OUAGADOUGOU, 6 avr (IPS) – Le Programme spécial pour la sécurité alimentaire (PSSA), lancé depuis sept ans au Burkina Faso, a permis aux paysans de résoudre un peu la question cruciale de l'eau dans ce pays sahélien de l'Afrique de l'ouest qui dépend beaucoup des aléas climatiques.
"Dans notre pays, la sécurité alimentaire va de pair avec la production végétale qui, elle, est soumise aux aléas climatiques et nous pensons qu'avec un minimum de maîtrise de l'eau, on peut produire suffisamment en saison sèche pour résoudre les problèmes de sécurité alimentaire", explique Célestin Belem, coordonnateur national du PSSA.
Le PSSA a mis l'accent sur la maîtrise de l'eau des bas-fonds en exploitant l'eau qui s'évapore en saison sèche. Ainsi, la petite irrigation a entraîné un changement de mentalité au Burkina où les paysans de 26 provinces, qui bénéficient de la phase pilote du PSSA, produisent trois fois par an grâce aux cultures de contre-saison. En raison de la rareté des pluies, les paysans ne produisaient qu'une seule fois par an.
"On ne peut pas travailler trois mois dans l'année et avoir assez de produits pour nourrir un peuple", souligne Belem.
Le programme spécial de sécurité alimentaire est une initiative du directeur général de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), Jacques Diouf, en faveur des pays pauvres à faible revenu et connaissant un déficit vivrier.
Au total 84 pour cent des 12 millions des habitants du Burkina, pays enclavé de 272.000 km2, vivent en milieu rural, essentiellement d'une agriculture qui dépend énormément des aléas climatiques.
La moitié des Burkinabè vit en dessous du seuil de pauvreté évalué à 72.000 francs CFA (environ 102 dollars US).
La maîtrise de l'eau de pluie des bas-fonds et l'introduction de nouvelles technologies dans la production des céréales ont permis d'accroître la production du riz de 50 pour cent, selon le PSSA. Dans certains des 50 sites que compte le projet, la production de riz est passée d'une tonne à l'hectare à 3,5 tonnes et de 3,5 à près de 6 tonnes à l'hectare pour le riz irrigué.
Le projet a permis d'introduire également la culture des céréales dans la petite irrigation qui était utilisée jusque-là pour la culture maraîchère.
"Pour les 3/4 du temps, les cultures maraîchères n'arrivent pas à se vendre alors qu'avec les céréales, on peut avoir un peu d'argent et contribuer à la sécurité alimentaire", écrit le PSSA dans un rapport.
Depuis 1995, la FAO a injecté par an 700.000 dollars US pour la mise en œuvre du programme. "Le programme a permis d'éliminer les contraintes les plus simples qui entravent l'adoption des technologies les plus adaptées", indique le coordonnateur du PSSA, affirmant que les actions menées présentement vont permettre à terme au pays de résoudre ses problèmes de sécurité alimentaire.
Les études du PSSA ont permis d'identifier 180.000 hectares de bas-fonds aménageables dans l'ouest du Burkina. Or jusque-là, seuls 6.000 hectares étaient aménagés.
"En exploitant les eaux résiduelles des bas-fonds, on a étendu nos activités vers les marres d'eau et des barrages en utilisant des moyens simples comme la pompe à pédale", explique Said Jebbour, technicien marocain appuyant le programme au Burkina.
L'introduction de la pompe à pédale par le PSSA permet aujourd'hui de réduire le coût de production à l'hectare du riz dans les bas-fonds, qui passe de 10 millions à un million de FCFA (d'environ 14.285,7 dollars US à 1.428,5 dollars US).
Au total 80 pompes sont fonctionnelles sur les sites actuellement. Ces pompes sont produites sur place par des artisans locaux.
"L'introduction de la pompe à pédale garantit un revenu aux paysans dans plusieurs villages qui travaillent maintenant pendant toute l'année", estime Jebbour.
"Sur le plan nutritionnel, on constate l'amélioration de la santé des enfants qui mangent beaucoup mieux compte tenu de la disponibilité des légumes pendant toute l'année", souligne-t-il.
L'introduction de la pompe à pédale permet également de faire gagner du temps au paysan, au moins cinq heures par jour, tout en lui évitant des efforts physiques supplémentaires, selon les techniciens du PSSA. "C'est un partenariat très intéressant car il nous propose des technologies nouvelles et des semences performantes et des engrais, et je pense que nos paysans vont améliorer leurs productions", se réjouit Jean Paré, chargé de suivi du programme dans le centre-ouest du Burkina.
Le riz et le maïs, qui sont les principales productions vivrières du pays ont été retenus au début du projet en 1995, avant l'introduction, plus tard, du niébé, du mil et du sorgho.
Les cultures maraîchères font partie du projet depuis 1997, tout comme l'élevage et les autres produits de la diversification tels que l'apiculture.
"Avec l'élevage, on constate qu'il y a une baisse de mortalité chez les animaux, et les productrices ont fait un bond dans leurs activités", constate Paré. Quelque 900 femmes bénéficient de la phase pilote du projet, notamment dans les secteurs de l'élevage des porcs, des bovins et de caprins, et de l'apiculture. Le projet compte également 5.693 hommes qui bénéficient de l'intervention du PSSA. Devant les succès de la phase pilote du PSSA, le gouvernement burkinabè a obtenu, grâce à l'appui de la FAO, des fonds de la Banque islamique de développement (BID), la Banque ouest-africaine de développement (BOAD) et la de Libye pour financer des projets de développement des produits de base dans les régions du plateau central et du nord désertique du pays, à travers la maîtrise de l'eau, l'intensification de la production végétale, le petit élevage et la lutte contre la dégradation des terres.
L'appui de la FAO permet au Burkina de s'approprier la technologie grâce à la coopération Sud-Sud préférée par la FAO et qui permet à ce pays de bénéficier de l'assistance de techniciens marocains. Une centaine de Marocains sont attendus pour appuyer les paysans burkinabè dans l'amélioration de leurs productions.
"Cette coopération bilatérale nous permet d'avoir une expertise qui coûte moins cher et elle est adaptée à nos réalités car ce sont des coopérants qui vivent nos réalités et qui peuvent vivre dans nos conditions de vie", souligne le coordonnateur du projet.

