DEVELOPPEMENT-CONGO: Les ex-miliciens troquent leurs armes contre desmicro-projets

BRAZZAVILLE, 29 mars (IPS) – Vingt anciens combattants viennent de bénéficier d'une formation en soudure pétrole, prévue dans le cadre d'un Programme de réinsertion des ex-miliciens en République du Congo (PRERC) visant à les préparer à retourner à une activité sociale et économique normale.

Géré par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), le PRERC est exécuté par l'Organisation internationale des migrations (OIM).

"L'objectif initial du PNUD est de soutenir les ex-miliciens dans leurs efforts de réinsertion dans la vie normale qui soit économiquement et socialement durable. Il s'agit d'aider ces jeunes à retrouver des moyens de subsistance sans faire appel aux armes, en leur fournissant un appui pour relancer des activités leur permettant de se prendre en charge au sein de la communauté", explique Maximo Halty de l'OIM, gestionnaire du programme. Les ex-miliciens sont aussi intéressés par le projet. "C'est fini! Aucun homme politique ne peut me tromper maintenant. Je vais désormais me consacrer à mon métier". Cette profession de foi de David Loubakoussou est partagée par beaucoup d'autres ex-miliciens formés soudeurs pétrole.

Le programme ne propose pas une récompense et n'est pas un droit des ex-combattants, indique Halty. Il s'agit d'une intervention de protection de la société civile pour consolider le processus de paix, en diminuant le risque d'atteinte à la sécurité publique que représentent ces groupes de jeunes sans emploi, sans expérience de travail, mais encore armés et délaissés par leurs chefs de guerre.

Selon les industriels, les soudeurs pétrole sont très recherchés à Pointe-Noire, capitale économique et cité pétrolière du Congo-Brazzaville.

Les quelques rares, qui travaillent dans les entreprises de la place, sont des expatriés.

"Ces jeunes ont la chance d'avoir appris un métier noble et rare. Ils ne mettront pas du temps pour trouver un emploi dans une entreprise pétrolière", affirme Marscollo Fedele, chef du centre de la société Pro Zydak Industrie qui a encadré la formation ces ex-combattants.

"Pour participer à la dynamique de paix amorcée dans le pays, nous avons accepté de former ces jeunes ex-miliciens et à moindre coût", ajoute-t-il.

Pro Zydak a été la seule entreprise à avoir accepté de former les ex-miliciens. Selon Eugénie Bandila, chargée d'affaires de l'OIM, cette entreprise a consenti de former les jeunes à un prix forfaitaire de 4,8 millions de francs CFA (environ 6.857 dollars US) alors que cette formation aurait coûté plus chère ailleurs.

"Maintenant, ces jeunes sont des soudeurs pétrole qualifiés, qui pourront bientôt se faire embaucher avec un peu plus de persévérance", dit-elle, en lançant un appel aux autorités du pays et à l'OIM de les aider afin qu'ils ne soient plus tentés de reprendre les armes.

En dehors des soudeurs, d'autres ex-combattants ont bénéficié d'un financement de micro-projets dans des domaines variés comme l'agriculture, la pêche, l'élevage, le commerce, l'artisanat, etc., après avoir reçu des formations de courte durée adaptée aux différentes activités. Assurées par le centre Nazareth, ces formations ont été proposées aux jeunes pour accroître leur capacité de réussite et assurer la pérennité des activités qu'ils entreprendront.

Créé depuis avril 2001, le centre de formation Nazareth, qui travaille avec la commission épiscopale pour les réfugiés et les migrants et l'OIM, est un des centres qui assurent la formation des ex-miliciens en dispensant des formations théoriques et pratiques dans différents secteurs. Le credo de ce centre est : Faire la paix avec le développement économique, c'est faire la paix avec des armes. "Pour tous ceux qui ont décidé de remettre les armes, des projets sont montés, appuyés, assistés et accompagnés pour que ces jeunes se réinvestissent dans le secteur de développement", souligne Rigobert Belantsi, directeur du centre.

Sélectionnés par l'OIM, ces jeunes arrivent par groupes de 96 par secteur.

"Par session, nous recevons 288 stagiaires, au rythme de sept jours de formation accélérée. L'âge varie entre 18 et 25 ans", explique Belantsi. "Chaque stagiaire bénéficie d'un appui financier, aussi minime soit-il, qui lui permet, au bout de la formation, de savoir utiliser ce financement de façon rationnelle, de telle manière qu'il ait à mettre en place un projet beaucoup plus important", affirme-t-il.

Jean-Jacques Kanza, un ancien milicien reconverti, a suivi une formation à Nazareth après avoir bénéficié d'un financement de 2,5 millions FCFA (environ 3.571 dollars US) du PRERC.

Dans son atelier de scierie artisanale, Kanza s'active en compagnie de trois autres jeunes avec lesquels ils ont été au front. Avec ce financement, il s'est procuré l'essentiel des outils de menuiserie, son ancien métier avant d'aller au combat où il jure de ne plus retourner.

"Je ne me servirai plus jamais d'une arme de guerre. Lorsque ma scierie prospèrera, je me tournerai vers une autre activité, mais je ne prendrai pas l'arme pour me procurer quoi que ce soit", déclare-t-il.

Selon Blaise Mabanza, un autre ex-milicien reconverti dans le maraîchage, "Nous avons reçu un financement de 3,750 millions de FCFA (environ 5.357 dollars US) pour un projet de culture maraîchère à Kinkala, dans la région du Pool, au sud de Brazzaville", la capitale du Congo.

"Avec ce fonds en trois tranches, on a pu acheter un terrain, des semences, des engrais et du matériel aratoire. C'est ainsi que depuis le début de notre activité en septembre dernier, nous avons déjà plusieurs planches de légumes que nous écoulons sur le marché sans grande difficulté", dit-il avec fierté.

Deux ans après son lancement, le PRERC enregistre des progrès. Le rapport de l'OIM, publié récemment, dresse un bilan plutôt positif du programme commencé en juillet 2000 et qui se poursuivra jusqu'en décembre prochain.

Depuis le début du programme, 7.249 ex-miliciens ont bénéficié d'une assistance à la réinsertion et 2.279 projets ont été financés pour environ 1,72 milliard de FCFA (environ 2,457 millions de dollars US).

Selon l'OIM, 10.997 armes et munitions ont été collectées dont 10.881 détruites, et 1.499 promoteurs de micro-projets ont reçu une formation en auto-gestion dans divers domaines techniques.

Les résultats déjà obtenus dans cette première phase du programme ont rassuré l'Union européenne qui a accordé un financement de 750.000 euros sur les ressources du 8ème Fonds européen de développement.

Cette contribution va permettre au PRERC d'engager la deuxième phase du programme et relancer l'enregistrement des ex-miliciens, interrompu depuis plusieurs mois par manque de financement.

Halty estime que cette contribution permettra à l'OIM d'assurer la réinsertion de 1.200 ex-miliciens supplémentaires et le ramassage de quelque 1.500 nouvelles armes. Le programme vise un total de 15.000 ex-combattants réinsérés et plus de 20.000 armes légères et munitions ramassées avant la fin de l'année.

Selon lui, il existe des régions ayant encore un faible taux de participation à ce programme. Il a cité, en exemple, le Pool où il reste encore plusieurs centaines d'ex-miliciens ninjas. Ils détiendraient encore des armes qu'ils cacheraient pour le moment, même s'ils n'en font pas usage.

Le gouvernement congolais s'est engagé à financer cette dernière phase du programme par une contribution de 500.000 dollars US. D'autres bailleurs ont contribué au programme : PNUD (630.000 dollars), Norvège (610.000 dollars), Suède (540.000 dollars), Etats-Unis (500.000 dollars), etc. La mobilisation de fonds se poursuit pour assurer un succès final au programme.