LOME, 19 avr (IPS) – L'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) veut renforcer le processus d'intégration économique dans la sous-région à travers le développement des infrastructures routières encore insuffisantes pour le transport des personnes et les échanges commerciaux.
Cette initiative s'inscrit dans le cadre de la promotion d'un espace économique sous-régional intégré, ouvert et concurrentiel avec, comme objectif, l'amélioration des conditions de vie des populations des Etats membres, grâce à une "croissance économique soutenue à large spectre et équitablement partagée", selon un document de l'UEMOA. L'UEMOA regroupe huit pays : Bénin, Burkina Faso, Côte d'Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal et Togo. Ils utilisent le Franc CFA comme monnaie commune. "Les infrastructures de transports jouent un rôle essentiel dans la construction de l'intégration économique des Etats membres de l'union. Elles favorisent les échanges commerciaux et culturels et permettent ainsi de soutenir les secteurs de production", déclare Boni Yayi, président de la Banque ouest-africaine de développement (BOAD) basée à Lomé, capitale du Togo.
"Elles sont nécessaires pour assurer la libre circulation des personnes et des biens en vue de la réalisation de l'objectif de construction du marché commun", ajoute le président de la BOAD qui est une institution financière spécialisée de l'UEMOA.
Pour atteindre cet objectif, l'UEMOA s'est dotée d'une stratégie et d'un programme d'action communautaire. L'élaboration de ce projet vient du fait que la vétusté ou l'inexistence des infrastructures de transport routier freine l'intégration.
Selon le président de la Commission de l'UEMOA, Moussa Touré, la liaison entre Dakar et Bamako (environ 1.000 kilomètres) par la route est impraticable. "Il faut près de six à sept heures pour se rendre de Ouagadougou (Burkina Faso) à Niamey (Niger) pour une distance d'environ 500 kilomètres, regrette-t-il.
La zone UEMOA dispose de deux axes routiers : le trans-côtier et le trans-sahélien. Le trans-côtier va de Nouakchott (Mauritanie) à Lagos (Nigeria) en passant par Banjul (Gambie), Bissau (Guinée), Conakry (Guinée), Abidjan (Côte d'Ivoire), Lomé (Togo) et Cotonou (Bénin). Il est long de 4.560 km dont 3.800 km sont bitumés et 760 km non bitumés.
Le trans-sahélien va de Dakar (Sénégal) à Ndjaména (Tchad) en passant par Bamako (Mali), Ouagadougou (Burkina Faso) et Niamey (Niger). Cette route fait 4.460 km dont 3.900 km sont bitumés et 560 km non bitumés.
Par ailleurs, il est difficile de se rendre par voie terrestre de Dakar à Cotonou en passant par Banjul, Bissau, Conakry, Abidjan et Lomé. Les conditions de transport sont très précaires et encore caractérisées par des barrières non tarifaires qui entravent la fluidité des échanges entre les pays de la sous-région.
"Dans un passé récent, on a pu dénombrer 60 postes de contrôle entre Abidjan et Bamako, une cinquantaine entre Ouagadougou et Cotonou. Or, comme le disait un grand homme, la route du développement passe par le développement de la route", souligne Touré.
"A chaque poste frontière, nous sommes soumis à plusieurs formalités administratives et nous payons des pourboires aux agents de la police, de la gendarmerie et aux fonctionnaires de la douane, sans compter les barrières installées sur les routes où nous payons 'la route"', témoigne Mahamadou Issa, transporteur malien.
Firmin Guidiglo, camionneur togolais, révèle que les forces de l'ordre leur demandent de "payer la route". "Elles exigent le versement d'une somme d'argent, elles ne nous libèrent qu'après que nous avons fait le geste. Nous perdons ainsi des heures à discuter avec eux à toutes les barrières".
Désormais, onze frontières juxtaposées seront implantées dans la zone. Mais déjà, l'UEMOA se propose de construire, à titre expérimental, deux de ces frontières entre la Côte d'Ivoire et le Burkina Faso d'une part, et entre le Burkina Faso et le Togo, d'autre part.
Ces différentes difficultés justifient le Programme d'action communautaire pour le secteur des transports routiers, exécutable en dix ans, selon l'UEMOA.
Ce programme sera marqué par la réhabilitation et la réfection d'un réseau routier long de 13.300 km et par la création de postes de contrôles juxtaposés aux différentes frontières des pays de l'union, pour réduire les tracasseries et les différentes barrières qui empêchent une libre circulation des personnes et des biens. Pour Yayi, "ce programme de l'UEMOA constitue un élément essentiel du programme des infrastructures routières du Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD)". Sa mise en oeuvre demande une mobilisation de ressources financières. Selon les prévisions de l'UEMOA, elle doit coûter 1.254 milliards de francs CFA (environ 1,79 milliard de dollars US). Pour présenter le programme aux bailleurs de fonds, l'UEMOA a organisé, fin-mars à Lomé, une table ronde. Venus pour la plupart des différentes institutions financières du monde, les délégués ont exprimé leur soutien et leur engagement par une enveloppe totale de 480 milliards de FCFA (environ 685,7 millions de dollars US) pour compléter les 281 milliards de FCFA (environ 401,4 millions de dollars US) déjà mobilisés par l'UEMOA pour démarrer la première phase du programme.
"Nous soutenons la stratégie qui a été préparée par l'UEMOA parce qu'elle met sur la table les vraies questions de l'entretien routier et un certain nombre de questions qui sont liées à la facilitation du transport international qui sont pour nous des questions essentielles", indique Thierry de Saint-Maurice, représentant de l'Union européenne (UE).
Il s'est engagé à tout faire pour qu'une partie importante des financements de l'UE dans la sous-région "puisse effectivement soutenir les politiques sectorielles qui y seront développées".
"Au stade actuel, nous avons une situation où un milliard d'euros seront canalisés vers les infrastructures de transport dans la sous-région. Il faudra voir avec les Etats membres, la CEDEAO (Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest) et l'UEMOA dans quelles mesures ils souhaitent canaliser une part importante de ce fonds vers les infrastructures d'intégration régionale", déclare de Saint-Maurice.
"Nous appuyons la stratégie d'harmonisation de la politique des transports et de développement des infrastructures parce que la Banque mondiale a décidé de renforcer son action en matière d'intégration régionale", explique Marie-Françoise Marie-Nelly, directrice des programmes Afrique pour la Banque mondiale.
Selon elle, "C'est un projet important pour l'intégration, pour l'économie, pour les échanges, alors, on ne peut même pas envisager de réticence de la part des bailleurs de fonds".

