LUSAKA, 11 avr (IPS) – La mort du chef militaire rebelle Jonas Savimbi en février a peut-être rallumé des espoirs au plan international pour une fin du conflit sanglant de l'Angola, mais les principales victimes de la guerre de 27 ans ont peu de raisons de se réjouir pour l'instant, estiment des analystes politiques.
Selon des officiels aussi bien des Nations unies que du gouvernement zambien, les populations rurales des deux côtés de la frontière continuent de subir les conséquences de la guerre prolongée au moment même où des discussions de rapprochement entre le gouvernement angolais et le mouvement rebelle, l'Union nationale pour l'indépendance totale de l'Angola (UNITA), tendent vers un accord de paix.
Le Haut commissariat des Nations pour les réfugiés (HCR) a indiqué cette semaine à IPS que la mort de Savimbi survenue dans un échange de coups de feu – et les discussions de rapprochement qui ont suivi son décès – n'avaient pas apporté un changement perceptible dans la vie tumultueuse des Angolais ruraux et leurs semblables zambiens de l'autre côté de la frontière.
"Il n'y a pas eu de changement perceptible dans l'afflux des réfugiés angolais en Zambie. En fait, bon nombre des réfugiés que nous recevons, qui ont passé une longue période dans la brousse, affirment ne pas réaliser encore que Savimbi est mort", souligne un porte-parole du HCR à Lusaka, Kelvin Shimo.
Le gouvernement angolais a cessé ses attaques contre l'UNITA le 14 mars – à peine trois semaines après que Savimbi a été tué – et des délégations militaires des deux parties ont tenu leur première série de discussions officielles une journée après.
Les deux parties sont parvenues à un accord de cessez-le-feu dans la capitale provinciale angolaise de Luena il y a deux semaines. L'accord a été officiellement signé dans la capitale du pays, Luanda, le 4 avril.
Selon Shimo, malgré les démarches vers la paix, le problème des réfugiés angolais persistera probablement dans un avenir prévisible : "Nous ne nous attendons pas à ce que les conditions soient réunies pour le rapatriement des réfugiés angolais dans un avenir proche".
La Zambie abrite environ 222.000 réfugiés angolais et 700 autres traversent la frontière par les provinces du nord et du nord-ouest du pays chaque mois, selon le HCR.
Les villageois du nord et de l'ouest de la Zambie continuent de subir les conséquences de la guerre comme les troupes du gouvernement angolais ainsi que celles de l'UNITA lancent des attaques sporadiques contre les villages situés du côté zambien de la frontière. Par plus tard que la semaine dernière, des rebelles de l'UNITA auraient, dit-on, enlevé trois femmes dans un village de la province du nord-ouest.
La série de raids transfrontaliers a atteint le comble vers la fin de l'année 2001, lorsque des gens soupçonnés d'être des militaires du gouvernement angolais ont enlevé au moins 140 Zambiens et en ont tué sept près de la frontière de l'ouest, dans une série d'incursions. Les soldats en maraude ont déplacé des centaines de gens et d'autres institutions telles que les écoles de la province ont été forcées de fermer pour des raisons de sécurité.
La Zambie, avec une population autochtone de près de 10,3 millions d'habitants, abrite également quelque 60.000 réfugiés de la République démocratique du Congo (RDC), et le nombre continue d'augmenter, comme davantage de Congolais fuient la guerre dans leur pays.
Les efforts déployés par la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC) composée de 14 pays pour mettre fin à la guerre du Congo, qui a éclaté après que Laurent-Désiré Kabila a évincé le dictateur Mobutu Sese Seko en 1997, se sont révélés jusqu'ici vains.
L'assassinat de Kabila, qui était généralement considéré comme le principal obstacle à un accord de paix en RDC, a fait naître l'espoir, l'année dernière, que l'accord de paix signé à Lusaka au milieu de l'année 1999, serait finalement mis en œuvre.
Toutefois, la guerre du Congo a persisté et avec elle, un afflux continu de réfugiés congolais en Zambie et dans d'autres Etats voisins.
"Il continue d'y avoir un petit nombre constant de réfugiés de la RDC, avec environ 30 traversant la frontière chaque semaine", déclare Shimo.
Le gouvernement zambien a exprimé de graves préoccupations à propos du nombre croissant de réfugiés dans le pays à un moment où l'aide internationale pour supporter la population des réfugiés est en train de diminuer.
Les chefs de communautés vivant le long des zones frontalières ont aussi exprimé des inquiétudes concernant les désagréments que continuent de subir les nationaux comme conséquences de la politique de "porte ouverte aux réfugiés" du gouvernement.
Leurs préoccupations ont augmenté avec les bruits qui courent sur un accès de choléra et de dysenterie chez 2.000 nouveaux réfugiés venus du Congo la semaine dernière. "Les afflux et les conflits incessants ainsi que les ressources limitées aggravent davantage le problème, notamment à cause de l'économie défaillante de la Zambie", a déclaré récemment le ministre de l'Intérieur, Lackson Mapushi. "La simple présence des réfugiés a eu un impact sur la sécurité, l'économie, le secteur social et l'environnement".

