ECONOMIE: Manifestations contre les ravages du FMI au Sud – Rapport

LONDRES, 24 avr (IPS) – Les manifestations contre la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI) se sont intensifiées dans les pays en développement au cours de l'année dernière, ont indiqué vendredi dernier à Londres des défenseurs du développement.

L'impact économique et politique des prescriptions politiques des agences a déclenché 77 grandes manifestations dans 23 pays pauvres en 2001, contre 50 manifestations dans 13 pays pendant 10 mois en 2000, selon le Mouvement mondial pour le développement (MMD). La police anti-émeute est intervenue pour mettre fin à 18 des manifestations de l'année dernière; 76 personnes ont été tuées et des milliers d'autres blessées, ajoute le groupe.

Les pays en développement ont "un mouvement de protestation à base large qui conteste les politiques économiques nuisibles encouragées par le FMI et la Banque mondiale", indique le MMD dans un rapport prévu pour coïncider avec les réunions de printemps des institutions créancières du 20 au 21 avril à Washington.

Le rapport, "Etats d'agitations II : Résistance aux politiques du FMI et de la Banque mondiale dans les pays pauvres en 2001", met à jour un rapport similaire publié en septembre 2000, à la veille des réunions annuelles du FMI et de la Banque mondiale à Prague.

Jetant un regard rétrospectif sur 2001, le rapport de vendredi a cité les exemples de : – L'Argentine, où des dizaines de milliers de travailleurs sont descendus dans les rues pour protester contre l'exigence du FMI pour une réduction de 13 pour cent dans les dépenses publiques — y compris les salaires – en échange d'un renflouement de 21 milliards de dollars.

– L'Equateur, qui a été le théâtre de manifestations massives tout au long de l'année contre des mesures convenues entre le gouvernement et le FMI. Ces mesures incluaient une augmentation de 60 pour cent des prix du gaz domestique. Un garçon de 14 ans faisait partie de ceux qui avaient été tués durant les manifestations.

– La Turquie, où des milliers de personnes ont manifesté contre la restructuration et la privatisation des entreprises d'Etat – toutes deux des prescriptions du FMI.

Le point commun de ces manifestations était le sentiment fondamental que le FMI sapait les gouvernements nationaux avec "sa recette de développement économique taillée sur mesure", souligne un chercheur du MMD et auteur du rapport Mark Ellis-Jones.

"Le FMI prétend mettre la réduction de la pauvreté au centre de ses politiques, mais nous devons demander jusqu'où va son engagement lorsque les pauvres du monde, ceux qui sont les plus proches des politiques sur le terrain, sont ses plus farouches détracteurs".

Selon le rapport, près du tiers des manifestations de l'année dernière visaient spécifiquement le FMI et la Banque mondiale. "Dans la plupart des cas, "les gens restent détachés de ces institutions internationales incompréhensibles et la protestation est toujours essentiellement dirigée vers les institutions nationales, qui sont responsables de l'exécution des politiques à l'intérieur des pays".

Loin de se limiter aux pauvres, les rangs des manifestants comprennent "les classes moyennes nouvellement émergeantes : enseignants, fonctionnaires, prêtres, médecins, travailleurs du secteur public, militants des syndicats et patrons de petites entreprises", selon le rapport.

Parmi les principales préoccupations de ces groupes, figurent les politiques économiques — y compris la privatisation et la libéralisation du marché — qui entraînent les pertes d'emplois et des problèmes sociaux qui en résultent, souligne le MMD.

Etant donné le choix limité entre l'adoption de politiques mal adaptées au bien-être de leurs pays et le risque de l'isolement économique, expliquait le rapport, "plusieurs gouvernements choisissent le FMI au détriment leurs propres populations".

"Les politiques visant à favoriser le développement économique et la réduction de la pauvreté dans les économies fragiles et émergeantes des pays en développement n'échouent pas seulement, mais conduisent actuellement à une stagnation économique qui est ressentie à travers le spectre social", ajoute le rapport.

Les politiques, qui ont provoqué le ressentiment partout dans le monde en développement, étaient connues comme des Programmes d'ajustement structurel ou PAS. Maintenant, elles font partie intégrante des textes connus comme documents de Politique de stratégie de réduction de pauvreté ou PSRP.

Introduits en 1999, ces documents comportent les mêmes prescriptions politiques que celles qu'on trouve dans les anciens PAS "formulées dans la rhétorique du développement", affirme le rapport.