JOHANNESBURG, 22 avr (IPS) – Le gouvernement sud-africain a épuisé les options judiciaires dans ses efforts visant à empêcher la distribution immédiate et répandue, dans le système de santé publique, des anti-rétroviraux – des médicaments qui réduisent l'impact du SIDA et empêchent la transmission du VIH, le virus qui propage la maladie.
Le gouvernement mène une bataille d'arrière-garde à travers le système judiciaire du pays, interjetant appel après appel contre une décision de la Haute cour, selon laquelle il doit autoriser les médecins à prescrire les médicaments aux femmes enceintes porteuses du VIH, afin d'empêcher la transmission du virus à leurs enfants.
Selon la décision, le gouvernement doit mettre les médicaments à la disposition des hôpitaux et des dispensaires qui possèdent l'infrastructure nécessaire pour faire le test du VIH et du SIDA, et pour prodiguer des conseils, soutenir et surveiller ceux à qui les anti-rétroviraux ont été prescrits.
Le président sud-africain, Thabo Mbeki, est opposé à l'utilisation des anti-rétroviraux pour empêcher la propagation du VIH et du SIDA. Il croit que les médicaments sont toxiques et que leurs effets secondaires pourraient être plus dangereux que la maladie.
Plus controversé, Mbeki a contesté le lien entre le VIH et le SIDA, prétendant que le virus ne provoquerait pas la maladie. Il a le soutien d'une petite clique de scientifiques – principalement basés aux Etats-Unis – qui mettent également en doute l'existence du VIH.
Résultat : le département de la santé sud-africain a limité l'utilisation des anti-rétroviraux à 18 sites pilotes où, selon lui, on étudie l'efficacité du médicament et comment il peut mieux être mis à la disposition des personnes vivant avec le VIH.
Toutefois, la grande majorité des Sud-Africains et des spécialistes internationaux du SIDA n'ont aucun doute sur le fait que le VIH provoque le SIDA et que même si les anti-rétroviraux sont toxiques, ils sont essentiels pour lutter contre la propagation de la maladie.
Campagne en faveur d'une action pour le traitement (TAC) – un groupe de pression sud-africain contre le SIDA – a traduit le gouvernement devant la Haute cour de Pretoria – qui a décidé qu'il devait davantage mettre les anti-rétroviraux à la disposition du système de santé.
La TAC estime que l'usage des anti-rétroviraux peut empêcher l'infection par le VIH de quelque 100 bébés par jour. Avec une estimation de plus de quatre millions de personnes séropositives, l'Afrique du Sud possède le plus grand nombre de personnes vivant avec le VIH et le SIDA dans le monde.
Le 4 avril, la Cour constitutionnelle sud-africaine a refusé au gouvernement l'autorisation de faire appel d'une décision exécutoire de la Haute cour qui veut qu'il mette les anti-rétroviraux à la disposition des dispensaires qui peuvent effectivement les administrer dans l'immédiat.
Le gouvernement a fait appel de la décision initiale de la Haute cour, mais cette affaire ne sera entendue devant la Cour constitutionnelle que le mois prochain.
Le gouvernement espérait qu'il n'aurait pas à mettre en œuvre la décision de la Haute cour jusqu'à ce que son appel devant la Cour constitutionnelle soit entendu.
La décision du 4 avril est également une indication que la Cour constitutionnelle, la plus haute juridiction en Afrique du Sud, pourrait bien rejeter l'appel du gouvernement contre la décision initiale qui exige qu'il rende les anti-rétroviraux disponibles à travers le système de santé publique.
Mark Heywood, un militant de la TAC, a exhorté le gouvernement à mettre fin à la bataille judiciaire sur le médicament. "Laissons tomber cette guerre à présent. Vous êtes allés à la plus haute cour, vous avez comparu devant la cour trois fois et à chaque occasion, les juges vous ont trouvés non convaincants. Alors, soyez modestes et admettez que vous aviez peut-être tort", a-t-il déclaré dans une interview.
Selon le ministre de la Santé, Manto Tshabala-Msiamang, le gouvernement se conformera à la décision de la Cour constitutionnelle.
En dehors de son manque d'enthousiasme à mettre les anti-rétroviraux à la disposition du public, le gouvernement est également préoccupé par le fait que la décision permet aux tribunaux de déterminer la politique de santé publique du gouvernement.
Cependant, certains experts font remarquer que parce que la constitution sud-africaine garantit aux citoyens du pays certains droits sociaux – tels que le droit à la santé – il est inévitable qu'il y ait, de temps en temps, des conflits entre les tribunaux et le gouvernement.
Entre-temps, l'ancien président sud-africain, Nelson Mandela, déclare qu'il poursuivra sa campagne pour mettre gracieusement les médicaments anti-SIDA à la disposition du système de santé publique.
Le mois dernier, Mandela a tenté de persuader le Congrès national africain (ANC) au pouvoir de changer sa position contre l'approvisionnement en médicaments anti-SIDA dans le système de santé publique. L'ANC a rejeté son plaidoyer.
Néanmoins, dans une interview radiodiffusée le 4 avril, Mandela a déclaré : "Lorsque des gens meurent – des bébés, des jeunes – je ne peux jamais être tranquille. Nous ne pouvons pas nous permettre de mener des débats pendant que des gens meurent. Il nous revient de nous assurer que nos populations reçoivent les médicaments qui vont les aider. Ceci est une guerre".
Il a cependant indiqué qu'il continuait à croire que l'Afrique du Sud avait un programme efficace en place pour lutter contre la propagation de la maladie.
Et puis, le secrétaire américain pour la Santé, Tommy Thompson a annoncé que les Etats-Unis étaient engagés à aider l'Afrique du Sud à combattre le VIH et le SIDA. Il était dans ce pays dans le cadre d'une tournée africaine.
Thompson a rappelé à l'époque, au cours d'une conférence de presse à Pretoria, que les Etats-Unis avaient promis 500 millions de dollars US au Fonds mondial pour lutter contre le SIDA, le paludisme, la tuberculose dans l'année budgétaire en cours. Il a indiqué que l'administration de George W. Bush projetait d'augmenter sa contribution à la lutte contre le VIH/SIDA et d'autres maladies infectieuses d'environ 20 pour cent.

