le "refrain mené par la Grande-Bretagne pour discréditer le Zimbabwe".
Selon Mudenge, Wade veut l'argent de l'Occident pour son Nouveau partenariat économique pour le développement de l'Afrique (NEPAD).
Le gouvernement, affirme Mudenge, a noté que Wade avait fait ses commentaires dans une interview dont l'intérêt était principalement de promouvoir le NEPAD en prélude à la prochaine réunion du G-8 qui se tiendra au Canada en juin.
Le G-8 ou le groupe des huit comprend le Canada, le Japon, la Grande-Bretagne, l'Italie, les Etats-Unis, l'Allemagne, la France et la Russie.
Mudenge a déclaré que la Grande-Bretagne, qui a régné sur le Zimbabwe jusqu'à l'indépendance en 1980, et ses partenaires du G-8 utilisaient le NEPAD pour tenter de faire chanter les pays africains dans une "tentative vaine visant à contrer la volonté populaire de l'électorat zimbabwéen".
Le président sénégalais, a-t-il indiqué, devrait être la dernière personne à juger les élections zimbabwéennes puisque son pays avait décliné une invitation pour l'observation des élections du 9 au 11 mars 2002.
Mudenge a dit que le Zimbabwé résisterait aux efforts visant à entraîner le NEPAD dans les visées colonialistes de la Grande-Bretagne et a souligné que "pour que le NEPAD jouisse d'un plein soutien africain, il ne doit jamais être perçu comme un nouvel instrument de contrôle et de division de l'Afrique".
Le NEPAD est un appel à un nouveau partenariat entre l'Afrique et la communauté internationale, basé sur le respect mutuel. C'est une initiative régionale avec comme objectif principal, la réduction de la pauvreté. C'est une stratégie africaine pour atteindre un développement durable au 21ème siècle.
Le programme est basé sur l'engagement des gouvernements africains eux-mêmes à pratiquer la bonne gouvernance, la démocratie et les droits de l'homme, tout en s'efforçant de prévenir et de résoudre les situations de conflits et d'instabilité sur le continent.
Malgré la critique du gouvernement à l'encontre du président sénégalais, le principal parti d'opposition du Zimbabwe, le Mouvement pour le changement démocratique (MDC) a pleinement adhéré aux remarques de Wade.
Le secrétaire à l'information du MDC, Learnmore Jongwe, a qualifié la déclaration de Wade d'une "démarcation réconfortante par rapport à d'autres chefs d'Etat africains qui ont affiché une solidarité stupide avec Mugabe alors qu'au plus profond de leurs cœurs, ils savent que les élections présidentielles zimbabwéennes n'étaient pas libres et équitables".
"Le président Wade est la lumière au bout du tunnel africain. Nous espérons que beaucoup d'autres dirigeants vont l'imiter", a affirmé Jongwe.
Wade a été la seule voix en Afrique contre la victoire de Mugabe, qui a été accueillie par une réaction mitigée.
Les pays africains ont dit que les élections étaient libres et équitables.
Mais les observateurs internationaux, y compris le Commonwealth et le Forum parlementaire de la SADC, les ont qualifiées d'élections ne reflétant pas la volonté réelle des électeurs.
La SADC est la Communauté de développement de l'Afrique australe, qui regroupe 14 nations.
Au moins 120 personnes, principalement des partisans de l'opposition, avaient été tuées dans la période qui a précédé les élections, et durant les élections du 9 au 11 mars, selon les groupes de droits de l'Homme. Davantage de personnes ont été blessées et des biens d'une valeur de plusieurs millions de dollars ont été détruits.
Des millions de Zimbabwéens vivant à l'étranger se sont vus refuser le droit de voter. Beaucoup de jeunes n'ont pas pu obtenir de cartes d'identité qui auraient pu leur permettre de voter.

