SANTE-BURKINA FASO: La méningite a déjà fait près de700 morts depuis janvier

OUAGADOUGOU, 2 avr (IPS) – Une épidémie de méningite, qui touche le Burkina Faso, a fait depuis janvier 672 morts sur 4.758 cas enregistrés. Le taux de létalité a atteint les 14,12 pour cent, indique le ministère de la Santé.

On compte 128 décès pour 1.179 cas de méningite enregistrés pour la douzième semaine de l'année en cours. L'infection se manifeste par de violents maux de tête suivis d'une raideur du cou à l'étape de la complication.

Quinze districts sanitaires sur les 53 que compte ce pays sahélien d'Afrique de l'ouest, ont atteint le seuil épidémique, c'est-à-dire 10 personnes infectées sur 100.000 habitants.

"Malgré les dispositions prises pour éviter une flambée de la méningite au Burkina au cours de l'année 2002, l'épidémie est là, qui sévit sérieusement dans certains districts", constate le ministère de la santé dans un communiqué rendu public vendredi.

Une nouvelle souche de méningite – le W135 – jusqu'ici connue comme sévissant en Arabie Saoudite, a fait son apparition au Burkina et touche plus de 90 pour cent des victimes de la maladie cette année.

"La difficulté majeure dans la gestion de l'épidémie de méningite en 2002, réside dans le fait que nous soyons en face d'une nouvelle souche, le W135, dont le vaccin n'est pas disponible", souligne le ministère de la Santé…

Il y a une semaine, un officiel du ministère de la Santé reconnaissait que la présence de la souche W135 rendait "difficile" la lutte contre l'épidémie cette année.

"Il ne faut pas que nous paniquions, car c'est tout à fait normal pour nous que la méningite soit à cette importance-là à cette période de l'année chez nous. Vous avez le grand vent qui soulève beaucoup de poussière, vous avez une chaleur importante et ce sont des conditions favorables pour la survenue de l'épidémie de méningite", souligne le secrétaire général du ministère de la Santé, Jean Gabriel Wango.

Le Burkina était jusque-là frappé par les souches – A et C – de la maladie.

Les fidèles musulmans sont soupçonnés d'avoir ramené le W135 de leur pèlerinage à La Mecque en 2000.

Le Burkina fait partie de la ceinture méningitique en Afrique subsaharienne et il est régulièrement frappé par l'épidémie pendant la période sèche, de janvier à avril quand les vents secs et poussiéreux de l'harmattan soufflent du nord vers le sud.

Chaque année, des milliers de personnes sont infectées par la maladie dans la zone allant du Sénégal à l'ouest du continent à l'Ethiopie à l'est, en passant par le Burkina, le Niger, le nord du Nigeria et du Cameroun.

Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), le vaccin pour la souche WI35 existe en très petite quantité et coûte très cher. Pour le moment, le Burkina n'en possède pas en raison du coût très élevé de la dose du vaccin qui atteint 16.000 francs CFA l'unité (environ 22,8 dollars US). Et la priorité reste la prise en charge des malades car la souche du W135 est sensible au chloramphénicol, le médicament utilisé contre les germes A et C, les plus courants dans le pays.

Les besoins du Burkina en médicaments sont estimés à 100.000 doses, selon l'organisation non gouvernementale (ONG) Médecins sans frontières (MSF) qui a promis de faire un don de 10.000 doses au gouvernement.

"Aujourd'hui, il y a un risque de propagation car les vaccins contre les souches A et C ne sont plus efficaces", prévient Rosine Jourdain de MSF.

Le ministère de la Santé, en partenariat avec les pays donateurs, a déjà lancé des commandes pour acquérir 25.000 doses de vaccins contre la souche W135.

"On ne sait pas non plus si ce sont les personnes vaccinées pour les souches A et C qui sont touchées par le W135", se demande Jourdain. MSF préconise le traitement précoce des cas pour mieux faire face au manque de moyens d'arrêter l'épidémie.

Le gouvernement de son coté a ordonné à toutes les équipes soignantes sur l'étendue du territoire national d'accorder des soins gratuits aux personnes touchées par l'infection.

Le ministère de la Santé met en garde les agents indélicats : "Tout manquement à cette disposition doit être porté à la connaissance du ministre de la Santé".

"Concernant la prise en charge des cas, nous pré-positionnons les médicaments au fur et à mesure, aux niveaux des régions et des districts et au niveau des formations sanitaires où les agents de santé sont chargés de prendre en charge tous les cas qui se présentent et de façon gratuite", rassure le directeur de la médecine préventive, Jacques Zidwemba.

"Avant l'arrivée de l'aide des partenaires, nous sommes en mesure de faire face aux besoins des malades avec le stock de médicaments que nous avons", indique Zidwemba.

Pour éviter la propagation de l'épidémie à d'autres pays africains et pour mieux connaître la nouvelle souche de méningite saoudienne, des chercheurs du "Centre for Disease Control" d'Atlanta aux Etats-Unis et de l'OMS sont arrivés depuis plusieurs semaines à Ouagadougou, la capitale burkinabè…

Le Burkina a connu sa plus sévère épidémie de méningite en 1996, qui avait fait près de 4.500 morts sur plus de 40.000 cas enregistrés. L'année dernière, la maladie avait causé la mort de 1.854 personnes sur 13.293 cas.