POLITIQUE-ANGOLA: Signature d'un accord de paix pour mettre fin à 26 ans deguerre civile

LUANDA, 5 avr (IPS) – Six semaines après la mort de son leader, Jonas Savimbi, l'Union nationale pour l'indépendance totale de l'Angola (UNITA) a signé un accord de paix avec le gouvernement, dans le but de mettre un terme à une guerre civile de 26 ans qui a dévasté cet immense pays riche en pétrole et en diamant.

Le nouvel accord a été signé par le chef d'état-major de l'armée du gouvernement angolais, le général Armando da Cruz Neto et son homologue de l'UNITA, le général Abreu Muengo Ukwachitembo "Kamorteiro", jeudi à Luanda, dans le bâtiment de l'Assemblée nationale de l'Angola.

Jusqu'à 4.000 dignitaires, dont le président angolais, Jose Eduardo dos Santos et le leader "intérimaire" de l'UNITA, Paulo Lukamba "Gato", étaient présents.

Des chefs d'Etat et des représentants des pays voisins et des Nations unies ainsi que des émissaires des Etats-Unis, de la Russie et du Portugal étaient également présents.

Les trois derniers pays constituaient la "troïka" formée à l'origine pour observer l'accord de paix de Lusaka de 1994 qui est tombé à l'eau en 1998.

La cérémonie de Luanda, la capitale de l'Angola, s'est déroulée cinq jours après un accord préliminaire de cessez-le-feu signé par le général Kamorteiro et le commandant en chef adjoint, le général Geraldo Sachipengo Nunda à Luena, à 800 kilomètres à l'est de Luanda.

Tout au début de cette semaine, l'Assemblée nationale a voté une amnistie couvrant "tous les civils et militaires, angolais ou étrangers, qui ont commis des crimes contre la sécurité de l'Etat angolais" ainsi que "toute personne emprisonnée pendant la guerre".

L'accord de Luanda est le premier à avoir été signé par les deux parties sur le territoire angolais. En mai 1991, le président dos Santos a signé un accord avec le chef de l'UNITA d'alors, Savimbi à Bicesse au Portugal, mettant fin à plus de 16 ans de guerre civile.

Après l'échec de l'accord de Bicesse et un retour au conflit, les Nations unies ont finalement négocié un nouvel accord de paix dans la capitale zambienne, Lusaka, en novembre 1994. Après de nombreux atermoiements dans la mise en œuvre de l'accord de Lusaka, les combats ont repris en Angola en 1998.

Le général Gato a insisté pour dire que l'UNITA n'était pas en train de se rendre, déclarant aux journalistes à Luanda : "Nous ne sommes pas parvenus à l'accord comme notre unique alternative, nous n'y sommes pas parvenus avec le couteau dans le dos".

Mais ces dernières semaines semblent avoir sérieusement ébranlé l'UNITA. La première annonce de la mort de Savimbi a été accueillie avec un choc, la colère et la promesse de poursuivre les combats. Depuis lors, il y a de plus en plus la preuve d'un manque de coordination aux échelons les plus élevés du mouvement.

"L'aile extérieure" de l'UNITA, formée par des représentants tels que Carlos Morgado (Lisbonne), Isaias Samakuva (Paris) et Jardo Muekalia (Etats-Unis), a publié plusieurs communiqués. Mais ses relations avec les commandants sur le terrain, dont Kamorteiro et Gato, n'ont pas été claires, avec des communications de plus en plus difficiles.

L'UNITA, qui dispose d'une armée permanente de 50.000 soldats, a averti le mois dernier qu'un accord de paix, signé par des généraux prisonniers, ne serait pas reconnu par la direction du mouvement.

Le remplaçant officiel de Savimbi, le vice-président de l'UNITA, Antonio Dembo, serait mort, dit-on, dans la même période que Savimbi, des suites d'un diabète, bien que les circonstances exactes de son décès demeurent non élucidées.

Comme on pouvait s'y attendre, le gouvernement angolais a tout de suite tiré un avantage diplomatique de la mort de Savimbi, lançant un appel aux combattants de l'UNITA pour qu'ils déposent les armes. Dos Santos a également profité des visites déjà prévues à Lisbonne et à Washington pour mettre en lumière la bonne volonté du gouvernement de dialoguer.

Le 13 mars, le gouvernement a annoncé la suspension de toutes les offensives afin que les contacts entre le gouvernement et les chefs militaires de l'UNITA se poursuivent.

Le communiqué du 13 mars a également fait ressortir ce que le gouvernement considérait comme étant les éléments essentiels pour un règlement durable : la démobilisation des forces de l'UNITA et la réintégration des soldats de l'UNITA dans l'armée nationale; l'extension de l'administration de l'Etat à travers le territoire national; l'achèvement du processus électoral interrompu en 1992.

Le gouvernement a en outre mis l'accent sur la nécessité pour l'UNITA de résoudre ses problèmes de leadership et de parvenir à une espèce d'unité interne.

Ce processus a apparemment démarré. L'UNITA-Renovada, l'aile qui a rompu avec Savimbi à la suite de son refus de mettre en œuvre l'accord de Lusaka, a insisté sur la nécessité pour le mouvement de régler les discordes passées.

Selon le leader de la Renovada, Eugenio Manuvakola, des discussions entre les cadres de l'UNITA à Luanda devraient aider à "constituer un nouveau leadership pour le parti". Les figures haut placées de la Renovada ont ouvertement accueilli avec joie la mort de Savimbi, une chose qui pourrait encore contrarier les fidèles du leader disparu.

Le gouvernement et l'UNITA semblent tous les deux se servir de l'accord de Lusaka comme leur point de référence principal dans une reprise du dialogue.

Ce sera bien accueilli par les Nations unies qui joueront un rôle de premier plan les mois à venir.

Ibrahim Gambari, conseiller spécial sur l'Afrique du secrétaire général de l'ONU Kofi Annan, est actuellement à Luanda, porteur d'un message d'Annan pour Dos Santos et encourageant au dialogue.

La guerre civile de l'Angola fait rage depuis que le pays a acquis son indépendance vis-à-vis du Portugal en 1975.