KINSHASA, 26 mars (IPS) – L'action de la Mission d'observation des Nations unies au Congo (MONUC) est de plus en plus mal perçue par des citoyens de la République démocratique du Congo (RDC), notamment à la suite de la récente attaque de Moliro, au sud-est du pays.
Selon de nombreux Congolais, l'incident de Moliro a fortement décrédibilisé la MONUC qui aurait omis de signaler ou de dénoncer un mouvement de troupes de 10.000 hommes de l'Armée patriotique rwandaise qui traversaient la frontière pour les villes congolaises de Moba et de Kalemie. Les Congolais n'ont pas apprécié que ce soit l'ambassadeur de France à l'ONU, Jean David Levitte, qui dénonce les faits en lieu et place de la MONUC qui opère sur le terrain, comme une mission d'observation. Toujours selon les Congolais, la MONUC n'a pas non plus dénoncé la conséquence de ce mouvement de troupes militaires, qui est l'attaque, par les troupes rebelles du RCD/Goma et du Rwanda, de la localité de Moliro, au bord du Lac Tanganyika, dans la province du Katanga (sud-est de la RDC). L'attaque et la prise de Moliro, en pleine période du dialogue inter-congolais visant à trouver une issue politique à la crise qui sévit en RDC depuis près de quatre ans, ont provoqué la décision de la délégation gouvernementale congolaise de suspendre sa participation aux travaux de la rencontre à Sun City, en Afrique du Sud. Selon le gouvernement, l'incident de Moliro constituait en fait une "violation flagrante de l'Accord de Lusaka que la MONUC est chargée de faire respecter strictement" par les belligérants.
Le gouvernement congolais a accusé la MONUC "de ne se contenter que de constater les faits". Selon un commentaire de la télévision d'Etat, "il a fallu encore un coup de colère du Conseil de sécurité des Nations Unies pour obtenir, à la fois, l'évacuation, sans conditions, des troupes rebelles de Moliro et le retour de la délégation gouvernementale à la table des négociations à Sun City".
"Sa crédibilité entamée, la MONUC doit faire plus pour se concilier la confiance des Congolais", ajoute la télévision.
Par ailleurs, au cours d'un débat qui a suivi une conférence de presse organisée au quartier général de la MONUC le 18 mars à Kinshasa, et suivi en direct sur le réseau de "Radio Okapi", la radio de la MONUC, les journalistes de la presse congolaise et étrangère ont dénoncé "l'attitude ambiguë" de la Mission d'observation en présence du représentant spécial du secrétaire général de l'ONU, Amos Namanga Ngongi.
Selon les journalistes congolais, "soit la MONUC n'explique pas clairement son rôle dans la crise congolaise, soit elle risque d'obtenir l'effet inverse de sa mission en créant, sans le savoir, des conditions favorables à la partition effective de la République démocratique du Congo".
Les journalistes prennent à témoin le comportement des autorités rwandaises et ougandaises qui font fi des résolutions de l'ONU qui ont pourtant formellement ordonné aux deux pays, le Rwanda et l'Ouganda, d'évacuer leurs troupes du territoire congolais. Aux troupes rwandaises, le Conseil de sécurité de l'ONU avait demandé de démilitariser la ville de Kisangani, à l'est. Une année après, les deux pays ont toujours leurs troupes sur le territoire de ce pays d'Afrique centrale. "Plus grave", soulignent les journalistes, "les deux pays renforcent leurs troupes au vu et au su de la MONUC qui, aux yeux des Congolais, ne les dénonce pas suffisamment afin que l'ONU prenne des sanctions plus coercitives". Le représentant spécial du secrétaire général de l'ONU n'a pas estimé nécessaire de commenter les déclarations du gouvernement. "Nous ne faisons rien qui ne soit discuté au préalable avec le gouvernement", s'est-il contenté de déclarer pour répondre aux journalistes. Mais dans la capitale congolaise, on assiste à une sorte d'animosité généralisée de la population contre la MONUC. "Nous avons même l'impression que les soldats de la MONUC passent plus de temps dans les boîtes de nuit de Kinshasa que sur le terrain des opérations", s'étonne Patrick Dianzenza, professeur de lycée. A Kinshasa, la présence des soldats de la MONUC ne passe pas inaperçue.
"Ils sont près de 2.000 personnes à arpenter les artères de la capitale congolaise pour diverses raisons pas toujours évidentes à bord de leurs gros véhicules 4×4 dont la nouveauté éclatante et la qualité détonnent par rapport à la vieillesse généralement avancée du charroi automobile congolais", commente-t-il. Bien entendu, un certain sentiment de jalousie n'est pas à exclure dans cette ville de Kinshasa en proie à des difficultés conjoncturelles quotidiennes pendant que les soldats de la MONUC se montrent visiblement nantis et liquides en dollars américains.
Cependant, le bilan de la MONUC n'est pas entièrement négatif et bon nombre de Congolais le reconnaissent. Le représentant spécial de l'ONU leur demande donc de considérer plus les actions positives et de ne pas relever seulement les faits négatifs. La MONUC a, entre autres résultats positifs, réussi à désenclaver quelque peu l'intérieur de la RDC par des opérations humanitaires ponctuelles en faveur de certaines régions particulièrement enclavées. La MONUC essaie d'assurer tant bien que mal la libre circulation des personnes et des marchandises sur le fleuve Congo depuis Kinshasa vers Kisangani, en desservant les villes de Mbandaka, Lisala et Isangi, dans la province de l'Equateur (centre-nord). Le Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD/Goma), qui y était hostile auparavant, vient de déclarer qu'il accepte désormais la libre circulation sur le fleuve jusqu'à Kisangani.
La dernière action positive remarquable de la MONUC est la création de "Radio Okapi" dont le réseau de correspondants sur le territoire encore sous contrôle des rebelles, réchauffe, chez les auditeurs, un sentiment de confiance en une certaine unicité du pays. Créée en janvier 2002, Radio Okapi, dont les émissions ont démarré le 25 février, est déjà active dans les villes de Goma, Kalemie, Kisangani et Gbadolite, sous contrôle rebelle, et à Mbandaka, Kananga et Kinshasa sous contrôle gouvernemental.

