MONTERREY, Mexique, 25 mars (IPS) – Si on leur enlevait le nœud coulant de la dette du cou, les gouvernements africains pourraient prendre eux-mêmes en mains leur destin et ne pas être obligés de dépendre uniquement des flux accrus d'aide de la part des pays industrialisés.
C'était le message d'une succession de dirigeants africains ayant pris la parole à la Conférence des Nations unies sur le financement du développement, tenue dans la ville mexicaine de Monterrey.
On estime à 13 milliards de dollars US le montant payé annuellement par les pays africains pour le service de la dette, à peu près l'équivalent du montant reçu comme aide par le continent.
Une série d'efforts d'allègement de la dette n'a pas pu répondre assez rapidement à l'impact fragilisant de la dette, y compris plusieurs versions d'initiatives du Fonds monétaire international (FMI) concernant les Pays pauvres très endettés (PPTE), selon les dirigeants.
Avec un poids de la dette de 5 milliards de dollars US, le président nigérian Olusegun Obasanjo a milité en faveur d'un allègement conformément à l'initiative du FMI relative aux pays pauvres lourdement endettés. Ayant pour mission de développer un pays ravagé par la dictature, il n'a pas réussi.
"On m'a encouragé à me rendre un peu partout pour demander l'allègement de la dette lorsque je suis arrivé au pouvoir", déclarait Obasanjo à un forum des dirigeants du monde entier, parmi lesquels le patron de la dette, le directeur général du FMI, Horst Kohler. "Malgré des mots chaleureux d'encouragement et de sympathie, j'ai été incapable d'obtenir un cent. Non seulement je n'ai pas pu déclencher une action tangible au cours des trois dernières années, mais encore, j'ai déjà remboursé, à ce jour, la dette deux fois de suite".
Alors que l'Afrique du Sud n'a pas une dette extérieure importante, l'appel d'Obasanjo a été partagé par le président Thabo Mbeki. Appelant à une "révision radicale" du statut des PPTE, Mbeki a déclaré : "A moins que nous parvenions à arrêter la sortie des capitaux peu abondants des pays les plus pauvres, nous ne pourrons jamais permettre aux gouvernements des pays pauvres de réunir les ressources nécessaires pour améliorer la qualité des services publics ni de faire face aux besoins d'infrastructures".
Les chefs d'Etat ou de délégation du Botswana, du Tchad, du Togo, du Maroc et d'autres ont lancé des appels similaires jeudi.
Selon les statistiques provenant du Jubilée, la campagne internationale pour l'annulation de la dette, on estime que les remboursements de la dette peuvent, dans certains cas, être jusqu'à 13 fois supérieurs à l'aide bilatérale. Et des pays dépensent souvent davantage pour le service de la dette que pour l'investissement dans le développement.
Le Mali est un cas patent. Même après avoir bénéficié du statut de PPTE, ce pays d'Afrique de l'ouest dépense toujours beaucoup plus pour les paiements du service de la dette que pour l'éducation. En 2000, le Mali a payé 88 millions de dollars US en guise de paiements du service de la dette, alors qu'il n'a dépensé que 54 millions de dollars US pour l'éducation. Actuellement, les gouvernements africains, le Jubilée, le groupe plus large G-77 des pays en développement et certains gouvernements européens soutiennent une campagne pour l'arbitrage comme une manière plus équitable de négocier la dette.
"En regardant les forums significatifs où la dette est réellement négociée, on se rend compte que ce sont les créanciers qui définissent le processus et établissent les règles. Ils prennent des décisions sur des cas particuliers, sur la base de compétences qu'ils ont mandatées ou même qu'ils ont eux-mêmes fournies", affirme un militant allemand anti-dette, Jurgen Kaiser de la Entwicklung braucht Entschuldung.
Selon lui, le temps est venu pour qu'un "organe neutre de prise de décisions" mène les négociations entre les pays débiteurs et les pays créanciers. Cinq principes guident le recours à l'arbitrage de la dette : le cadre neutre; la consolidation de la dette; le droit de toutes les parties prenantes d'être entendues; la protection des besoins fondamentaux des pays débiteurs et un "sursis" une fois qu'un dossier est ouvert.
Un sursis gèlerait un accord de prêt, en attendant le résultat.
"L'institution d'un sursis automatique, une fois qu'un dossier d'insolvabilité internationale ou d'arbitrage est ouvert, évite une ruée des créanciers sur les avoirs restants des débiteurs et permet une procédure méthodique", indique Kaiser.
En Afrique, la campagne pour l'arbitrage de la dette est en train d'être organisée par le Forum et le réseau africains sur la dette et le développement (AFRODAD). Selon le coordonnateur Opa Kapijimpanga, "un changement structurel s'impose à présent pour réorganiser les relations internationales autour de la crise de la dette".
L'arbitrage peut servir à décider pour les différentes catégories de dette.
Parmi elles, la dette inutilisable; celle contractée par des débiteurs et des créanciers illégitimes; la dette odieuse et les crédits volés à travers la corruption; les dettes contractées pour des projets éléphants blancs qui n'ont pas profité aux populations et la dette contractée à la suite des conseils sur des politiques inappropriées.

