POLITIQUE: Le Premier ministre canadien visite sept pays africains

ABUJA, Nigeria, 9 avr (IPS) – Le Premier ministre canadien, Jean Chrétien, a entrepris une visite de sept pays africains dans la perspective du sommet du G-8 prévu à Kananaskis, Alberta, au Canada, les 26 et 27 juin.

Du Nigeria où il est arrivé vendredi, Chrétien – qui est le président en exercice du G-8 – se rendra au Sénégal, en Afrique du Sud, au Maroc, en Algérie, au Mozambique et en Ethiopie.

Il rencontrera également les représentants de la société civile, y compris des jeunes, engagés dans le développement, ainsi que des représentants de l'Union africaine (UA) et de la Commission économique des Nations unies pour l'Afrique (CEA).

L'Afrique sera le principal centre d'intérêt du sommet de juin du Groupe des huit (G-8) pays les plus industrialisés, selon une déclaration de presse remise à IPS à Abuja, la capitale du Nigeria.

Le G-8 comprend le Canada, le Japon, la Grande-Bretagne, la France, les Etats-Unis, l'Allemagne, l'Italie et la Russie.

L'année dernière à Gênes, en Italie, les dirigeants du G-8 ont convenu d'élaborer un Plan d'action pour l'Afrique prévu pour être adopté à Kananaskis, qui appuierait l'unique proposition – le Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD) – avancée par les dirigeants africains pour la rénovation de leur continent.

Le NEPAD a été établi dans le but de relever les défis sociaux, politiques et économiques auxquels sont confrontés les Africains, et approuvé par les 53 membres de l'Organisation de l'unité africaine (OUA), actuellement rebaptisée Union africaine (UA).

"En tant que président du G-8 cette année, je me suis engagé à consulter les Africains sur un Plan d'action du G-8 pour l'Afrique en vue de bâtir une paix et une sécurité durables, de renforcer la gouvernance démocratique, de faire face aux problèmes liés à la santé et à l'éducation, et de favoriser le commerce et l'investissement", indique Chrétien dans une déclaration rendue publique par l'ambassade du Canada à Abuja.

Selon lui, sa visite lui permettra de "bénéficier d'une meilleure compréhension des opportunités et des défis pour l'Afrique. Le continent est en marge de notre monde globalisé et risque de reculer. Nous devons contribuer à changer la situation." Prenant la parole à une brève conférence de presse conjointe avec le président Olusegun Obasanjo vendredi à Abuja, le Premier ministre canadien a déclaré : "Les membres du G-8 qui s'étaient réunis jusqu'ici sont contents du NEPAD".

"Il est très bien accueilli par tout le monde et l'engagement du monde à investir davantage en Afrique est une chose positive", ajoute-t-il.

"Malheureusement, l'Afrique ne s'est pas développée au cours des dix dernières années et si nous avons la bonne approche, l'Afrique aura une certaine participation positive dans la croissance économique du monde et dans le débat politique qui se poursuit".

"C'est dans l'intérêt des pays africains et des populations de créer un climat approprié pour l'investissement. Dans ma discussion avec le président (Obasanjo), nous avons parlé d'investissement. Je suis heureux que le président œuvre avec ses voisins pour créer quelques activités économiques qui entraîneront la croissance, par exemple, la canalisation du gaz naturel qui est abondant au Nigeria vers certains pays d'Afrique de l'ouest afin d'aider ces pays pour une croissance économique", souligne Chrétien.

Les deux dirigeants ont également effleuré la récente décision du Commonwealth – un club principalement composé d'anciennes colonies britanniques – consistant à imposer des sanctions au Zimbabwe accusé d'avoir mené une campagne violente pendant les élections controversées du pays, les 9 et 10 mars.

Chrétien a félicité Obasanjo d'avoir entrepris une campagne diplomatique pour exhorter le "président (Robert) Mugabe (du Zimbabwe) à incorporer dans son gouvernement des membres de l'opposition" dans le cadre du processus de réconciliation dans ce pays.

Le Canada, qui avait rompu les relations diplomatiques ave le Nigeria sous le règne du feu dictateur Sani Abacha, en 1997, a rétabli ces liens lorsque le général Abdulsalami Abubakar a entamé une véritable transition vers la démocratie. Il a fourni plus d'un million de dollars en guise d'assistance aux élections de 1998/99. Une partie de ce fonds a servi à fournir un manuel largement distribué aux responsables des élections.

Le Canada a également envoyé des experts dans le cadre d'une initiative du Commonwealth ainsi que des observateurs d'élections en coopération avec l'Union européenne.

En 1990, le Canada avait fait grâce au Nigeria de sa dette extérieure d'un montant total de 42,4 millions de dollars qu'il avait envers lui. Selon des analystes, le Canada demeure le seul pays à avoir annulé au Nigeria toute sa dette extérieure.

Le Canada a également soutenu les efforts de paix du Nigeria dans la sous-région ouest-africaine en contribuant pour environ un million de dollars à l'ECOMOG, la force militaire d'interposition dirigée par le Nigeria. L'aide du Canada au Nigeria au cours des dix dernières années s'élevait au total à plus de 30 millions de dollars.

Le Canada importe du pétrole brut et des graines de cacao, tandis que le Nigeria importe des céréales, des matériaux de construction ainsi que des pièces détachées de véhicules à moteur et de machines.

Bien que les importations du Canada aient chuté de 521 millions de dollars en 1993 à 305 millions de dollars après la rupture des relations diplomatiques en 1997, plus de 1.000 entreprises canadiennes opèrent actuellement au Nigeria.