POLITIQUE-RD CONGO: Les négociations de paix prorogées d'une semaine

SUN CITY, Afrique du Sud, 15 avr (IPS) – Les pourparlers visant à mettre fin à la guerre en République démocratique du Congo (RDC) ont été prorogés d'une semaine, comme les efforts de dernière minute, déployés par le président sud-africain, Thabo Mbeki, pour négocier un accord de paix, commencent à montrer des signes d'espoir.

Le gouvernement sud-africain accueille actuellement les pourparlers visant à faire cesser la guerre qui a éclaté en RDC en 1998.

Le conflit a drainé des troupes d'au moins six pays voisins et implique jusqu'à 10 mouvements rebelles. Les combats ont fait environ 2,5 millions de morts et déplacé plus de 1,3 million de personnes, selon les Nations unies.

Environ 350 délégués représentant le gouvernement de la RDC, les mouvements rebelles, les partis politiques de l'opposition et la société civile, se réunissent dans la ville touristique sud-africaine, Sun City, depuis ces 45 derniers jours, pour tenter de trouver un moyen de mettre fin au conflit dans leur pays, bâtir une stabilité politique et relancer l'économie.

Les pourparlers ont trébuché d'une crise à l'autre et peu de signes laissaient espérer que les délégués parviendraient à un accord avant la date limite du 15 avril, fixée par eux-mêmes.

L'une des principales pierres d'achoppement a été l'insistance du gouvernement de la RDC pour que son président, Joseph Kabila, reste au pouvoir – en qualité de chef du gouvernement de transition – jusqu'à ce que les élections proprement dites puissent avoir lieu. La plupart des mouvements rebelles ont rejeté cette proposition, bien que un ou deux des plus petits groupes de l'opposition aient indiqué qu'ils pouvaient s'accommoder de l'arrangement.

Lorsque les pourparlers ont semblé devoir s'achever par un échec, Mbeki a entrepris une série de discussions avec les délégués pour tenter de trouver une issue à l'impasse.

Le président sud-africain est décidé à trouver un moyen de mettre un terme à l'un des conflits les plus sanglants d'Afrique, comme le Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD) dépend pour beaucoup de la capacité des dirigeants africains à mettre fin aux conflits sur le continent.

Mbeki est l'un des principaux artisans du NEPAD – un programme visant à donner un coup de fouet au développement économique et social en Afrique.

Selon le programme, les dirigeants africains s'engageront à faire cesser les conflits, à bâtir une stabilité politique sur le continent en échange d'accords de commerce et d'aide de la part des pays riches.

Le gouvernement sud-africain a proposé que Kabila reste le chef d'un gouvernement intérimaire en RDC. Il aurait deux vice-présidents qui seront membres d'un Conseil suprême d'Etat pendant la phase transitoire de deux ans et demi.

Les leaders des deux principaux groupes rebelles, Adolphe Onusumba du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD) et Jean-Pierre Bemba du Mouvement de libération du Congo (MLC), ont été pressentis à ces postes. La proposition prévoit également un ministère de la réconciliation nationale dirigé par le Premier ministre qui sera issu de l'un des groupes de l'opposition non impliqués dans le conflit armé.

L'Afrique du Sud encourage souvent un gouvernement d'union nationale comme un moyen de résoudre les conflits civils en Afrique, en raison de sa propre expérience heureuse avec le mécanisme. Bien que le Congrès national africain (ANC) domine le gouvernement du pays, ce dernier comprend des représentants des partis de l'opposition.

On reconnaît au gouvernement d'union nationale de l'Afrique du Sud d'avoir contribué à vite bâtir une stabilité politique dans le pays après la chute de l'apartheid.

Les mouvements rebelles de la RDC n'ont pas accepté la proposition sud-africaine, mais ils ne l'ont pas non plus rejetée d'emblée – imposant ainsi une prorogation des pourparlers au-delà de la date limite. Tandis que les mouvements rebelles accueillaient favorablement la prorogation, le gouvernement a soulevé des objections, même s'il n'a pas quitté la table des négociations.

Le facilitateur officiel du dialogue inter-congolais à Sun City, l'ancien président du Botswana, Ketumile Masire, affirme qu'il est confiant et optimiste du fait qu'une solution au conflit sera trouvée dans les sept prochains jours.

Les délégués sont déjà parvenus à des accords sur l'intégration des différentes forces armées – s'affrontant dans le conflit – dans une armée nationale unique ainsi que sur des programmes de développement économique et social destinés à reconstruire le pays.

Masire fait remarquer aussi que les Etats de la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC), qui ont déployé des troupes de divers côtés dans le conflit en RDC, ont convenu de se retirer du pays une fois qu'un règlement aura été obtenu.

Au moins six pays, dont le Zimbabwe, le Rwanda, l'Angola et l'Ouganda, ont été entraînés dans la guerre pour des intérêts politiques et économiques.

Néanmoins, des analystes sont préoccupés car bien que les dirigeants des pays de la SADC impliqués dans le conflit de la RDC aient pris l'engagement de se retirer, ils ne se sont pas engagés pour ce qui concerne les conditions et les dates limites.

Mais pour le moment, ceux qui prennent part aux pourparlers de paix semblent avoir un peu plus de temps – et de volonté politique – pour résoudre leurs problèmes.