BAMAKO, 21 mars (IPS) – Les femmes maliennes se préparent pour les élections du 28 avril, avec une candidate déclarée à la présidentielle, Hawa Sidibé Sanogo, âgée de 52 ans. Elle a été la première personnalité à annoncer sa candidature depuis mai 2001.
Diplômée d'un brevet de technicienne en chimie, elle gère une petite industrie de teinture à Bamako, la capitale malienne, qui emploie 15 personnes dont 10 femmes et cinq hommes. Mariée, elle est mère de six enfants. Les élections maliennes seront placées, cette année, sous le signe du "défi de la participation", celle des femmes en particulier, qui ne veulent pas se faire marginaliser par classe politique encore dominée par les hommes. Avant même la mise en place des structures d'organisation et la fixation du calendrier électoral, les femmes se sont mobilisées depuis la fin de l'année 2000 pour préparer le terrain.
Ainsi, la Coordination des associations et organisations non gouvernementales (ONG) de femmes (CAFO) du Mali, en collaboration avec la fondation allemande Friedrich Ebert, a initié une série d'ateliers de formation, de sensibilisation et d'information sur le thème : "Femme, vie politique et obstacles à la citoyenneté".
Ces ateliers ont d'abord ciblé les femmes des milieux défavorisés, qui vivent notamment en zones rurales. Le premier objectif visé est, selon le secrétaire permanent de la CAFO, Abdoulaye Maïga, de "mieux outiller les femmes pour une plus grande participation et implication par l'exercice de leur droit de vote".
La seconde étape consiste à ouvrir des espaces de contact et de plaidoyer pour motiver les femmes leaders à une meilleure prise de conscience du rôle qu'elles peuvent jouer. Ces actions de plaidoyer visent essentiellement à surmonter une série d'obstacles.
Pour Oumou Traoré Touré, secrétaire exécutive de la CAFO, ces obstacles ne sont pas d'ordre institutionnel, car la constitution malienne stipule à son article 2 : "Tous les Maliens naissent libres et égaux en droits et devoirs. Toute discrimination fondée sur (…) le sexe est prohibée".
"La loi électorale, qui définit les conditions d'éligibilité, ne fait, elle aussi, apparaître aucune discrimination à l'égard des femmes", poursuit Touré.
Les femmes constituent 51,7 pour cent de la population malienne qui compte environ 9 millions d'habitants. Cependant, elles sont très peu représentées dans les instances de prises de décisions. Une injustice qu'elles désirent voir corrigée. Au Mali, comme dans beaucoup de pays africains, les hommes influencent le vote féminin. Cette influence se manifeste surtout pendant les campagnes électorales. Pendant cette période, des familles se disloquent et des couples se désunissent souvent à cause des tendances politiques divergentes.
C'est le cas de Assa Dramé Demba, une femme qui est maire de la commune de Diabigué, une localité située à 740 kilomètres à l'est de Bamako. Son seul tort est d'avoir été candidate pour diriger sa commune. Elle a été frappée et humiliée alors qu'elle portait une grossesse de huit mois, avant d'être répudiée par son mari.
Au Mali, la pesanteur socioculturelle et la religion confinent les femmes au ménage et elles n'ont pas droit à une vie politique. Consciente du fait que les coutumes sociales sont plus rigides que les lois, la secrétaire exécutive de la CAFO a également entrepris une vaste campagne de charme envers les hommes pour faire accepter la participation des femmes. Le Mali est un pays musulman à environ 90 pour cent. Une frange importante de la population n'est pas favorable à une candidature des femmes au poste de président de la République. Cependant, les femmes sont décidées, à travers Hawa Sidibé Sanogo, à briguer, pour la première fois, la magistrature suprême de leur pays, quel que soit le score qu'elle réalisera à ce scrutin.
Pour le moment, Sanogo a le soutien déclaré de toutes les associations et ONG de femmes du Mali.
Aujourd'hui, les femmes maliennes posent un autre problème. A défaut d'une parité (hommes-femmes), elles défendent une plus grande implication et une participation aux instances de prise de décisions.
Par exemple, le gouvernement malien compte cinq femmes sur 22 ministres (22,7 pour cent), 18 femmes sur 125 députés au parlement (14,4 pour cent), et 12 femmes seulement sur 703 maires (1,7 pour cent).
Cependant, il y a eu cette année une certaine avancée. A la Commission électorale nationale indépendante (CENI), le seul poste octroyé à la société civile est revenu à une femme, la représentante de la CAFO, Nana Aïcha Cissé.
C'est fort de tous ces constats que la Journée internationale des femmes, le 8 mars, a été célébrée, cette année au Mali, sous le thème "Femmes et processus électoral".

