TRAVAIL-SENEGAL: Une attaque incendiaire réveille les vielles divisionsdans le plus grand syndicat

DAKAR, 29 mars (IPS) – Une attaque incendiaire vicieuse, survenue au siège de la plus grande organisation syndicale du Sénégal, a ranimé les vieilles discordes et les griefs historiques.

Deux blocs rivaux et puissants au sein de la Confédération nationale des travailleurs du Sénégal (CNTS) se sont mutuellement accusés d'être derrière l'incident de la semaine dernière qui a fait quatre brûlés graves parmi les employés du siège. Les autorités mènent leur propre enquête, avertissant qu'un châtiment prompt et exemplaire attend ceux qui seront déclarés coupables.

Le secrétaire général de la confédération, Mody Guiro, maintient fermement que ses partisans et lui-même ont été victimes d'une agression injuste de la part d'ennemis appartenant à la CNTS-Forces de changement (CNTS-FC), motivée par la jalousie et le ressentiment. Cheikh Diop a créé la CNTS-FC en janvier, deux mois après que Guiro l'a battu aux élections syndicales organisées au 8ème congrès de la CNTS.

Selon Guiro, Cheikh Diop et ses partisans, soutenus par des douzaines de voyous, sont arrivés au siège de la CNTS le 21 mars et se sont mis à incendier et à piller, brûlant un chauffeur de la CNTS, saccageant les bureaux, volant des documents et du matériel. Guiro lui-même était absent à ce moment, ayant un entretien avec le Premier ministre, Mame Madior Boye.

Son prédécesseur et partisan, Madia Diop, affirme qu'il a failli être brûlé vif par les agresseurs.

Dans un communiqué rendu public le lendemain, Guiro a accusé Cheikh Diop d'un "cynisme inqualifiable".

"Les actes criminels perpétrés par Cheikh Diop et sa bande de partisans ne sont rien d'autre que la prolongation de la provocation répétée dont les responsables de la CNTS sont victimes depuis le congrès confédéral qui s'est déroulé dans la démocratie et la transparence", souligne-t-il.

"La violence est la dernière arme des faibles", déclare Guiro à IPS.

"Cheikh Diop ne représente rien d'autre qu'une minorité aigrie". Cheikh Diop et ses alliés ont riposté vivement aux allégations selon lesquelles ils seraient à l'origine de l'incendie. "Je n'ai rien à craindre parce que j'ai la conscience tranquille, c'est l'essentiel", confie Diop à IPS.

Dans sa propre version des faits, Cheikh Diop met l'attaque incendiaire dans le contexte des luttes continues pour le pouvoir au sein de la CNTS. II a affirmé que Mody Guiro devait sa victoire à l'élection au pouvoir et à l'appui de l'ancien secrétaire général Madia Diop et qu'il y avait eu des tentatives répétées de marginalisation et d'humiliation de la CNTS-FC, bien que le mouvement ait 35 syndicats affiliés.

Cheikh Diop fait remonter les violences du 21 mars aux incidents du samedi précédent. Selon lui, les rivaux de la CNTS ont tenté d'organiser un congrès "illégal" du Syndicat des enseignants du primaire (SNEEL) affilié à la CNTS-FC. Lorsque les représentants du SNEEL et leurs alliés ont protesté, ils ont été sortis de force des locaux par des voyous payés. La CNTS-FC a été obligée d'abandonner les bureaux qu'elle avait gardés au siège de la confédération.

Cheikh Diop a indiqué qu'il avait essayé, de manière pacifique, d'avoir à nouveau accès à ses bureaux le 21 mars, mais qu'il lui avait été interdit d'entrer dans le bâtiment.

Il nie formellement avoir été présent sur les lieux pendant l'attaque incendiaire, affirmant qu'il a appris la nouvelle à la radio, alors qu'il était déjà de l'autre côté de la ville.

"Si je devais m'impliquer dans une chose pareille, je ne viendrais pas sur les lieux dire aux gens d'incendier tel bureau, de brûler telle personne. Si je devais faire quelque chose du genre, j'aurais été beaucoup plus discret", souligne-t-il.

A son tour, Cheikh Diop a accusé Mody Guiro et ses alliés. "Qui avait intérêt à mettre le feu au siège? Qui s'est servi de notre visite comme prétexte pour verser du sang et provoquer un incendie? Ce sont là des questions que nous nous posons".

Cheikh Diop déclare qu'il va poursuivre la CNTS en diffamation. Mody Guiro affirme que la CNTS est prête à traduire Cheikh Diop en justice et a prévenu que son mouvement organiserait des manifestations si aucun procès n'était intenté contre la CNTS-FC.

La CNTS a une longue histoire de querelles internes. Son 8ème congrès, tenu finalement en novembre 2001, a été ajourné en septembre dernier après que le ministre de l'Intérieur a averti que des factions rivales amassaient des armes et se préparaient pour un affrontement majeur.

Les dernières étapes du mandat de Madia Diop ont connu une série de récusations de son leadership, avec des critiques l'accusant de maintenir le mouvement syndical fortement lié au Parti socialiste (PS), même après que le Parti démocratique sénégalais (PDS) d'Abdoulaye Wade était devenu la force politique dominante au Sénégal.

Cheikh Diop a réfuté les allégations selon lesquelles son mouvement serait une création du PDS, faisant observer que la CNTS-FC a des socialistes de premier plan à des postes haut placés.

Mody Guiro a insinué que des sections du gouvernement voulaient saper la CNTS et que le président Wade lui-même était hostile au mouvement. "Nous avons constaté une campagne visant à nous déstabiliser, nous diviser et même nous détruire", a indiqué Guiro à IPS le jour qui précédait l'attaque incendiaire. "Nous veillerons à ce qu'elle ne réussisse pas".