MEDIA-RD CONGO: En un mois et demi d'activité, Radio Okapi a crevé l'audimat

KINSHASA, 10 avr (IPS) – La radio créée à Kinshasa – Radio Okapi – par la Mission d'observation des Nations unies au Congo (MONUC) pour accompagner son action de restauration de la paix en République démocratique du Congo (RDC) est en train d'emballer la plupart des auditeurs du pays.

Les premières émissions de cette radio ont démarré le 25 février, le jour-même où reprenait le Dialogue inter-congolais à Sun City, en Afrique du Sud. Mais, un mois et demi après, "Radio Okapi a surclassé toutes les autres radios congolaises en termes d'audimat", selon David Smith, chef du projet de cette radio. "Il existe beaucoup de radios tout à fait efficaces, mais qui ne peuvent pas fonctionner sur toute l'étendue du territoire congolais. C'est la différence majeure d'avec Radio Okapi qui, à chacune de ses éditions d'informations, donne la température de chaque coin de la République démocratique du Congo. "De Kinshasa, nous appelons n'importe laquelle de nos stations provinciales et recueillons les informations. C'est ainsi que nos auditeurs peuvent suivre l'actualité de Goma au Nord-Kivu, de Kalemie au Katanga, de Kisangani ou de Gbadolite dans l'Equateur, toutes ces villes se trouvant hors du contrôle du gouvernement de Kinshasa. "En retour, ces stations peuvent nous capter en direct et faire participer, en direct, les journalistes des provinces aux rencontres entre les différentes autorités de la MONUC", explique Smith.

Pour le directeur du projet, "c'est une radio qui est créée pour contrer la guerre en République démocratique du Congo. Et Radio Okapi tente le pari", affirme Smith à IPS, ajoutant que "la parole est plus forte que n'importe quelle arme de guerre".

A Kinshasa, la capitale, Radio Okapi est installée dans le quartier général de la MONUC, mais ses équipements ont été financés par la Fondation Hirondelle, une organisation d'aide suisse qui travaille en partenariat avec l'ONU dans son action de recherche de la paix. Les journalistes et tout le personnel d'exploitation sont des Congolais. La Fondation Hirondelle a déjà créé d'autres radios similaires dans d'autres zones de tension en Afrique, notamment en Sierra Leone, en Ethiopie, au Rwanda et tout dernièrement en République centrafricaine, mais aussi au Kossovo, en Europe centrale. Radio Okapi est la dernière de la série. "Radio Okapi se veut une radio de la paix, qui prêche les droits de l'Homme et la convivialité des peuples", déclare Smith. "Nous avons choisi la radio parce que c'est le meilleur média pour atteindre le plus grand nombre de personnes, plus efficacement et à meilleur marché. Si on veut livrer un message de paix, c'est la meilleure façon de le faire, surtout pour un si vaste pays qu'est la RDC". Selon Smith, "la radio est un média puissant et à double tranchant car autant elle peut livrer un message de paix, elle peut également pousser des populations au carnage. C'est le cas de la célèbre Radio Télévision des Mille Collines qui a entraîné les populations rwandaises dans un cycle infernal de tueries, en 1994". Smith souhaite justement que sa radio se démarque de la radio rwandaise et marque la différence.

Radio Okapi a dépêché quatre envoyés spéciaux pour couvrir le Dialogue inter-congolais à Sun City. Ces reporters interviennent dans les journaux parlés, chacun dans l'une des quatre langues nationales congolaises que sont le Swahili, le Lingala, le Tshiluba et le Kikongo, en plus du Français. "Le souci de Radio Okapi est d'atteindre le plus de Congolais possible en cassant les barrières linguistiques", explique Smith. Kaninda Mulolo est taximan et passe sa journée dans sa voiture. Il fait partie de ces nombreux Congolais qui n'ont pas fréquenté l'école longtemps et qui ne maîtrisent pas suffisamment la langue française. "Dès que je prends mon service le matin, confie-t-il, je me branche sur Radio Okapi pour suivre, en Tshiluba tout ce qui se passe à Sun City". "Je préfère écouter la version Radio Okapi des événements car je suis sûr de suivre les déclarations politiques de toutes les tendances alors que la radio nationale ne donne que la version gouvernementale des travaux. En plus, je me sens plus rapproché de mes parents qui se trouvent à Kalemie", souligne-t-il.

Pour Kaswa Longwa qui écoute cette radio en Swahili, "Radio Okapi est ma meilleure radio pour le moment, ne fut-ce que pour la diversité de ses informations en provenance des provinces. Elle fait un savant dosage entre la musique et les émissions d'informations. Cependant, je trouve que ses journalistes se cantonnent trop dans un langage impersonnel. J'aurais préféré qu'ils y mettent du leur et commentent les événements plus en profondeur". Une autre spécialité de Radio Okapi, c'est la diffusion en direct des conférences de presse hebdomadaires du patron de la MONUC en RDC, le représentant spécial du secrétaire général de l'ONU, Amos Namanga Ngongi.

Pour lui, "c'est le meilleur moyen d'expliquer à tout le monde, et au même moment, l'action de la MONUC en RDC". Les journalistes habitant les provinces ont ainsi l'occasion de poser des questions au représentant des Nations unies à Kinshasa et de recevoir, en direct, les réponses à leurs préoccupations.

La radio de l'ONU a pris comme nom et totem, l'okapi, un animal rare et protégé de la faune congolaise. Selon Smith, "l'okapi a été choisi pour son naturel paisible et non conflictuel".