DROITS-ZIMBABWE: De maigres salaires engendrent la détresse chez desouvriers agricoles

HARARE, 1 avr (IPS) – Lorsqu'ils ne sont pas sur la ligne de tir des vétérans de la guerre de libération, des salaires et des conditions de vie misérables les laissent dans la détresse.

Les ouvriers agricoles du Zimbabwe sont les plus mal payés, bien que leurs employeurs soient parmi les plus riches du pays. Ils gagnent des salaires aussi bas que 45 dollars US par mois au taux stabilisé officiellement. Au taux parallèle florissant, ce chiffre devient simplement huit dollars US par mois.

Le Comité des consommateurs du Zimbabwe exige actuellement un salaire minimum mensuel de 270 dollars US.

Le Zimbabwe est en train de traverser sa plus grave crise économique, avec le chômage à un record de 60 pour cent, un taux d'inflation constamment élevé de 112 pour cent et des taux d'intérêt de 70 pour cent.

Tous ces problèmes, dont les violences qui seraient motivées par la politique, ont le plus durement touché les ouvriers agricoles. On rapporte que plus de 70.000 de ces ouvriers ont été déplacés des fermes par des vétérans de la guerre et des militants du parti au pouvoir dans la période qui a précédé les élections présidentielles des 9, 10 et 11 mars.

L'Union des fermiers commerciaux (CFU), principalement composée de Blancs, déclare qu'elle reçoit régulièrement des nouvelles d'escalade de la violence dans les fermes à travers tout le pays.

Parmi les attaques, figure celle de la ferme de Ian et Kerry Kay à Marondera, à 80 kilomètres à l'est de la capitale Hararé, où un groupe de présumés vétérans de la guerre ont battu leur fils avec des manches de pioches et matraqué à mort le garde noir, Darlington Vikaveka, chargé de la sécurité de la famille.

Au cours des 18 derniers mois, 10 fermiers blancs et plus de six Noirs ont été tués dans les fermes commerciales par des présumés vétérans de la guerre, selon la CFU.

Des ouvriers agricoles soutiennent qu'un groupe d'individus soupçonnés d'être des vétérans de la guerre ou des militants du parti au pouvoir les ont attaqués à coups de bâtons et de pierres à la ferme Mutemwa à Marondera, il y a deux week-ends.

Selon un ouvrier agricole qui s'est enfui à Hararé, les vétérans de la guerre, qui ont combattu pour la libération du pays dans les années 1970, leur reprocheraient d'avoir voté pour l'opposition pendant les élections présidentielles de mars.

"Ils nous ont battus sous prétexte que c'était nous qui permettions aux fermiers blancs de rester dans les fermes. Ils sont arrivés à deux heures du matin et se sont mis à nous frapper", se plaint un ouvrier agricole qui a requis l'anonymat pour des raisons de sécurité.

Une autre ouvrière agricole, une femme enceinte de six mois, affirme avoir été attaquée avec des bâtons et des bûches. "Je sens des douleurs au ventre et mon ventre ne cesse de s'enfler. J'ai peur pour mon bébé qui est l'intérieur", confie la femme enceinte angoissée.

Les vétérans de la guerre et le gouvernement ont nié les allégations.. Selon le gouvernement, l'opposition s'est lancée dans une campagne visant à ternir son image en l'associant aux violences dans les fermes.

Il y a deux semaines, le gouvernement a dressé la liste de 388 fermes à saisir, y compris des ranchs appartenant à la riche famille Oppenheimer d'Afrique du Sud qui possède des intérêts énormes dans des exploitations minières en Afrique australe.

L'annonce de la saisie des fermes est intervenue quelques jours après la suspension du Zimbabwe pour une année du Commonwealth, un club d'anciennes colonies britanniques, parce que ses observateurs pour l'élection ont affirmé que le scrutin présidentiel des 9, 10 et 11 mars, remporté par le président au pouvoir Robert Mugabe, était gravement entaché d'irrégularités.

La question des terres est la toile de fond de la politique zimbabwéenne.

Les Blancs, qui constituent moins d'un pour cent de la population des 13 millions d'habitants du Zimbabwe, possédaient plus de 70 pour cent des meilleures terres arables, avant le démarrage du programme de réforme agraire il y a deux ans. Le gouvernement promet de récupérer plus de 90 pour cent des terres détenues par les Blancs et d'y installer des Zimbabwéens noirs.