BRAZZAVILLE, 13 avr (IPS) – L'exode de milliers de civils, provoqué par les affrontements opposant, depuis le 29 mars, les troupes gouvernementales aux miliciens ninjas dans les localités de l'ouest du Pool, au sud de Brazzaville, pourrait entraîner un nouveau drame humanitaire au Congo.
La poursuite de l'exode risque, si les combats ne cessent pas, de se transformer en une catastrophe humanitaire semblable à celle que la même région avait déjà connue lors de la guerre civile de 1998-1999.
"A ce jour, plus de 15.000 déplacés du Pool ont été accueillis dans les sites aménagés pour la circonstance", a déclaré à IPS le chef de l'organisation humanitaire française Médecins sans frontières (MSF) à Brazzaville, la capitale congolaise, Philippe Cachet. Des personnes déplacées, qui ont fui les zones de combats, sont également arrivées dans les localités de Zanaga et de Loutété situées dans les régions de la Lékoumou et de la Bouenza, voisines du Pool.
Selon le coordinateur du système des Nations unies au Congo, William Paton, des sites ont été ouverts dans ces trois régions. Ces sites se trouvent à Kinkala, chef-lieu du Pool, à 75 kilomètres de Brazzaville, Kimba et Kindamba, théâtres des affrontements plus à l'ouest, Kingoué dans la Bouenza, Zanaga dans la Lékoumou, à la frontière gabonaise et à Djambala dans les Plateaux au nord-ouest.
"Il y a à peu près entre 3.000 et 3.500 déplacés à Kinkala. Dans les autres sites, on n'a pas encore le nombre total, mais à Djambala il y aurait 10.000 déplacés", indique Paton.
"Les informations qui nous parviennent sur l'aggravation de la situation, sont inquiétantes. Mais comme les déplacés n'ont pas de nourriture et que les conditions d'hygiène dans les sites ne sont pas bonnes, il faut que l'aide leur parvienne au plus vite", souligne-t-il.
A Kinkala encore épargnée par les combats, les déplacés sont confrontés au manque de médicaments et de produits alimentaires. L'hôpital local a été déserté par le personnel qui a fui pour des raisons de sécurité. Le marché n'est plus approvisionné suite à l'interruption du trafic routier avec Brazzaville.
La région du Pool semble bien coupée du reste du pays. Les transporteurs routiers, craignant pour leur vie, ne desservent plus la zone. Nombre d'entre eux, redoutant une éventuelle extension de l'escalade armée dans cette partie du Pool, évitent aussi de s'y rendre.
L'absence de transport en commun a obligé certains habitants à parcourir à pieds de longues distances pour gagner la capitale.
"En raison du mauvais état des routes, l'accès est extrêmement difficile dans la région pour venir en aide aux déplacés, comme il se doit. A Kinkala, pour le moment, il n'y a pas de problèmes spécifiques de santé, mais si la situation perdure, nous aurons à faire face aux cas de diarrhées, de paludisme et d'épidémies", affirme Cachet de MSF. Des axes routiers ont été identifiés pour acheminer l'aide aux déplacés : Brazzaville-Kinkala-Boko, Djambala-Zanaga et Kingoué-Loutété pour les déplacés établis à Kimba dans le Pool.
"L'accès à tous ces axes dépend des conditions de sécurité", reconnaît le coordinateur du système des Nations.
Toutefois, MSF, qui a déjà installé à Kinkala un poste de santé fonctionnel et le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) ont envoyé sur place des équipes pour se rendre compte de la situation humanitaire sur le terrain, selon un communiqué de presse diffusé vendredi à Brazzaville.
Après avoir évalué la situation humanitaire, l'équipe du CICR a apporté une assistance médicale et sanitaire aux déplacés. Le CICR, qui dispose d'un bureau là-bas depuis 1999, prend en charge 6.000 personnes. A ce jour, trois principaux sites ont été recensés. Le premier, qui se trouve dans une école, héberge 904 familles, soit 4.520 personnes, le second avec 230 familles, soit 1.150 personnes et le troisième avec 60 familles regroupant 300 personnes.
En outre, le CICR entreprend actuellement la construction de latrines et de douches, tout en améliorant et en équipant celles qui existaient pour prévenir les maladies liées au manque d'hygiène.
En revanche, les besoins alimentaires commencent à se faire sentir et le CICR s'est adressé au Programme alimentaire mondial (PAM) pour faire évaluer la situation dans ce domaine.
Avec l'arrivée des populations du Pool à Kinkala et dans les quartiers sud de Brazzaville et compte tenu de la situation précaire dans les quartiers de la capitale, le CICR fait une évaluation quotidienne en vue de planifier une éventuelle assistance.
Par ailleurs, plus de 450 familles déplacées sont arrivées depuis le 6 avril à Djambala. Ces populations sinistrées, qui viennent des localités de Mouyali et Mankou, ont été reparties par les autorités de la ville sur plusieurs sites. Elles font face à de nombreuses difficultés, notamment le manque de nourriture, de soins, de médicaments de première nécessité, de logements et de moustiquaires.
Face à l'exode croissant, le gouvernement congolais a lancé un appel à l'aide humanitaire internationale en faveur des déplacés.
En 1998, une catastrophe humanitaire d'une grande ampleur s'était produite dans le Pool. La malnutrition, généralement très répandue dans cette région, s'était aggravée. Elle avait essentiellement touché des personnes vulnérables : enfants, femmes enceintes et vieillards.

