POLITIQUE-MALI: L'unique femme candidate à l'élection présidentielle estéliminée pour manque de caution

BAMAKO, 10 avr (IPS) – La candidature de Hawa Sidibé Sanogo, la seule femme sur les 25 candidats à l'élection présidentielle du 28 avril au Mali, a été rejetée par la Cour constitutionnelle pour non-paiement de la caution de 5 millions de francs CFA (environ 7.142,8 dollars US).

La nouvelle est tombée comme un couperet vendredi à Bamako, la capitale malienne, lorsque la Cour constitutionnelle a publié la liste des 24 candidats – tous des hommes – retenus pour la course à la magistrature suprême. Le paiement d'une caution de 5 millions de FCFA, dans le dossier de candidature, est une exigence prévue à l'article 135 de la loi électorale malienne.

Hawa Sanogo a été la première personnalité à déclarer sa candidature depuis mai 2001. Elle a été aussi la première à faire déposer son dossier par son mari à la Cour constitutionnelle le 14 mars 2002. Dès l'annonce du rejet de sa candidature, la question qui brûlait presque toutes les lèvres au Mali était de savoir pourquoi elle n'a pas pu réunir le montant de sa caution pendant tout ce temps.

En fait, comme beaucoup d'autres Maliens, elle-même a été surprise par son élimination. Selon ses proches, quand elle a appris la nouvelle, elle a piqué, sur le coup, une crise cardiaque et a été admise aux urgences à l'hôpital Gabriel Touré de Bamako où elle a subi des soins intensifs pendant 48 heures.

La nouvelle de son élimination a fait le tour de la capitale et du pays peu après la décision des neuf sages de la Cour constitutionnelle car elle a été retransmise en direct à la télévision nationale. Et c'est la seule candidature à être rejetée sur les 25 présentées. Dès qu'elles ont appris la nouvelle, Afsatou Diarra Thierro, ministre de la Promotion de la Femme, de l'Enfant et de la Famille, et Oumou Touré Traoré, responsable de la Coordination des associations et organisations non gouvernementales (ONG) féminines du Mali (CAFO), ont pris contact avec la famille de Hawa Sanogo. Les deux dames ont ensuite alerté le gouvernement pour trouver une issue au problème du rejet de la seule candidature féminine. Mais c'est plus tard à l'hôpital – où Hawa Sanogo était admise – que les deux femmes ont appris la raison du rejet de sa candidature : elle a été trahie par son mari.

Selon son conseiller à la communication, Walla Traoré, Hawa Sanogo avait remis le montant de la caution et le dossier de sa candidature à son mari pour régler les dernières formalités et déposer le dossier complet. Le mari ne l'aurait pas fait et n'a pas encore expliqué les raisons de son acte.

Ayant une confiance aveugle en son conjoint, Hawa Sanogo n'a même pas jugé nécessaire de vérifier s'il l'avait déposé son dossier avec la caution. Et c'est cette désagréable surprise qui lui a fait piquer une crise cardiaque.

Au moment où elle recevait la visite du correspondant de IPS à domicile lundi, elle arrivait à peine à retrouver ses esprits. La visite a été brève.

Résignée, elle a seulement déclaré : "Je m'en remets à Dieu… mais je ne baisserai pas les bras".

Pendant ce temps, sa cour ne désemplit pas de monde. Les femmes viennent de tous les quartiers de Bamako pour lui exprimer leur soutien.

Juste après le verdict de la Cour constitutionnelle, la Coordination des associations et ONG féminines du Mali et le ministère en chargé de la Promotion de la Femme ont commis un avocat pour voir dans quelle mesure la cour pouvait revenir sur sa décision. Mais c'était trop tard, les décisions de la Cour étant irrévocables.

Le rejet de la candidature de Hawa Sanogo a fait l'objet aussi de commentaires divers en fonction des milieux et des tendances politiques des citoyens maliens. Certains étaient indignés, pendant que d'autres n'ont pas caché leur satisfaction.

"Pour la première fois, les femmes étaient solidaires… pour dénoncer ensemble le rejet de la seule candidature féminine", affirme la ministre de la Promotion de la Femme, de l'Enfant et de la Famille. "Même le président de la République, Alpha Oumar Konaré, nous a exprimé son indignation", ajoute Thierro.

Pour la coordinatrice de la CAFO, "les neuf sages de la Cour constitutionnelle n'ont pas été sages. Ils auraient pu l'avertir à temps que son dossier était incomplet", poursuit Traoré.

Les autres candidats retenus pour l'élection présidentielle ont exprimé des réactions mitigées. Mandé Sidibé, ancien Premier ministre et candidat, a déploré le rejet de la candidature de Hawa Sanogo.

Mamadou dit Maribatrou Diaby trouve le rejet "comme une leçon devant servir à toutes les autres femmes. Elles doivent plutôt s'occuper de leurs casseroles". L'homme de la rue raisonne, dans l'ensemble, comme Diaby en raison des pesanteurs sociales et culturelles des traditions africaines qui écartent d'emblée la femme de l'exercice de fonctions politiques. Cependant, bien qu'étant considérée comme une victime des traditionnels obstacles à l'exercice de la citoyenneté, Hawa Saonogo bénéficie d'une côte de popularité dans le pays. Et les femmes, à travers leurs différentes associations, entendent continuer à la soutenir aux prochaines élections législatives. Elles organiseront, samedi prochain à Bamako, un grand meeting de soutien pour elle.

Après l'élimination de l'unique candidature féminine, il reste 24 candidats en lice pour le scrutin présidentiel du 28 avril. Ce grand nombre constitue aussi une première au Mali. Mais dans le lot, trois candidats partent favoris : l'ancien président de la période de transition (1991-1992) Amadou Toumani Touré (ATT), l'ancien Premier ministre Ibrahim Boubacar Keita, et le candidat du parti au pouvoir, Soumaila Cissé.