POLITIQUE-CONGO: Des inquiétudes planent sur le processus de paix après les attaques de mardi

BRAZZAVILLE, 4 avr (IPS) – Les attaques armées perpétrées mardi contre un train de voyageurs par les miliciens ninjas, proches du pasteur Frédérik Bitsangou alias "Ntoumi", viennent de remettre en cause les accords de cessez-le-feu au Congo-Brazzaville, signés le 29 décembre 1999 sous les auspices du président gabonais Omar Bongo.

Mardi, les ninjas ont ouvert le feu à deux reprises sur un train "passagers" parti de la capitale économique Pointe-Noire lundi soir pour Brazzaville. Les deux attaques, qui se sont déroulées dans les gares de Kinkembo et Kingoyi dans la région du Pool, à plus de 150 kilomètres de Brazzaville, la capitale, ont fait deux morts et 12 blessés dont cinq gravement, selon des sources officielles. Les ninjas ont été repoussés par les militaires qui convoyaient le train pour assurer sa sécurité. Les attaques auraient fait suite à un accrochage entre l'armée et les ninjas. Les populations de ces deux villages auraient abandonné leurs localités, en raison de ces accrochages armés. Dans un communiqué rendu public mercredi soir à Brazzaville, les Forces armées congolaises (FAC) accusent le chef des miliciens ninjas de violer, par ces attaques sanglantes, les accords de paix.

Ces accords ont mis fin, en décembre 1999, à la guerre civile entre, d'un côté les ninjas et les miliciens cocoyes, proches de l'ancien président déchu Pascal Lissouba et, de l'autre les troupes gouvernementales appuyées par les miliciens cobras fidèles au président Dénis Sassou-Nguesso.

"Pendant que le peuple congolais savoure la paix chèrement acquise après les événements de triste mémoire, M. Ntoumi et sa clique, dont les visées ne sont plus à démontrer, ont une fois de plus semé la désolation", selon le communiqué.

Alors que les causes et les circonstances des attaques ne sont pas encore connues, le communiqué des FAC signale une autre lancée à Mayama, à 80 km à l'ouest de la capitale. "Les forces gouvernementales ont, là également, repoussé l'offensive", dit le communiqué. Pour l'instant, on ignore s'il s'agit d'actes de banditisme armé ou d'un mouvement lié à une situation politique. Le pasteur Ntoumi, dont les miliciens ont été accusés d'avoir commis ces exactions, n'a pas encore réagi.

Réunies pour examiner la situation créée par les ninjas, les FAC ont indiqué qu'elles maîtrisaient la situation dans le Pool. "Des mesures sont prises pour garantir l'ordre et la sécurité. Les populations du Pool sont invitées à vaquer normalement à leurs occupations", rassurent les FAC.

Principale victime des affrontements armés dans le Pool, le Chemin de fer Congo-Océan (CFCO), qui relie Brazzaville et Pointe-Noire, long de 510 km, a suspendu le trafic entre les deux villes jusqu'à nouvel ordre. Des répercussions de la suspension du trafic ferroviaire se ressentent déjà dans la capitale où l'on note une pénurie de carburant. Jeudi matin, à la gare centrale de Brazzaville, la morosité et la déception se lisaient sur le visage des cheminots. Le rail congolais a déjà payé un lourd tribu en 1998. Réhabilité récemment sur fonds propres de l'Etat congolais, le CFCO a été paralysé pendant deux ans par les dégâts causés lors des combats de décembre 1998. Au total, quatre ponts avaient été saccagés, des rails détruits, des voitures de train brûlées.

La région du Pool, que traverse la voie ferroviaire, a souvent été le théâtre des affrontements ayant opposé les différents groupes armés en 1993, 1997 et 1998, pendant les trois guerres civiles vécues dans ce pays d'Afrique centrale.

Les attaques de mardi viennent remettre sur la scène l'éternel problème de ramassage des armes, du recrutement de certains miliciens de tous bords politiques dans la force publique et de la réinsertion socio-économique d'autres dans la vie civile.

Ces points sont à la base de profondes divergences entre le haut commissaire à la réinsertion des ex-combattants (HCREC), le colonel Michel Ngakala et le pasteur Ntoumi. Les deux parties se jettent mutuellement la responsabilité du retard dans la démobilisation d'anciens ninjas.

Le colonel Ngakala accuse Ntoumi d'avoir refusé de démobiliser 1.200 miliciens armés sous son contrôle dans le Pool où il vit retranché, et de nourrir des ambitions militaires en réclamant un statut d'officier supérieur de l'armée. "La présence de Ntoumi à Mihété, village de la région du Pool avec des jeunes armés, constitue une menace à la paix", a expliqué le colonel Ngakala au cours d'une rencontre le 21 mars avec les sages et notables de la région.

Selon Ngakala, le pasteur Ntoumi a posé des préalables pour venir à Brazzaville, où, pour lui, la paix doit se consolider. Il a exigé, entre autres, une escorte de 450 ninjas lors de sa venue à Brazzaville, la suspension de toutes les activités dans la capitale deux jours avant son arrivée.

"Ces exigences n'ont contribué qu'au blocage des négociations de paix engagées entre les deux parties", indique-t-il. S'agissant de la sécurité, le haut commissaire révèle qu'il existe encore des caches d'armes disséminées dans la région du Pool, soulignant que le gouvernement avait choisi de gérer la situation de manière apaisée.

Le pasteur Ntoumi avait réagi à ces déclarations, rejetant en bloc, dans un communiqué de presse du 24 mars, les propos du colonel Ngakala, les qualifiant "d'incitatifs à la haine et la division".

"Nous dénonçons les allégations mensongères dont le seul but est d'annihiler les chances d'une concertation et de saper ainsi le processus de paix engagé, et de justifier la reprise des hostilités dans les localités où déjà les jeunes aspirent à la paix et attendent la réinsertion avec impatience", a dit Ntoumi qui reproche au gouvernement la volonté de ne pas respecter les accords de paix.

Selon les Nations unies, le Congo comptait 25.000 miliciens. Plus de 8.000, qui ont accepté de se démobiliser et de remettre leurs armes, bénéficient d'une aide financière de l'Organisation internationale des migrations (OIM).

Cette institution mène un programme de ramassage d'armes légères et de réinsertion des ex-combattants qui ont accepté de déposer les armes.