POLITIQUE-SENEGAL: Les femmes représenteront 30 pour cent des candidats de13 partis aux élections locales

DAKAR, 15 avr (IPS) – Les femmes représenteront 30 pour cent des candidats de treize partis politiques sénégalais lors des élections locales prévues le 12 mai prochain pour élire quelque 600 conseillers régionaux, municipaux et ruraux.

Dans un texte qu'ils ont signé récemment à Dakar, la capitale sénégalaise, les 13 partis politiques soulignent que "le renforcement de la démocratie dans les collectivités locales nécessite l'investiture massive des femmes sur les listes de candidatures et à des postes d'éligibilité". Ce document a été signé au terme d'un forum sur le thème "Partis politiques, gouvernance locale et participation féminine, stratégie pour les élections locales de 2002".

Pour les signataires dont l'initiative est soutenue par le National Democratic Institut (NDI), une fondation américaine, "la promotion des candidatures féminines aux prochaines élections locales participe de la responsabilité, de l'équité et de la justice sociale".

La décision est bien accueillie dans le milieu des organisations de femmes qui s'en félicitent. "C'est une excellente chose et cela montre que les mentalités commencent à changer au sein des parties politiques où les femmes ont toujours été marginalisées", souligne Aïssatou Ndiaye, une des responsables du Conseil sénégalais des femmes (CSF). Un sentiment bien partagé par la présidente du Réseau Siggil Jigeen (RSJ) qui regroupe une trentaine d'organisations non gouvernementales (ONG) de femmes. "C'est une victoire pour les femmes et nous ne pouvons que la saluer et nous en réjouir", indique Safiétou Diop.

Depuis 1996, les organisations féminines mènent une campagne de sensibilisation pour une plus grande responsabilisation des femmes au sein des partis politiques et leur accès aux cercles de prise de décisions. Leur objectif est d'obtenir au moins le taux de 30 pour cent de femmes sur les listes des candidats des formations politiques pendant les différentes élections organisées au Sénégal.

En avril 2001, cinq organisations de femmes dont le CSF et le RSJ s'étaient regroupées pour promouvoir et soutenir les candidatures féminines lors des élections législatives. Leur appel a été entendu par les principaux partis politiques qui ont inscrit un nombre important de femmes sur leurs listes de candidats. Elles représentaient 33 pour cent des candidats de la Coalition "Sopi" formée d'une vingtaine de partis de la mouvance présidentielle, 30 pour cent des candidats de l'Alliance des forces du progrès (AFP) de l'ancien Premier ministre Moustapha Niasse, et 64 pour cent des candidats du Parti pour la renaissance africaine (PARENA), première formation politique au Sénégal, dirigée par une femme, Mariame Ly Wane, candidate malheureuse à l'élection présidentielle de février 2000. Au finish, 36 femmes ont été élues pour siéger à l'Assemblée nationale dont le nombre de députés a été ramené de 140 à 120. Les femmes gagnent ainsi 15 sièges par rapport à la dernière législature. Comme cerise sur le gâteau, le président Abdoulaye Wade nomme, en mai 2001, une femme, Mame Madior Boye, au poste de Premier ministre pour remplacer Niasse démissionnaire. C'est la première fois qu'une femme accède à ce niveau de responsabilité politique depuis l'indépendance du Sénégal, en 1960.

Les ONG féminines se battent pour une meilleure représentativité des femmes qui constituent 52 pour cent de la population sénégalaise estimée à environ 10 millions d'habitants. "Notre stratégie consiste d'abord à obtenir une masse critique de femmes dans les directions des partis politiques et dans les centres de décisions, notamment à l'Assemblée nationale et au sein du gouvernement", explique la présidente du RSJ. "Les femmes représentent la majorité de l'électorat (51 pour cent, selon les chiffres officiels) et elles votent massivement lors des élections, par conséquent, nous pensons qu'il n'y a pas de raison qu'elles soient marginalisées par les partis politiques et dans les cercles de prise de décisions", ajoute Diop.

Dans leur bataille pour une meilleure prise en compte des femmes au sein des instances de prise de décisions, les ONG de femmes rejettent toute idée de quota, une politique qu'elles soupçonnent d'être l'option des partis politiques.

"Nous ne sommes pas pour les quotas, mais pour la parité. Les femmes sont majoritaires dans les partis politiques, mais elles sont minoritaires dans les instances de prise de décisions, ce qui pose un problème de démocratie.

On ne peut pas nous convaincre qu'il n'y a pas dans notre pays suffisamment de femmes qui ont la compétence d'être ministres, députés ou d'occuper tout autre poste de responsabilité", soutient la journaliste Diatou Cissé engagée dans le combat pour la promotion des femmes. Une idée que partage la députée Seynabou Diallo Ka. "Personnellement, je rejette toute idée de quota pour les femmes. Accepter les quotas, c'est accepter de rester à la merci des hommes. Nous ne mendions rien, nous réclamons simplement le respect des règles démocratiques. Du moment que les femmes constituent la majorité de la population et de l'électorat du pays, nous ne pouvons pas accepter qu'elles soient reléguées au second plan et confinées à des tâches subalternes", déclare-t-elle.

Ka dénonce également les man?uvres politiques des hommes. "Nous avons remarqué qu'à la veille des campagnes électorales, les partis politiques s'engagent à inscrire des femmes sur leurs listes électorales pour mieux capter l'électorat féminin, mais quand il s'agit de choisir les personnes devant siéger dans leurs instances de décisions, les partis oublient les femmes".