POLITIQUE-ZIMBABWE: Le leader de l'opposition accusé de trahison

HARARE, 21 mars (IPS) – Le principal leader de l'opposition du Zimbabwe, Morgan Tsvangirai, a été officiellement accusé de trahison mercredi sous prétexte qu'il complotait d'assassiner le président Robert Mugabe.

L'avocat de Tsvangirai, Eric Matinenga, a qualifié la décision d'accuser son client de "réaction instinctive" à la suspension du Zimbabwe du Commonwealth pendant 12 mois, survenue mardi.

Le Commonwealth, une organisation composée d'anciennes colonies britanniques, a critiqué la manière dont l'élection présidentielle des 9 et 10 mars, gagnée par Mugabe au Zimbabwe, a été menée.

Réagissant à la suspension de son pays de l'organisation, le ministre de l'Information, Jonathan Moyo, a déclaré que son gouvernement "ne perdrait pas le sommeil pour les 12 mois".

"Quant à ce que nous ferons pendant les 12 prochains mois, nous ne passerons pas des nuits blanches à cause du Commonwealth. Nous passerons 24 heures sur 24 à travailler pour les Zimbabwéens", a indiqué Moyo dans 'The Herald', le principal journal de l'Etat.

La mission d'observateurs du Commonwealth au Zimbabwe a affirmé que l'élection des 9 et 10 mars était irrégulière et qu'elle ne reflétait pas la volonté du peuple.

Dans les commentaires figurant dans le journal 'The Herald' mercredi, Moyo a qualifié le rapport du Commonwealth de "document déshonorant qui est très dogmatique, partial, cyniquement pro-britannique et totalement en déphasage non seulement par rapport à la manière dont l'élection a été menée, mais aussi avec ce que d'autres observateurs africains plus importants avaient à dire".

L'avocat de Tsvangirai, Matinenga a mis en cause le rythme de "harcèlement" de son client par la police. "Cette comparution particulière est tout simplement un harcèlement continu de M. Tsvangirai et des membres haut placés de son parti", souligne-t-il.

Tsvangirai, le leader du parti d'opposition, le Mouvement pour le changement démocratique (MDC) a été libéré sous une caution de 27.000 dollars US. Il lui a été ordonné de rendre son passeport et de se présenter à la police chaque lundi entre 6 heures du matin et 18 heures.

Il a été accusé en même temps que son ministre alternatif chargé de l'Agriculture, Renson Gasela.

Le secrétaire général du MDC, Welshman Ncube, a déjà été accusé de trahison et mis en liberté sous caution.

Les trois comparaîtront au tribunal le 30 avril. L'inculpation de trahison contre Tsvangirai entraîne la peine de mort.

Selon le gouvernement, Ncube, Gasela et Tsvangirai se sont rapprochés d'un cabinet d'expertise basé au Canada, "Dickens and Madison" et ont tenté de l'engager pour assassiner le président Mugabe. On raconte que les responsables du MDC auraient offert 500.000 dollars US à ce cabinet.

Tsvangirai a nié avoir comploté de tuer le président Mugabe qui l'a battu à l'élection présidentielle il y a plus d'une semaine au milieu des allégations de violence et d'intimidation.

Tsvangirai a été arrêté pendant que les syndicats lançaient mercredi une grève de trois jours pour protester contre les allégations de harcèlement des travailleurs par le gouvernement.

Le premier jour de la grève a connu une réponse peu enthousiaste de la part des travailleurs.

La grève, qui a été déclarée illégale par la police, est le premier test public de soutien pour l'opposition depuis l'élection.

Dans la capitale Hararé, la plupart des magasins et des entreprises ont ouvert, malgré les appels à la fermeture. Dans certains magasins, il y avait une réduction du nombre des travailleurs.

Wellington Chibebe, secrétaire général de la Confédération des syndicats du Zimbabwe (ZCTU), a affirmé que dans des villes en dehors de Hararé, ils avaient atteint des taux d'abstention de 55 pour cent, tandis que dans la capitale, à un point près, souligne-t-il, ils ont réussi à obtenir 60 pour cent dans la matinée.

"Dans la matinée, c'était environ 60 pour cent à Hararé, mais à mesure que le temps passait, beaucoup de magasins ont ouvert, comme les travailleurs étaient appelés de la maison", ajoute-t-il.

"Il existe toujours le facteur de la peur dû à l'intimidation qu'ils ont subie", indique Chibebe.

Selon lui, les stations de radio et de télévision contrôlées par l'Etat — les seules autorisées à fonctionner dans le pays — diffusaient des messages confus à propos de la grève. "Nous n'allons pas appeler à interrompre la grève", déclare Chibebe. La police a avertit la Confédération des syndicats du Zimbabwe que les agents étaient en train d'être mobilisés à travers le pays pour s'occuper de la grève.

Il y avait une forte présence de la police à Hararé mercredi, déployée pour avoir les grévistes à l'œil.