ENVIRONNEMENT: Un mouvement des peuples sera entendu au sommet de Johannesburg

LONDRES, 17 avr (IPS) – Il y avait les battements de tambour pour annoncer le tambourinage.

Trois femmes batteuses de tam-tam ont monté un étalage vivifiant pour lancer le Sommet de la terre des peuples à Londres il y a une quinzaine de jours.

Le sommet des peuples vise à égaler sinon à dépasser le Sommet mondial officiel sur le développement durable qui se tiendra à Johannesburg, en Afrique du sud, du 26 août au 4 septembre.

Les battements de tambour résonnèrent dans les locaux de la Haute commission sud-africaine, qui avait ouvert ses portes pour le lancement des programmes du Sommet non-officiel. C'était un avant-goût de la vague mondiale de tambourinage qui ira de Bali aux Amériques avec la sortie de la nouvelle lune, le 26 mai.

Le sommet de la terre des peuples a recours à des tam-tams plus que symboliques pour alerter les populations et amener les gouvernements à écouter. Les événements sont en train d'être organisés dans le monde entier pour faire adopter les préoccupations des peuples par les gouvernements.

Parmi ces événements, figure une caravane d'agriculteurs qui traversera 12 pays africains avant de se rendre à Johannesburg pour le sommet. Les communautés à Soweto, en Afrique du Sud, sont en train de bâtir une "montagne d'espoir" à partir des ordures.

Les enfants venant de toute l'Inde feront une exposition sur la biodiversité, et certains d'entre eux amèneront cette exposition à Johannesburg. Les enfants en Ethiopie rassembleront des exemples de biodiversité et les exposeront dans plusieurs villes.

Des centres régionaux de viabilité seront installés en Grande-Bretagne et seront suivis par une attraction d'un centre de théâtre et de musique en plein air au centre de Londres.

Le sommet "des peuples" est devenu "important parce que nous avons atteint un moment où les gouvernements ne sont pas réellement démocratiques et représentatifs des populations", a indiqué à IPS Liz Hosken, directrice de la Fondation Gaia, au lancement.

La Fondation Gaia a été capitale pour le lancement du sommet des peuples.

Gaia est un concept de Terre en tant que mère dans la mythologie grecque.

James Lovelock, un des pionniers de la fondation, a transformé le concept en une philosophie économique et environnementale.

"Les entreprises motivées par l'intérêt personnel forcent actuellement les gouvernements et exercent un chantage sur eux", a indiqué Hosken. Le sommet alternatif vise à montrer aux gouvernements et aux entreprises une force "des peuples" avec laquelle on doit compter et qui peut contrecarrer le pouvoir des entreprises. "L'initiative vise à "faire pression" sur les gouvernements afin de les amener à introduire une bonne pratique".

Le sommet des peuples n'est pas nécessairement un sommet des peuples pauvres. Il y a beaucoup d'activités qui se déroulent en Grande-Bretagne, par exemple. Une association des groupes de femmes en Grande-Bretagne a lancé plusieurs projets à la fin de l'Agenda 21, un document produit au Sommet de la terre à Rio il y a dix ans, pour spécifier les actions qui peuvent être menées pour protéger la terre.

"Nos membres étaient parmi les participants les plus actifs de l'Agenda 21 dans ce pays", a affirmé à IPS Tracy Sortwell, chargée des affaires publiques de la Fédération nationale des instituts de femmes. "Plus de 2.000 initiatives de développement durable ont été enregistrées par les membres de l'Institut des femmes entre 1999 et 2001", a-t-elle affirmé. Ils vont des "audits de paysage des côtes Suffolk aux cartes paroissiales, des vergers communautaires aux répertoires d'aliments locaux".

L'institut des femmes revendique actuellement un nombre d'adhérents s'élevant à un quart de million, qui s'est constitué selon l'Agenda 21.

"Notre message à la réunion des dirigeants du monde à Johannesburg est simple", a-t-elle dit. "Nous avons respecté notre part du marché conclu à Rio. Maintenant, vous devez vous prononcer sur le vôtre également".

De tels groupes à travers le monde entier organiseront dix jours "d'action créatrice" durant le sommet de Johannesburg. Mais les partisans du sommet envisagent de faire de ceci plus que des initiatives symboliques.

Le sommet de la terre des peuples essaie de mettre en place une "large coalition de divers groupes et individus de la société civile" dans chaque pays participant, selon une déclaration des organisateurs. Ces groupes auront pour but de s'occuper de 12 thèmes couvrant des domaines d'existence écologique et sociale". Chaque thème sera le centre d'intérêt pendant un mois dans une année, et tout le programme se poursuivra pendant les dix prochaines années", a indiqué un porte-parole du sommet.

Plusieurs pays se focaliseront sur la question des brevets, a indiqué à IPS Vandana Shiva, directrice de la Fondation pour la recherche en Inde. Ces initiatives visent à relever le défi du "paradigme dominant selon lequel la mondialisation résoudra tout cela, et que les entreprises entreront en possession de tout cela", a déclaré Shiva.

Les entreprises essaient de protéger, par un brevet, l'eau privatisée "et même l'atmosphère en refusant de réduire les émissions", a-t-elle affirmé.

Les gens doivent prendre des initiatives musclées contre le "vol ultime de la base de la vie elle-même" par les entreprises.

Tony Juniper, directeur nommé des Amis de la terre internationale a dit à la réunion que les gens n'avaient aucun autre choix que celui de prendre les affaires en mains. "Etant donné que les gouvernements ont failli aux promesses faites, il est temps pour nous de jouer un rôle", a-t-il indiqué.

"Il est temps pour nous d'opérer le changement, et si nous ne le faisons pas, rien ne changera".