JOHANNESBURG, 18 avr (IPS) – Le voyage du millionnaire sud-africain, Mark Shuttleworth, sur la Station spatiale internationale (ISS) à bord d'un vaisseau russe Soyouz, est affiché actuellement comme celui du premier Africain dans le projet spatial, bien que ce soit financé par un privé. Shuttleworth, qui devrait décoller le 25 avril, sera le premier citoyen d'un pays africain à aller dans l'espace.
Il paie près de 20 millions de dollars US pour sa place sur la mission russe de 10 jours.
"Le voyage spatial est l'ultime expression de notre désir d'explorer de nouvelles frontières dans l'ingénierie et la science. J'ai toujours été fasciné par la science et la technologie, et l'opportunité de prendre part à la mission de l'équipage sur la Station spatiale internationale (ISS) est la réalisation d'un vieux rêve", affirme-t-il.
"Au même moment, c'est une bonne opportunité de mettre la science et la technologie au premier plan de l'imagination publique en Afrique du Sud", estime Shutteworth, expliquant sa décision de s'inscrire pour le voyage.
A la question relative au coût du voyage, il fait remarquer : "C'est beaucoup moins que ce que la plupart des pays payeraient pour la formation d'un astronaute et pour l'envoyer en mission spatiale. Nous avons négocié le meilleur prix pour ce voyage".
Shuttleworth sera le second civil à être amené dans l'espace par les Russes, qui utilisent l'argent des touristes pour aider à financer leur programme spatial.
Le premier civil était un homme d'affaire, Dennis Tito, qui a été emmené avec succès dans l'ISS malgré certaines objections de l'Administration nationale de l'aéronautique spatiale des Etats-Unis (NASA) – qui est l'un des principaux constructeurs de la station spatiale.
Après une formation à la base spatiale russe, Star City, en dehors de Moscou pendant plusieurs semaines, Shuttleworth et deux autres astronautes ont réussi à leurs examens finals, et sont retenus pour le voyage spatial.
En plus de Shuttleworth, l'équipage est constitué d'un cosmonaute et pilote de chasse russe, le commandant Yuri Gidzenko, et d'un astronaute et pilote d'essai italien, Roberto Vittori.
Shuttleworth envisage d'effectuer un certain nombre d'expériences scientifiques – conçues par des scientifiques sud-africains – durant son voyage dans l'espace. Selon son site web, parmi ces expériences, figure la première expérience au monde pour évaluer l'impact de la gravité zéro sur le développement des tiges de plantes, des cellules et des embryons.
Une autre expérience consiste à déterminer l'impact de la micro-gravité sur le système cardiovasculaire et les muscles. Une troisième est d'essayer de cristalliser les protéines du VIH – le virus qui cause le SIDA – dans l'apesanteur dans l'espoir que, une fois radiographiées au rayon X, elles donneront une vue exacte de la structure du virus.
L'Afrique du Sud a le plus grand nombre de personnes vivant avec le VIH et le SIDA au monde.
Les scientifiques sud-africains des universités du Cap, Stellenbosch et de Port Elizabeth, en collaboration avec les experts russes de la science spatiale, conduisent ces expériences.
Au sol, le premier Africain dans le projet spatial utilise le voyage comme un tremplin pour un programme d'éducation sociale, qui a pour but d'encourager les apprenants de l'école à s'intéresser aux mathématiques et aux sciences.
Le projet a lancé une large campagne de publicité sur les radios et dans les journaux en Afrique du Sud pour mettre en relief le voyage de Shuttleworth et promouvoir la science et les mathématiques comme des sujets scolaires "à la page".
Il parlera également aux écoliers sud-africains depuis la station ISS à travers une radio "amateur".
Shuttleworth se décrit lui-même comme un entrepreneur africain ayant un profond intérêt pour la technologie. Il a fait fortune lorsqu'il a vendu sa société de technologie Internet pour près de 600 millions de dollars US en 1999.
Bien qu'il vive à Londres, il finance une entreprise à capital risque, basée en Afrique du Sud, 'Here Be Dragons' (HBD) et la "Fondation Shuttleworth" (TSF), une organisation à but non lucratif spécialisée dans l'amélioration de la qualité de l'éducation en Afrique.
Il travaille également au sein du groupe de conseillers du président sud-africain Thabo Mbeki sur le développement de l'industrie de la technologie de l'information en Afrique du Sud.
Shuttleworth finance et travaille aussi dans le comité de direction de Bridges – une organisation internationale à but non lucratif qui cherche à réduire le fossé de l'information et des communications – ou la division numérique – entre les économies avancées et les pays en développement.
Il a pris part à un certain nombre de conférences internationales sur la division numérique et voyage à travers les pays africains "afin que je puisse être plus qualifié en tant que représentant de l'Afrique à des initiatives mondiales".
Shuttleworth dit qu'il a la mission de changer les perceptions négatives concernant l'Afrique du Sud et le continent africain.
A cause de son apparent engagement pour l'Afrique, Shuttleworth s'est exposé à des critiques lorsqu'il a décidé de s'installer à Londres. Il affirme avoir été obligé de partir après le refus de la Banque centrale sud-africaine de lui accorder l'autorisation de transférer une partie de ses fonds hors de son pays.
La mission de Shuttleworth peut être consultée sur www.firstafricaninspace.com.

